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 Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)

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Gred
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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Ven 7 Mar - 12:42

Enfin, j'ai lu ta suite et maintenant... je ne sais pas quoi te dire ... Maudit *est vraiment nulle pour les feedback*

Pas que ça ne soit pas bien, j'adore toujours, j'aime ton lemon qui n'est en rien pareil à ceux que tu as fait avec tes petits hobbits (ça aurait très bizarre avec ces deux prisonniers *a subitement l'image d'un t-bag et d'un Maytag devant un feu de cheminée et une bonne soupe chaude entre les mains*). Il transmet vraiment bien les sensations T-Bagiennes mais aussi de Maytag.

Ce que j'apprécie réellement dans ta fic, c'est qu'on a l'impression que ce sont des parties manquantes de la série... Mieux, on dirait que c'est un spin-off de "Prison Break". Un spin-off qui suivrait les aventures de Théodore et un peu de Maytag.

J'aime ton Maytag; Lilith!, tu rends vraiment le personnage super attachant et on comprend très bien ce qu'il ressent pour T-Bag.

Tu sais que ça faisait des semaines que je n'avais pas lu un lemon en entier ? Y a que toi pour m'en faire lire un. Surtout un lemon un peu particulier. Comme d'hab, il n'y a aucune vulgarité et pourtant, c'est T-Bag qui "baise" son mignon.

Arf, j'ai l'impression que cette review part en peu en sucette... J'ai été vraiment bien dans l'histoire. J'ai surtout ressenti toute la tristesse de Maytag mais j'ai beaucoup apprecié toutes les analyses de T-Bag, surtout sur les réactions de Jason à leurs parties de jambe en l'air. Cela aide à construire le mythe "T-Bag" pour moi.

J'ai vraiment apprecié ce long moment entre les deux. J'aime cette relation dominante/dominé entre eux, ce jeu que T-Bag a instauré entre eux mais aussi cette petite affection là qu'il a pour son mignon, dans un petit coin de ce truc qui s'appelle coeur... Ou alors c'est ma petite conscience de slasheuse qui me fait voir des choses... *trop guimauveuse*

Oh, le moment où Maytag appelle T-bag "teddy bear" m'a bien fait rire. Je me suis dit, ça y est, c'est la fin pour Jason... Laughing
J'aime beaucoup la légèreté de l'épilogue, l'insouciance enfantine de Maytag.

Ton texte ne me laisse pas indifférente, il est très profond, très recherché.

Bravo encore pour la qualité !

Poutoux
Gred

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La Halfeline
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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Dim 16 Mar - 16:18

Coucou Gredouuu! I love you

Merci beaucoup pour cette review! J'ai été toute contente de la trouver, ainsi que ton petit mot sur ff.net.

Citation :
j'aime ton lemon qui n'est en rien pareil à ceux que tu as fait avec tes petits hobbits (ça aurait très bizarre avec ces deux prisonniers *a subitement l'image d'un t-bag et d'un Maytag devant un feu de cheminée et une bonne soupe chaude entre les mains*)
Roooh!! C'est meugnon.... *a eu une image géniale des deux silhouettes de dos assises en tailleur devant la cheminée, le mohawk de Tagounet se découpant sur la lumière du feu*

Bah, sait-on jamais. En cavale, ils pourraient se réfugier en Suisse et se trouver un joli petit chalet imprenable au creux de la montagne. T-bag emmènerait les vaches aux alpages (Il a l'habitude, il vient des campagnes profondes d'Alabama.) et montrerait aux enfants égarés comment tirer le lait. Maytag cultiverait des légumes dans une petite serre. Ils auraient un Saint-Bernard appelé Nanard. Et le soir ils pourraient profiter de tout le mobilier rustique pour baiser comme des marmottes au printemps. Ouais!!
*Pippin éloignant gentiment une Half à la bouche ouverte et aux yeux remplacés par deux gros coeurs*

Citation :
Mieux, on dirait que c'est un spin-off de "Prison Break". Un spin-off qui suivrait les aventures de Théodore et un peu de Maytag.
Oh, ça me fait plaisir que ça te fasse cet effet. Embarassed
Aaah, si seulement...

