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 D'une simple esquisse [Ori/Fili]

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kedralyn
Lascive luciole
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Date de naissance : 24/08/1988
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MessageSujet: D'une simple esquisse [Ori/Fili]   Mer 30 Jan - 15:28

Je vous présente ici un mini OS gentillet mettant en scène un pauvre Ori timide et effarouché ( The Hobbit oblige), pleurant sur son amour à sens unique (oui parce que j'aime torturer mes personnages)
J'espère que ça vous plaira! n_n
Rating: k+.


OoO

Il plaisante, rit avec force. Il l'empêche de se concentrer. Ori fronce les sourcils, baisse la tête et tente en vain d'écrire le compte-rendu de la journée sur son carnet de notes. Il l'agace. Il est bruyant. Le nain lettré lève les yeux vers lui, s'apprête à lui demander poliment de se taire, mais se ravise brusquement. Il vient de croiser son regard. Il rabaisse le sien aussitôt, griffonne une suite de mots à la va-vite. L'autre ne rit plus, et même s'il ne peut le voir, Ori sent son regard posé sur lui. Sa mâchoire se crispe.

L'autre reprend sa conversation animée. Cependant, ses paroles sont plus douces, plus basses. Ori relève les yeux, lui adresse un regard fuyant mais reconnaissant, et se replonge dans le travail. Il glisse son stylet dans une fiole d'encre, tapote légèrement la pointe sur le rebord pour en évacuer le surplus. Il la pose ensuite sur le papier, l'air songeur. Il reste figé comme cela un moment, avant de pousser une exclamation irritée.

Il ne sait absolument pas quoi écrire. A vrai dire, il n'a aucun souvenir du déroulement de la journée.

Le jeune nain lève la tête, un regard inquiet tourné vers Thorin. Il sait que c'est grâce à sa plume qu'il est là, et non à son lance-pierre. Ce n'est un secret pour personne. Et jusqu'à présent il en tirait une certaine fierté, bien que l'amour des arts et de la littérature ne soit jamais vu d'un très bon œil parmi les siens.

Ori repose ses outils, étire ses membres et plonge le regard dans le feu de camp. Il doit se concentrer. C'est son travail, il est là pour cela. Il ne doit décevoir personne. Il finit par s'allonger sur le dos, les yeux rivés vers le ciel nocturne.

Il n'y a pas d'étoiles, ce soir. Il va sans doute pleuvoir demain matin. Il faudra qu'il protège bien son carnet. Peut-être l'emballer dans sa fourrure de couchage… Et voilà qu'il recommence. Il divague. Il ferme les yeux et respire profondément. Il doit se ressaisir, comprendre ce qui lui arrive. Jamais auparavant il n'avait failli à un travail donné, aussi important ou insignifiant fut-il.

Un rire clair et franc, qu'il connait bien, arrive à ses oreilles. Une douloureuse boule se forme dans sa gorge. Il déglutit avec peine, prend une autre profonde inspiration. Son soudain malaise se dissipe aussi rapidement qu'il est venu.

Mais maintenant, il sait. Il sait ce qui occupe ses pensées depuis des jours, qui l'empêche d'aligner une simple phrase sur un bout de papier. Il sait, mais il ne comprend pas. Ne veut pas comprendre.

Le même rire qu'entendu plus tôt s'élève à nouveau. Ori tourne par réflexe la tête vers lui, puis se fait soudain plus discret.

Il l'observe. A la dérobée, bien-sûr. Jamais il n'oserait le regarder dans les yeux. Ni même l'approcher de trop près, d'ailleurs.

Ori secoue la tête. Il a autre chose à faire que regarder son compagnon d'armes. Il range le journal de voyage, avant de plonger la main dans un autre sac. Il en tire un second carnet, plus vieux et plus abîmé. Il le regarde avec amour, caresse sa vieille reliure tâchée et usée. Il l'ouvre avec précaution, tout en prenant soin que personne d'autre que lui puisse y poser les yeux.

Le nain effleure le papier noirci d'encre, fait défiler les pages. Il aime tant dessiner… Le petit livre racorni n'est pas qu'un simple exécutoire. Il est un véritable ami, auquel il lui est possible de révéler les secrets les plus profonds, les émotions les plus intimes. Un ami qui gardera à jamais le silence. Le jeune nain fouille dans une poche, saisit un fusain de ses doigts agiles.

