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 Ni bleu, ni vert, Merry/Pippin inclus dans la chr.

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La Halfeline
Prophète de Lilith
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Nombre de messages : 1973
Date de naissance : 28/08/1987
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Localisation : La Comté-Franche

MessageSujet: Ni bleu, ni vert, Merry/Pippin inclus dans la chr.   Ven 11 Fév - 1:03

Ni bleu, ni vert
06/06/04
Par la Halfeline


Un soir d’été, lors d’une fête familiale – bon prétexte pour se gaver et se soûler jusqu’à plus faim et plus soif – je me mis dans l’une de ces bouderies furieuses qu’aucune friandise ou aucun sermon ne peut abroger. Je n’ai plus souvenance avec précision de la raison exacte ; sans doute était-ce une banale querelle fraternelle avec l’une de mes sœurs… Quoi qu’il en soit, les motifs de cette colère importent peu. J’étais donc replié sur moi-même, le pouce furieusement planté dans la bouche, mon index au-dessus du nez et des larmes de rage ruisselant sur mes joues rougies d’une petite paire de claques que j’avais reçue en guise de sanction. Ce genre de punition ne me faisait aucunement mal physiquement, bien sûr, mais me blessait énormément dans mon amour propre, car déjà à sept ans j’étais doté d’une fierté très conséquente. J’étais encore moins facilement manipulable qu’à l’ordinaire dans ce genre de situation. Mon père et ma mère se lamentaient, croyaient devenir fous.

Et, enfin, ils poussèrent un soupir de soulagement digne d’une bourrasque d’automne en accueillant à notre porte la famille Brandebouc. Je les entendis derrière les cloisons échanger quelques mots banals dont je ne parvenais pas à saisir le sens, mais où il était évident que mes parents se plaignaient de leur dernier rejeton et seul fils de la Maison. Quelle chance j’ai eu ! De quel cadeau la destinée m’a-t-elle doté en venant au monde ! Naître le benjamin d’une fratrie de trois démons femelles, qui tuaient le temps en vous pourchassant à travers toute la maison pour vous faire subir différentes ignominies dont elles seules étaient capables… Être déprécié, accusé, esseulé, ou pis encore papouillé, mignoté et cajolé pour leur seul amusement est bien pire que tout ce que vous pouvez imaginer, surtout quand vous n’êtes pas assez fort pour vous défendre ! Ma famille m’accusait de vilenie et de méchanceté, alors que je supportais déjà à cette époque plusieurs fardeaux familiaux considérables sur mes épaules larges de quelques centimètres.

J’entendis au bout d’un moment des pas se rapprocher dans le couloir, faisant geindre le parquet de bois. Aussitôt, je quittai ma place derrière le mur pour me remettre à bouder à l’endroit où ils m’avaient laissés. Je sentis ma mère me soulever sans peine (je ne me débattais jamais dans ces cas-là, je faisais « la pierre »), me conduire dans la bibliothèque dont elle ouvrit la porte, et lancer :
- Tiens, Merry. Vois ce que tu peux en faire, moi j’abandonne ! Et surtout s’il t’importune, n’hésite pas à venir nous le faire savoir et nous l’enverrons directement au lit, comme le bébé qu’il est !
Je quittai les bras hostiles de ma mère qui me sciaient les aisselles pour d’autres qui me prirent avec précautions par les flancs. Je ronronnais déjà intérieurement de savoir à qui ils appartenaient, mais je continuais à faire le pantin inanimé. Les bras me ramenèrent délicatement contre un torse accueillant auquel il fut très dur de résister encore quelques instants.
- A tout à l’heure, on vous appellera quand le dîner sera prêt.
La porte eut un claquement mat. Après deux ou trois secondes, n’y tenant plus, je me blottis contre la tunique légère que portait la seule personne au monde pour qui j’eûs de l’estime… beaucoup d’estime. Je suçais toujours mon pouce et je pleurais toujours. Mon premier reniflement éleva la voix de Merry.
- Alors, raconte-moi tout, Pip. Qu’est-ce que tu es encore allé faire cette fois ?
Comme j’étais incapable de parler, même en essayant de ravaler mes sanglots au fond de ma gorge, je me serrai davantage contre lui, et je crispai ma petite main sur le fin tissu bleu ciel. Merry me caressa gentiment. Merry était toujours gentil, mais jamais pour son compte personnel. C’était pour son jeune ami qu’il tenait dans ses bras qu’il faisait ce geste, pas pour satisfaire des pulsions personnelles. Il ferma à demi sa main pour glisser avec une douceur délicieuse le dos de ses doigts sur mon visage, là où d’autres mains m’avaient frappé auparavant. Je fis exprès de pousser une petite plainte afin qu’il recommençât. Sa bouche se rapprocha de mon front, et chuchota quelques mots :
- Calme-toi, mon petit bonhomme… On s’en fiche de ce qui s’est passé, de toute façon… D’accord ? On s’en fiche… On est les meilleurs, quoi qu’il en soit, et ça personne ne pourra jamais rien y changer !
Je redressai le visage et lui fit un sourire, un vrai sourire. J’acquiesçai du regard et l’embrassai sous le menton. Lui me sourit en retour, et par un miracle dont j’ignore encore la nature, il réussit comme à chaque fois à faire en un instant paraître incongrues les larmes les plus amères. Je m’élançai contre lui et l’enlaçai avec tout l'attachement dont j’étais rempli. Le bras de Merry me serra en retour, tout en restant précautionneux, et sa main frictionna affectueusement mon dos couvert d’épais velours.
- C’est une très jolie salopette que tu portes là, Pippin, d’un très joli vert !
- Perle et Pimprenelle disent que ce n’est pas un vrai vert…
- Comment ça « elles disent que ce n’est pas un vrai vert » ? répéta Merry d’un ton indigné.
- Elles disent que ça n’est ni bleu ni vert, elles disent que c’est une fausse couleur…
- Tes sœurs sont des béotiennes.
Bien qu’ignorant totalement ce que pouvaient bien être des « béotiennes », les savoir affublées de ce vocable m’emplissait de joie.