(Hé hé, j'aime le concept des "Aventures de Theodore". "Theodore se fait de nouveaux amis", "Theodore à l'infirmerie", "Theodore va à la chasse au noir", "Theodore se trouve un compagnon de jeu", "Theodore joue au poker"... Smile )

Citation :
Tu sais que ça faisait des semaines que je n'avais pas lu un lemon en entier ? Y a que toi pour m'en faire lire un.
Woopee! *sautille de joie*
Il faut dire qu'effectivement, on ne peut pas dire que le lemon s'étendent en descriptions enflammées. C'était pas trop l'idée... ^^'

Citation :
J'ai vraiment apprecié ce long moment entre les deux. J'aime cette relation dominante/dominé entre eux, ce jeu que T-Bag a instauré entre eux mais aussi cette petite affection là qu'il a pour son mignon, dans un petit coin de ce truc qui s'appelle coeur... Ou alors c'est ma petite conscience de slasheuse qui me fait voir des choses... *trop guimauveuse*
Mais non, mais non ma Gredou. Il y a bien un petit quelque chose quelque part. J'ai essayé de le laisser deviner sans grossir le trait et standardiser la petite affection en question. Contente que tu aimes le rapport que j'ai essayé de construire. Smile

Citation :
Oh, le moment où Maytag appelle T-bag "teddy bear" m'a bien fait rire. Je me suis dit, ça y est, c'est la fin pour Jason...
Lol, j'ai rigolé en lisant ça. J'imaginais bien ta réaction à la lecture. ^^ Quel petit impudent, ce Maytag, il ne sait jamais quand se taire.

J'ai bien lu tous tes petits commentaires. Encore un grand merci pour avoir pris le temps de les faire!

Bisou!

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La Halfeline
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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Jeu 17 Avr - 0:15

Petite suite transitive où l'on retrouve Tweener au lendemain de la soirée où on l'avait laissé! bounce L'occasion de réaliser à nouveau avec une certaine amertume combien ce perso est inintéressant. Maudit
J'espère que ça ne se verra pas trop dans ce chapitre... Quoi qu'il en soit, et puisqu'il faut bien continuer à distordre et triturer la chronologie, la suite prochaine sera l'occasion d'un flash-back sur le début de cette matinée, et on en saura un peu plus sur la dure nouvelle vie de notre mini rappeur blanc préféré.





Profitant de la pause de fin de matinée lors de laquelle on leur permettait de déambuler dans le bloc, T-bag monta retrouver un autre détenu au deuxième étage, suivi de ses deux principaux seconds et, bien entendu, de Tweener. Il s’agissait de parler affaire. Lorsqu’il arriva aux abords de la cellule 53, Jaz Hoyt l’accueillit par une salutation hybride entre la poignée de main professionnelle et la tope de camaraderie. C’était un gros biker qui cachait sous ses tatouages impressionnants un visage assez boniface, et couvrait son crâne rasé d’un bandana. La rumeur voulait qu’il ait quelque bonne marchandise en magasin, de la came chère mais de bonne qualité. T-bag lui-même n’était qu’un adepte occasionnel et insistait auprès de ses hommes sur le fait qu’il ne voulait jamais en voir un raide mort pendant les heures de sortie. Mais les drogues étaient l’un des rares plaisir qu’il aurait été idiot de vouloir leur enlever. Ces voyous en avaient besoin pour continuer à prendre la vie du bon côté, et une partie de ses revenus provenait de la mise en circulation de ces petits bonbons magiques, qu’on lui vendait au prix de gros. Les négociations furent serrées mais discrètes à l’intérieur de la cellule, tandis qu’un autre motard aux longs cheveux crasseux surveillait l’entrée. Ne pas manger du pain noir de la population afro-américaine dominante présentait en l’occurrence un désavantage : cela réduisait les fournisseurs potentiels et autorisait ces derniers à se montrer plus durs sur le marchandage. Bagwell s’en tirait correctement, mais à plus de frais que les autres chefs de gangs… Du reste, Hoyt restait son grossiste favori. Peu de choses séparaient les aryens des bikers ; les deux clans étaient la plupart du temps en très bons termes et ne rechignaient pas à se faire une fleur de temps en temps. Jesus était un chicano bourru et pragmatique, mais T-bag préférait limiter le fric qu’il lui donnait aux friandises que le latino dealait à la sauvette en cuisine. John Abruzzi, quoique son partenaire dans l’ancestral contentieux qui opposait les noirs aux blancs, éprouvait pour sa personne une aversion palpable. Peut-être était-ce le fait que son ascension à Fox River avait fini par lui faire de l’ombre ou le tableau de chasse sordide qu’il traînait dans son sillage – comble de l’hypocrisie de la part d’un homme qui avait dû détruire plusieurs dizaines de familles... T-bag aimait pourtant bien John. Il avait le mérite d’être l’un des rares individus en ces lieux dont l’esprit n’insultait pas son intelligence. Theodore estimait beaucoup l’autorité latente que sa présence dégageait, tout en étant contraint de chercher à la grignoter et la remettre en cause, dans l’intérêt de sa propre puissance. Le parrain italien se montrait cependant trop dur en affaire avec lui, ce qui était dommage mais inéluctable.