Ses mains sont fines. Trop, peut-être. Ce ne sont pas des mains de nain. Elles ne sont pas faites pour la rudesse de la forge ou le maniement des armes. Elles sont faites pour tenir un pinceau. Des mains d'artiste.

Ori soupire. Il laisse la pointe de son charbon courir sur le papier granuleux. Il sait d'avance ce qu'il va dessiner, mais peut-être que cette fois, ça sera différent. Peut-être n'est-ce qu'une passade, une erreur de jeunesse, comme dit si souvent Thorin face à la bêtise de ses neveux. Ori se raccroche à cette idée. Cela va passer. Ce n'est pas important.

Le fusain court sur la page jaunie et gondolée par les intempéries. Ses gestes sont sûrs, son œil critique. Il n'a même plus besoin de lever les yeux vers lui. Il connait chaque détail de son visage, des plis soucieux de son front quand son jeune frère est malade, aux frémissements de ses lèvres avant qu'il ne s'esclaffe...

Le nain termine le portrait en quelques coups de charbon. Il jette un coup d'œil à la dérobée autour de lui, serre son carnet un peu plus contre sa poitrine, comme s'il craignait de voir l'ouvrage s'envoler pour atterrir sur les genoux de l'intéressé. Il baisse à nouveau la tête sur son œuvre et repose le fusain, une expression songeuse sur le visage. Il sourit. Légèrement certes, mais cela ne lui est pas arrivé depuis longtemps. Son cœur bat. Ses joues sont en feu. Il rabaisse son capuchon sur le visage, trop heureux de prétexter la fraîcheur environnante pour se cacher.

Le nain encercle de ses doigts le dessin qui vient de naître entre deux notes de voyage. Il est sien. Il peut en faire ce qu'il désire. Il en a le pouvoir. Le pouvoir de l'imagination lié à l'art.

Au creux de ses mains, Fili le regarde. Il le regarde lui-seul, comme si le reste du monde n'existait plus. Ce n'est pas un regard qu'il adresserait à Kili ou Thorin, loin de là. C'est un regard d'amant. Un regard d'amant souligné par un sourire espiègle.

Une désagréable saveur métallique le tire de sa rêverie. Il porte le dos de sa main à sa bouche, s'essuie d'un coup sec. Une sombre trainée carmin s'étire sur sa peau. Ori s'est mordu la lèvre à sang, et n'a même pas senti la douleur. Il soupire à nouveau, étire ses courtes jambes avant de reporter son attention sur le dessin.

Ses doigts soulignent les boucles blondes, les lèvres pleines, les yeux rieurs. Ce n'est pas la première fois qu'il fait ce portrait. Et sans doute pas la dernière non plus. Et comme à chaque fois, il va brusquement déchirer la page, la chiffonner et la jeter dans les braises rougeoyantes du feu de camp.

Le jeune nain lève une main, attrape le coin de la page, s'apprête à l'arracher. Mais cette fois-ci, il n'arrive pas à s'y résoudre. Peut-être finit-il par accepter cette situation, qui sait. Mais si c'est le cas, il n'en a pas même conscience. Il ne sait même pas quel nom donner à l'émotion qui le submerge à l'instant précis. Il sait juste qu'il ressent quelque chose de positif, et que cela a un rapport avec l'un de ses compagnons de route, cousin qui plus est. Cela ne peut être du désir, non. Le désir, c'est envers les naines qu'on le ressent. Pour fonder une famille. C'est ce qu'on lui a toujours dit.

Ori se sent soudain faible et isolé. Personne ne l'a préparé à cela. Malgré toute la naïveté dont il est capable de faire preuve, quelque chose lui interdit d'aller demander conseil et réconfort auprès des siens. Il ne comprend pas pourquoi, mais il sait qu'il doit garder cela pour lui-même. Et surtout veiller sur son carnet.

Veiller sur son carnet, ou le détruire. Il a certes l'habitude de supprimer ce qu'il juge compromettant, mais il est si étourdi… Il a peut-être oublié certaines choses.

Ses yeux se perdent dans les flammes dansantes, avant de se baisser sur la reliure rouge-foncé.