Je contemplai Merry avec l’adoration que j’avais toujours eu pour cet aîné, qui me guidait depuis toujours sur le chemin chaotique de la vie… avec plus ou moins de sagesse, soit, mais toujours avec des sentiments honorables, ce dont peu de gens pouvaient se vanter en Comté. C’était à l’époque un splendide garçon qui sortait tout juste de l’enfance pour s’engager dans les transformations de l’adolescence qui chaque jour devraient l’embellir un peu plus. Les rondeurs enfantines de son visage fondaient à vue d’œil, surtout pour mon œil à moi, exercé par ma passion pour détailler toute chose. Il avait à cette période laissé un peu de liberté à sa chevelure dorée qui tombait en quantité de petites boucles soyeuses sur sa nuque. Deux choses restaient inchangées : la forme arrondie de son nez qui m’amusait au-delà de tout, et ses yeux toujours francs de la couleur du Brandevin par temps d’arc-en-ciel. A l’époque, j’étais trop innocent pour avoir conscience de ces choses-là, mais Meriadoc, héritier de la Maison Brandebouc, hantait les rêves de plus d’une jeune fille durant les étouffantes nuits de cet été naissant. Et moi, moi Peregrin, la honte de la Maison Took, le morveux caractériel, j’étais cette nuit-là blotti contre lui, dans sa propre étreinte, et j’étais son ami. Et je ne m’interrogeais même pas sur ma fortune insensée.

Non. Pour moi Merry était simplement Merry ; et je jetais mes minuscules bras pâles autour de son cou, m’abandonnais sur son épaule, dans ses bras, les mains enfouies dans les boucles que je croyais empreintes d’or comme un trésor, et tout cela sans autre sentiment que de la félicité toute pure, toute nue, vierge de toutes ces émotions qui ne viennent que bien plus tard tout gâcher. Qu’on ne s’y trompe pas : j’éprouvais à son égard bien plus que le platonisme d’un petit frère ! Ce que je ressentais avec lui était même très charnel, à y bien repenser. J’aimais à le caresser, j’aimais qu’il me caresse, je voulais le couvrir de mes petits baisers d’enfant, et je voulais que lui bénisse chaque parcelle de ma peau des siens, doux et grisants, je souhaitais me pelotonner tout entier contre lui, ou le serrer contre moi, et qu’il n’y eût rien entre l’essence simple de nos deux corps. Si ma pauvre famille avait pu lire à l’intérieur de mes pensées de sept ans, je crois qu’elle m’aurait définitivement renié. Et pourtant, tout cela n’avait aucun caractère obscène. Ce que je ressentais avec lui était seulement animal, instinctif. Et quoi de plus vrai que l’instinct ? Je me fichais éperdument de ses titres à venir, et ses atouts auraient pu prendre n’importe quelle apparence que je les aurais adorés tout autant.