Lorsque le marché fut conclu, les trois membres de l’Alliance emplirent divers replis plus ou moins douteux de leurs uniformes d’une première cargaison. Les doses en surplus furent fourrées avec la dernière désinvolture dans le caleçon d’un Tweener muet, ainsi promu au rang de caddie à commissions.
- Joli petiot, complimenta Hoyt en tamisant son vocabulaire, sachant que T-bag n’appréciait guère que l’on se réfère à ses mignons en des termes trop vulgaires.
- J’te remercie, répondit distraitement le meneur blanc en lui serrant la main. Georgie, tu patientes ici un instant avant de descendre, mon gars ? Drake, si tu pouvais te rentrer dans ta nouvelle cage jusqu’à ce qu’on aille casser la croûte, y en a pour dix minutes. Tu dispatcheras à ce moment-là.
- Okay, patron.
Bagwell jeta un coup d’œil au dehors pour vérifier que l’étage était déserté par les matons.
- Je suis quand même ébahi qu’ils t’aient collé à-côté de Scofield. Tu les as payés, pour ça ?
- Si je les avais payés, je serais dans la même cellule, répondit le costaud en se grattant la barbe.
- Oooh estime-toi déjà heureux de pouvoir t’endormir tous les soirs au son de cette voix, répliqua Theodore sur un ton gaulois. A plus tard, les gars.
T-bag sortit de la cellule, Tweener sur ses talons, et se dirigea vers le bout de l’étage de sa démarche languide. Gueule-d’Ange se tenait sur le seuil de la cellule 40, et jeta sur son passage un regard plus noir et plus glacial qu’à l’accoutumée. La beauté lui avait fait une scène le matin-même dans les douches et lui gardait sans doute encore rancune pour l’incident. Qu’elle était fielleuse ! Theodore répondit à tant d’austérité par une œillade volontairement énamourée, prolongeant la provocation jusqu’à ce qu’il l’eût dépassé tout à fait. Il descendit nonchalamment l’escalier à pas décrochés en massant pensivement sa pommette gauche un peu endolorie, et rejoignit ses hommes qui traînaient aux abords de la rangée d’en face.