Personne ne doit savoir. Jamais.

Ori prend son repas avec les autres. Il rit timidement des plaisanteries, mais son rire est amer. Il sait ce qu'il va faire. Cela lui déchire le cœur, mais il n'a pas le choix. Il attend patiemment que le silence du sommeil saisisse ses compagnons, se lève et s'approche du feu. Il feuillette une dernière fois son carnet. Toute sa vie y est résumée. Sa vie et son âme.

Il le pose avec douceur au cœur des braises. Il bat des paupières, mais ne parvient pas à empêcher les larmes de dévaler ses joues. Il lève les yeux, et regarde une dernière fois son amour s'élever en volutes de fumée vers le ciel opaque.


Dernière édition par kedralyn le Mer 6 Fév - 23:20, édité 2 fois
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Pinec
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MessageSujet: Re: D'une simple esquisse [Ori/Fili]   Ven 1 Fév - 3:06

Un petit gémissement de douleur s'échappa de moi avec la fin de cette fic.
Pourquoi, Lilith, pourquoi avait-il besoin de brûler le carnet ! (Moi qui tiens un carnet, cela me fit très mal.) Et puis, je croyais vraiment qu'il allait justement changer de stratégie, puisqu'il les avait tous brûlés jusque là, qu'il allait enfin en garder un, et puis un jour, finalement avouer son amour interdit, et... *snif*

J'imagine que ton propre vécu d'artiste t'as influencée ? J'aime beaucoup le POV interne avec toute la douleur et sensibilité qu'Ori ne laisse pas voir...

Pauvre petit nain exclu... Outsider looking in... Un de plus.
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La Halfeline
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MessageSujet: Re: D'une simple esquisse [Ori/Fili]   Mer 6 Fév - 0:33

Oh Kedra ! J’ai enfin trouvé le temps de lire ta fic hier soir avant d’aller me coucher et vraiment… vraiment elle m’a touchée, j’en avais le bide tout noué.

Pour commencer, je dois dire que ton écriture est de grande qualité ! J’aime la minutie limpide que tu y mets, j’aime la sensualité qu’elle porte (au sens premier de sensibilité aux objets du monde, à leur perception par les sens). Et puis, je me prosterne devant toi pour ne me donner quasiment rien à corriger. Je n’ai trouvé qu’un couac (ce qui est miraculeux, honnêtement) :

Citation :
« bien que l'amour des arts et de la littérature n'est jamais vu d'un très bon œil parmi les siens »
Après « bien que », le subjonctif est nécessaire : « ne fût » ou « ne soit » (tu as employé l’oral plus loin donc, de fait, je recommande la deuxième solution).

J’apprécie la peine que tu prends en détaillant des échanges de regards plus ou moins avortés et en principe insignifiants, ainsi que le maniement et même la préservation des outils d’écriture et de dessin. La description des menottes trop fines du cher Ori était aussi agréable (et non, je n’y ai pas vu de subtext slash, promis-juré). J’aime l’idée que ce nain-là manie finement le charbon, quand les autres taillent dedans. Smile

Mais ce qui me plaît le plus, je crois, c’est que tu donnes une véritable identité à Ori. J’apprécie particulièrement les fics qui me font apprivoiser un personnage auquel je ne prêtais pas attention (je pense par exemple au Lestrade de Lostie mais il y en a eu d’autres). Jusqu’ici, pour moi, Ori n’était que le jeune nain avec la coupe au bol et l’air un peu buté, point-barre. La prochaine fois que je verrai Le Hobbit, lui et moi on se connaîtra mieux. Wink

Il faut dire que j’ai souffert avec lui, le cher ange ! On sent à quel point il est désespéré, à ressasser les poncifs de Thorïn comme un mantra, et à jubiler du pouvoir qu’il a sur Fili à travers le dessin (ce passage a presque quelque chose d’une violence sourde, d’ailleurs).

Citation :
« C'est ce qu'on lui a toujours dit. »
Citation :
« Malgré toute la naïveté dont il est capable de faire preuve, quelque chose lui interdit d'aller demander conseil et réconfort auprès des siens. »

C’est un thème traité et retraité et pourtant… ça donne un sentiment terrible quand on lit ces lignes. Et je serais incapable de dire exactement pourquoi ! Tu y mets une sorte de simplicité si sincère, qui ne cherche surtout pas plus loin que nécessaire… On sent vraiment que tu étais proche d’Ori en écrivant.