Alors que je me pressais contre lui en le priant d’un nouveau geignement, la voix de Merry s’éleva à nouveau.
- Pip, il y a quelque chose que je ne comprends pas…
A ce moment, je me figeai. Après quelques instants de silence, il reprit :
- Ta mère semble nous dire que tu es une petite teigne insaisissable qui ne se laisse toucher par personne et n’éprouve pas une once de tendresse à son égard, ou à celui de tes sœurs. Et moi je te trouve toujours comme une petite boule de gentillesse qui paraît apprécier de se faire câliner autant sinon plus que tous les enfants… Alors, pourquoi agis-tu comme cela ?
- Je crois que j’ai été traumatisé par mes sœurs pour ce qui est de ça… Tout ce j’ai supporté… Maintenant j’en ai assez ! J’en ai assez qu’on me traite comme une peluche ! Et elles sont pas contentes à cause de ça… mais je m’en fiche…
Ma dernière phrase avait été prononcée dans la tunique de Merry.
- Je veux… je veux que ce soit toi qui m’aimes, pas elles…
A ce moment-là, je sentis mon ami embrasser ma tête chevelue.
- Je t’aime, Pippin, en douterais-tu ? Mais tu dois aimer ta famille aussi. C’est elle qui t’a élevé.
Là, je redressai vivement la tête.
- Tu parles ! C’est toi qui m’a élevé, oui !
- Tu exagères…
- Et qui m’a appris à marcher en m’emmenant jusqu’au chemin de Lézeau dans un sac à dos ? Qui m’a appris à nager dans les anses du Brandevin ? A grimper aux arbres ? A me préserver des serpents ? A reconnaître les bons champignons des mauvais ? Qui même est en train de m’apprendre à lire, ces temps-ci ?
- Pippin, il faut que tu fasses la part des choses…
Je l’interrompis :
- C’est toi à qui je tiens le plus ! Crois-moi si je le dis c’est que j’y ai déjà pensé ! Ca n’est pas parce que tu n’es pas mon… frère ou mon père… que je dois avoir moins le droit de t’aimer !

Merry resta muet à cette affirmation. Il me serra seulement avec force contre sa poitrine. Plusieurs baisers atterrirent à nouveau au milieu de mes mèches bouclées. Entre chacun, Merry me murmurait tous les petits surnoms qu’il avait pu me donner pendant sept années, et que je tairai ici par soucis de garder un semblant de ma fierté déjà bien éprouvée. Et ces noms qui me fâchaient à l’époque (pour rire, bien sûr, puisqu’ils venaient de Merry et que je les savais de ce fait dénués de mauvaise intention) sonnaient à présent comme le défilée des souvenirs de notre courte vie en commun. Lorsqu’il eut fini, mon compagnon laissa son visage contre ma tête ; je la relevai bientôt et baisai chaque trait de sa figure bénie. Il me retournait les baisers au hasard, les yeux clos. Ses mains familières et sûres baignaient mon petit corps rond de caresses tendres.
Je parcourus moi aussi les nombreux plis soyeux de la tunique. Je retrouvais l’esprit d’un nouveau-né. Je faisais redécouvrir à mon visage le relief de la sécurité pour l’y enfouir ensuite. Ma bouche trouva fortuitement un espace entre deux fibules et j’embrassais en secret cette parcelle cachée. Perdu dans ma nouvelle condition, je me rappelle avoir détaché une agrafe pour trouver plus de cette peau si chaude et accueillante. C’est à cet instant que Merry fut obligé de m’éloigner, chose qu’il n’avait jamais faite auparavant. J’avais remarqué que plus le temps avançait, plus il avait tendance à se montrer réservé dans nos moments de câlins. Les poisons mêlés de la honte, de la responsabilité et de la maturité commençaient déjà à l’atteindre.

J’étais là, impuissant, à voir les portes se fermer de plus en plus. Ma peine dut transparaître à cet instant, car Merry baisa ma frange désordonnée avant de caresser ma joue de la sienne. C’est à ce moment-là que la porte s’ouvrit, et que Pervinca piaula un tonitruant
« A TABLE ! ». Aucun de nous deux ne bougea. Ma sœur repartit aussi vite qu’elle était venue dans un froissement d'étoffe rouge sombre. Meriadoc profita de ce court instant pour m’embrasser une nouvelle fois le front.
- Garde la tête haute, mon tout petit bonhomme.
Pervinca revint, coupant toute possibilité de réponse, accompagnée par mes deux autres tortionnaires. Merry se leva, me gardant assis dans ses bras, et me fit passer cette marée de cheveux chatoyants sans encombre, indifférent aux sourires qui lui étaient adressés du sol. Il nous conduisit ainsi à la salle à manger où nos parents, déjà installés autour d’une grande table couverte de mets, avaient l’air de beaucoup s’amuser de je ne sais quel ragot.

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