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 Il faut des vagues pour les couteaux - Mailine pour Miya

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Qui est le petit lutin écrivain ?
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Ruika
Lilitu à la lanterne
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Date de naissance : 03/04/1989
Age : 28
Localisation : *en mode "Sauvons la Lanterne"*

MessageSujet: Il faut des vagues pour les couteaux - Mailine pour Miya   Jeu 25 Déc - 20:08

Titre : Il faut des vagues pour les couteaux.
Fandom : Original
Rating: PG

Ici, tout est froid. Sombre, toujours. Il fait moche, il fait sale.
Le temps nous joue de drôles de tours. On s’imagine que quand on se lèvera, il fera comme tous les matins d’hiver, glacial et triste. Petit et dégoûtant. Comme la nourriture éparpillée en paquets sur les tables, comme les assiettes sales et comme les hommes, surtout. Ruisselants, puants et obscènes. Un bataillon jouant de la fourchette et du couteau.

Jules détestait ça, les hommes. Les grandes épaules, les cheveux bien coiffés. Une raie sur le côté, le reste en bataille. Ces hommes qui ne faisaient jamais que les choses à moitié.

Alors, forcément, le réveillon du Nouvel An, ce n’était qu’un ramassis d’immondices. Mais, le lendemain, quand Jules se leva, fragile et tremblant, il aspira l’air à nouveau. L’apnée cessa. Un instant.

Jules ne savait plus trop d’où il venait. Tout ce qu’il savait, c’était qu’il avait évité le pire. C’était fini. Pour lui, c’était la délivrance. Il respirait enfin, au milieu de tout. Au milieu des arbres, au milieu de nulle part. Il respirait le silence, la paix. La fin de l’horreur, les hommes qui dorment. La tranquillité, gelée et blanche. Comme une colombe sous la neige.

Il respirait, il soupirait. Les larmes aux yeux. C’était fini, enfin ! Plus de fourchettes, plus de couteaux. Plus de dindes torturées, plus d’hommes ! Le silence, tout simplement. Froid et éternel. Comme l’hiver, comme la neige, comme le gel.

L’hiver qui gelait tout, jusqu’à la plus grande des vagues, jusqu’au plus grand des lacs.

Pourtant, Jules ne se faisait pas d’illusions. L’hiver était comme tout le monde. Il portait, au-dessus de ses larges épaules, une raie de côté et, un peu de désordre de l’autre. L’hiver brandissait son propre couteau. Innocent à gauche, tranchant à droite. Un peu assassin, au fond.

L’hiver avait tout endormi, jusqu’à sa petite rivière, son petit terrier. Ne lui laissant aucune échappatoire. L’hiver allait le geler, lui aussi. Il allait l’envoyer au diable, comme les oiseaux. L’hiver n’avait de place que pour les hommes et leurs couteaux. Que pour leurs sourires et leur réveillon.

L’hiver était implacable et n’avait aucune place pour les loutres.

Jules avait bien pensé, au début, que sa petite Charlotte allait se faire une place quelque part. Qu’elle pourrait se reposer et dormir. Il n’avait pas songé que son terrier serait froid et sans vie. Gelé. Que toutes ses brindilles se fendraient en plusieurs morceaux. Jules ne savait pas que l’hiver était gourmand, et que sa petite Charlotte devrait se retrancher jusque dans sa tête, gelée elle aussi, jusqu’à mourir.

Il ne s’attendait pas à ça. Charlotte ne pourrait plus nager d’un point à l’autre, de son oreille à sa bouche. Elle ne lui raconterait plus d’histoires. Elle ne rirait plus jamais. Et cette petite loutre qui se baladait dans son esprit, dans sa tête, était condamnée à mourir.

L’hiver est un salaud qui n’aime que les hommes.

Jules aimait profondément Charlotte. Il l’aimait depuis ses premiers ronronnements, dans le creux de son cerveau. Elle avait pris la place des idées qu’il n’avait jamais eues. Remplaçait les études qu’il n’avait jamais faites. Charlotte, c’était la plus belle chose du monde. Et Charlotte avait choisi sa tête. Pas celle d’un autre, la sienne. Pas une tête rangée et désordonnée à la fois, une tête vide et simple : lui.
Jules savait bien qu’il était trop bête pour quoi que ce soit. On le lui avait assez répété. Mais Charlotte croyait en lui. Et il allait la laisser mourir.

Saleté d’hiver. Saleté de réveillon qui avait enseveli toute sa méfiance avec son lot de sourires et de bonheur.

Saletés, saletés, saletés.