… Mais… mais… Il pourrait pas profiter de la présence providentielle du hobbit pour se confier un peu et collecter quelque conseil ? Hein… dis ? Shit

Aaaaah tu es vraiment sadique !! Tu nous fais croire qu’Ori va épargner ce dessin-là, juste pour pouvoir nous forcer à le voir jeter le carnet entier dans le feu ! Méchante ! Tu me fais penser à Dieu, selon le Chef de South Park : tu nous fais miroiter le bonheur uniquement pour pouvoir nous voir souffrir en nous l’enlevant ! Maudite sois-tu !

*s’enfuit en sanglotant* Crying or Very sad

(Alleeeeez une sequel où Bilbo sauve le monde et sa banlieue ! … Ou même le réconforte un peu ! … même si ça ne règle pas le problème ? … Non ?)
nieux de Sméagol

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kedralyn
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Age : 29
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MessageSujet: Re: D'une simple esquisse [Ori/Fili]   Mer 6 Fév - 14:21

Pinec:

Citation :
J'imagine que ton propre vécu d'artiste t'as influencée ? J'aime beaucoup le POV interne avec toute la douleur et sensibilité qu'Ori ne laisse pas voir...
Il y a peut-être quelque de ça, en effet. M'enfin "artiste" est un bien grand mot, mais c'est vrai que je ne peux que ressentir ce qu'Ori ressent lui-même, à cacher des petits dessins aux autres, tout simplement parce qu'ils ne pourraient pas comprendre. *mode ado frustrée et incomprise: on*

Citation :
finalement avouer son amour interdit, et... *snif*
Non XD! Dans ma tête, ce personnage garde tout pour lui-même, jusque dans la tombe (d'ailleurs il n'en aura même pas, de tombe, dans la Moria *renifle*). Ori est fait pour rester seul, à faire le gratte-papier pour les autres... J'en ai mal au coeur pour lui T_T.






La Halfeline:

Citation :
Après « bien que », le subjonctif est nécessaire : « ne fût » ou « ne soit » (tu as employé l’oral plus loin donc, de fait, je recommande la deuxième solution).
Merci de m'avoir fait remarquer ce détail^^ je vais le corriger de ce pas.

Citation :
J’apprécie la peine que tu prends en détaillant des échanges de regards plus ou moins avortés et en principe insignifiants
C'est quelque chose que j'aime beaucoup faire. Décrire des petites choses de tous les jours, qui semblent anodines mais qui disent, au fond, beaucoup plus qu'on pourrait le croire. Un regard en coin, des épaules qui se baissent, des mains qui tremblent... J'adore le détail, et c'est parfois un problème car je me perds parfois dans des descriptions à rallonge et rébarbatives à lire.

Citation :
Jusqu’ici, pour moi, Ori n’était que le jeune nain avec la coupe au bol et l’air un peu buté, point-barre.
J'aime beaucoup m'intéresser aux personnages secondaires^^ C'est toujours une mine d'or à explorer, quand on sait peu de choses sur un perso. On peut facilement s'éloigner de son "tempérament" de base sans vraiment virer dans l'OOC, parce que de toute façon, il ne parle presque pas. Je voyais à la base Ori comme un personnage triste, mais j'avoue que là, je l'ai carrément décrit comme dépressif...XD

Citation :
(Alleeeeez une sequel où Bilbo sauve le monde et sa banlieue ! … Ou même le réconforte un peu ! … même si ça ne règle pas le problème ? … Non ?)
Oui pourquoi pas, mais avec le personnage d' Ori, je suis incapable de verser dans le slash XD Je le vois encore plus "pur" et "innocent" que Bilbo. Ou alors j'ai l'esprit très mal placé et tu ne proposais que du friendship?


Et tout cas merci à vous deux pour vos commentaires!
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La Halfeline
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MessageSujet: Re: D'une simple esquisse [Ori/Fili]   Sam 9 Fév - 14:55

Au fait, je ne t'avais pas répondu mais, oui, je ne suggérais qu'un réconfort bilbonesque en toute amitié. Angel

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