***

Il est une histoire que l’on tait toujours, pour ne pas faire peur aux enfants. Une histoire que le réveillon avale. Goulu. C’est la musique.

Les hommes crient et hurlent, dansent et rient. Ils n’écoutent pas la musique. Ils n’écoutent pas les cordes qui vibrent. Ils n’écoutent pas les sons. Et ne regardent jamais la harpe d’Hortense. Les plus beaux sons s’y meurent, les plus belles mélodies s’y échouent.

Alors, au lendemain du réveillon, Hortense prit sa harpe et s’en alla, phares éteints, dans son propre nid. Elle avait peine à tenir le volant. Elle glissait sur les routes gelées. Ses mains ridées devenaient bleues. Ses yeux se fermaient à un rythme lent. Sa harpe refroidissait.

Hortense aurait pu mourir, là, victime de l’hiver. D’une raie sur le côté. Du désordre. D’un coup de couteau ou de fourchette. Mais la vieille Hortense, sur son chemin, croisa la route de Jules.

Le petit Jules se tenait assis, au bord de la route. Il tenait fermement Charlotte dans sa tête, comme une mère tient son enfant.

Hortense s’arrêta et, esquissa un sourire.

- Vous vous êtes perdu ?
Jules lui décocha un regard inquisiteur. Il pensa au couteau, à la fourchette. A ce salaud d’hiver qui n’aime que les hommes et ne répondit pas.

Hortense s’assit à son tour. Ils auraient pu rester là pour toujours. Pris dans la glace. Gelés pour l’éternité. Sans feu de joie. Sans rire. Sans fête. Seulement, personne, jusqu’alors, n’avait aperçu le sourire de la vieille dame. Ses yeux qui se plissent en guirlandes, ses joues qui se haussent comme deux boules lumineuses. Ses rides, surtout, comme des vagues sur la mer.

Jules et Charlotte s’y jetèrent à corps perdu.

- Vous fuyez l’hiver, vous aussi, hein ?

Jules n’attendit pas de réponse.

- Il fait trop froid pour les loutres, ajouta-t-il. Charlotte et moi, on veut s’en aller, avant qu’elle ne meure. On veut pas avoir froid. Hier, on voulait pas de réveillon, d’ailleurs, on veut pas d’un tas de choses. Mais moi, je ne veux surtout pas qu’elle meure.

Hortense réfléchit un instant.
- Je ne savais pas qu’il y avait des loutres, par ici, répondit-elle.
- Je ne savais pas que ça existait encore, des instruments comme ça, lui lança-t-il en désignant quelque chose, sur le siège arrière de la voiture.

Hortense sourit, à nouveau.

- C’est une harpe, mais l’hiver ne lui fait pas beaucoup de bien. Elle prend froid. Comme moi.
- Comme Charlotte. Son nid est gelé. Alors, elle nage dans ma tête. Mais il fait trop froid. Elle va mourir.

Dans le brouillard blanc de Noël, Hortense pensa à la musique. Aux cordes froides. A ses yeux qui, un jour, ne se rouvriront plus. Elle pensa aux hommes. Aux cris. A l’hiver. Aux sons qui résonnent. Aux requiem. Elle pensa à la vie, en une fraction de seconde. Elle attrapa Jules par la manche, et le fit monter dans sa voiture. Elle n’avait pas fini. Pas encore. Il lui restait quelques notes à jouer. Pour réveiller les colombes ensevelies. Briser les couteaux. Retourner les fourchettes. Décoiffer une seule personne. Au moins quelqu’un, une fois dans sa vie, fusse-t-il l’hiver lui-même.

***

Ils roulèrent toute la nuit. La harpe rebondissait. Charlotte reprenait vie. Jules s’apaisait. Ils roulèrent jusqu’au vent salé. Là où l’hiver n’avait pas de prise. Là où le réveillon était resté enfermé dans des appartements surchauffés. Là où, au matin, la musique remplaçait le silence.

Ils roulèrent jusqu’à un endroit où les oiseaux volent sans s’arrêter. Là où le vent souffle tellement que les hommes ne peuvent plus se coiffer. Là où les couteaux ne sont jamais brandis.

Ils roulèrent jusqu’à la mer.

Jules laissa Hortense dans la voiture et s’avança. Il pleurait, un peu. Il dit au revoir à Charlotte. Elle allait vivre. Loin de l’hiver. Heureuse.

Charlotte lui fit un signe, de loin. Elle lui montrait les coquillages. Libres, comme elle. Elle riait. Une vague l’engloutit.

Dans la voiture, Hortense avait fermé les yeux. Jules lui sourit comme elle lui avait sourit. Il sourit à l’instrument, aussi, et laissa le vent le décoiffer.

Sur la plage, les coquillages retentissaient du rire de Charlotte. Et, même en tendant l’oreille, milles réveillons après, on peut encore l’entendre sourire, heureuse.

***

L’hiver est un salaud qui n’aime que les hommes. Alors, heureusement. Heureusement qu’il existe quelques vagues pour l’engloutir.


Dernière édition par Ruika le Ven 9 Jan - 16:50, édité 1 fois
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Miya Morana
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MessageSujet: Re: Il faut des vagues pour les couteaux - Mailine pour Miya   Ven 26 Déc - 0:34

Awwwww! mille fois merci pour ce magnifique texte! J'adore Jules et Charlotte, ils sont trop chous!
C'est un texte très mélancolique que mon petit lutin (que je crois bien avoir reconnu) m'a écrit là. Mélancolique mais superbe! Avec cette touche d'espérance à la fin. Je suis vraiment ravie. Smile
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La Halfeline
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MessageSujet: Re: Il faut des vagues pour les couteaux - Mailine pour Miya   Dim 11 Jan - 11:43


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Mailine
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MessageSujet: Re: Il faut des vagues pour les couteaux - Mailine pour Miya   Lun 12 Jan - 21:48

J'ai un peu tardé à répondre alors que j'avais déjà vu ton message, mon petit papa, parce que pour être franche, je ne savais pas quoi dire.
Ca me fait plaisir, mais vraiment. Du genre, le petit machin qui couine dans le creux du coeur.

A chaque fois, ça m'encourage toute. Il faut l'avouer, ce serait réellement le bonheur, d'être publiée. Et disons que j'en caresse le rêve. Mais, j'ai aussi terriblement peu confiance, je suis peut-être un peu trop perfectionniste sur certains trucs de ce genre et puis, enfin, j'ai terriblement trop peu d'écrits à proposer.
Mais, c'est certain, un jour, je tenterai la chose, et si ça marche, vous serez toutes dans les premières pages, parce que ce livre vous sera dédiée.
*____________________*

*partie dans ses rêves les plus fous*

Tout ça pour dire, comme tu l'auras compris, que ça me fait chaud au coeur, et que ça me touche au delà des mots.

Et Miya, je ne t'oublie surtout pas ! Quel plaisir, quand j'ai vu ton mot. Je suis vraiment heureuse que ça t'ait plu. Réellement.
Et, entre nous, j'ai adoré l'écrire. Cette demande de faire intervenir une loutre et une harpe était pour moi, une grosse galère, mais un challenge absolument délicieux ! Donc, je te remercie, à mon tour. *bisou*
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La Halfeline
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MessageSujet: Re: Il faut des vagues pour les couteaux - Mailine pour Miya   Mer 14 Jan - 1:33

Trop peu d'écrits à proposer? Tu rigoles, y aurait déjà de quoi faire quelque chose rien qu'avec ce que tu nous as mis sur le forum!
Quant à ton manque de confiance, réalises-tu qu'il implique la légitimité morale de la mise à mort de 91% des cyber-auteurs? Tu ne peux tout de même pas cautionner ça, non?

Enfin... *petit soupir* Je suis sincèrement et profondément heureuse que t'avoir touchée avec ma petite crise de désolation sur ta condition de non-publiée. Voilà un petit câlin pour aller avec. Wink

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Gred
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MessageSujet: Re: Il faut des vagues pour les couteaux - Mailine pour Miya   Lun 19 Jan - 1:12

Je suis tout à fait d'accord avec Half, tu dois faire publier tes textes ! Tu es vraiment trop douée pour laisser passer tes chances.

Comme toujours, j'ai bien du mal à reviewer ton texte. Cependant Jules et sa Charlotte et Hortense m'ont énormément touchée. La fin est si douce, si empli d'espoir qu'on ne peut qu'aimer. ^^

Encore une fois, je te félicite Mailine pour ton travail ! ^__^

Poutoux
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Miya Morana
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MessageSujet: Re: Il faut des vagues pour les couteaux - Mailine pour Miya   Ven 23 Jan - 19:20

Eh bien je suis ravie que tu ais pris du plaisir à écrire ce texte. Smile (Et super contente d'avoir su identifier mon lutin, aussi... ^^)
A chaque fois que je relis ce texte (ça doit faire la quatrième, là) il m'enchante un peu plus. C'est un des plus beaux cadeaux qu'on m'ait jamais fait. Vraiment magnifique. Smile
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MessageSujet: Re: Il faut des vagues pour les couteaux - Mailine pour Miya   

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