Lorsque Bellick les invita à passer à table d’un tonitruant « AU GRAILLON, MESDEMOISELLES ! », les détenus se dirigèrent paresseusement vers la porte de l’aile A pour se rendre à la cantine. Tweener n’avait toujours pas bronché depuis le milieu de matinée, ce qui était une remarquable performance. Indubitablement l’enseignement allait porter ses fruits. T-bag le laissa se débrouiller avec son plateau et constata avec satisfaction que le jeune wigger, en l’absence de permission, ne lâcha pas la poche. Il s’installa à l’une de leurs tables habituelles et, lorsque Lycan prit place à-côté de lui, gratifia sa cuisse d’une tape amicale recelant deux ou trois doses immédiatement récupérées. Se saisissant ensuite de l’inévitable carafe Duralex posée sur la table, il la pressa distraitement contre la poitrine de son giton et demanda :
- Tiens, Cosette, soit mignonne : va nous chercher de l’eau.
Tweener fut aussitôt debout, prompt à répondre à l’ordre et également à se libérer de cette proximité forcée, même pour quelques instants. Dans sa hâte, sa chaise accrocha les pieds d’un autre détenu et en se levant d’un bond il heurta vivement un bras légèrement bistré, envoyant voltiger le contenu d’un plateau sur le sol. Il n’attendit pas longtemps les jurons et la baffe subséquents.
- Mais quel petit con, c’est pas vrai !
Tweener encaissa. C’était une bonne claque rustaude et excédée, mais il s’en était mangées des pires dans le quartier où il avait habité.
- Désolé…bafouilla-t-il avec son accent de la zone. T’excite pas, mec, j’vais rama…
- Allons allons allons, inutile de s’énerver…
T-bag se levait pour s’interposer, s’adressant à l’autre membre de l’Alliance d’une voix aimable mais où perçait un reproche presque peiné :
- Ricardo tu sais bien que je suis le seul à punir ces polissons…
- Mais ton petit singe blanc est un vrai manche à couilles, regarde, y sait pas mettre un pied devant l’autre correctement ! pesta l’autre détenu.
Le sourire amène de Bagwell s’évanouit ; tout miel avait disparu de son ton lorsqu’il répliqua :
- Pour être honnête, je me soucie de ton opinion sur le sujet comme de la première culotte de ta petite sœur. Est-ce que je dois te prendre par la main pour t’expliquer que ce gosse a une fonction, et que si tu me l’abîmes toi-même il remplira mal cette fonction ? S’il t’importune dans mon dos, tu viens me le dire, c’est aussi simple que ça. En attendant tu n’y touches pas et tu vas poser ton cul sur cette chaise, comprende hermano ?
A la table, Maël sourit derrière sa fourchette. La question rhétorique formulée en espagnol venait rappeler au métisse qu’il restait plus basané que le petit singe blanc, et qu’il était par conséquent le dernier à avoir son mot à dire sur les mauvaises habitudes africanisantes de ce dernier. Avec à peine quelques mois d’ancienneté, Maël se trouvait déjà plus estimé au sein de la famille que le pauvre Ricardo, qui en faisait partie depuis deux ou trois ans. Quand lui avait la jeunesse goulue et racée, la fibre aryenne dans l’âme et jusque dans la clarté de son physique, les promesses de débuts précoces, cet homme brun et trapu resterait à jamais le demi-mexicain mal assumé, l’hybride qu’on avait accepté par charité en récompense de services assidus, le bon gars contrarié à qui on ne pourrait malheureusement jamais tout à fait se fier… C’était injuste, mais tellement justifié ! Krone aimait bien le voir un peu rabroué : il était gratifiant de savoir qu’il avait déjà plus de valeur que certains camarades qu’il avait dû respecter religieusement à son arrivée. T-bag renvoya Tweener à sa mission en le poussant gentiment dans la direction des fontaines à eau, une main posée à l’arrière de son crâne. Apolskis fila sans demander son reste, puisque le chef semblait vouloir laisser à Ricardo la tâche de ramasser les dégâts. C’était plutôt troublant de se voir défendu par quelqu’un qui sévissait contre vous, et protégé par un groupe qui vous témoignait de l’hostilité. Pour l’heure, David n’était pas certain de se sentir plus en sécurité qu’avant de s’être offert en sacrifice au meneur de l’Alliance.

Au moment de quitter le réfectoire, Bagwell se tourna vers Samuel en extirpant un billet de sa poche droite.
- Tiens, Maël, tu peux aller demander à nos amis chicanos mes petites douceurs habituelles plus une bouteille de whisky ?
- Eh ben, j’ai bien l’impression qu’on va faire la fête, cet après-midi… déclara le blondinet en empochant l’argent.
- Hmm ça se pourrait… laissa entendre le chef de meute avec un sourire guilleret. Et tu ne nous prends pas du tord-boyaux pour l’occasion, chérubin ! Je t’ai donné assez pour nous ramener de la qualité, alors ne laisse pas ces bouffeurs de haricots te refiler la bibine qu’ils bricolent en cuisine avec les restes de soupe.
Maël sourit d’anticipation. Il n’était pas amateur d’alcool mais savait que lorsque l’on s’en procurait pour le groupe, c’était qu’un petit lynchage organisé se profilait à l’horizon. C’était moins palpitant qu’une bataille dans les règles de l’art, mais plus distrayant de par la réduction du danger. Cela atténua considérablement la légère irritation que provoquait le fait d’être toujours désigné pour aller faire les courses alimentaires de T-bag dans l’arrière-cuisine. C’était toujours à lui d’aller chercher les cacahuètes préférées de Monsieur et, quelques temps plus tôt, les esquimaux que son chouchou pourri-gâté passait son temps à sucer dans la cour les après-midi ensoleillés. Bagwell prétendait que le cuistot qui s’occupait la plupart du temps du petit commerce avait un faible pour lui, et qu’il n’imaginait pas les prix que ce Henrique lui faisait à-côté de ce que les autres devaient débourser. Quand il mettait cet argument sur le tapis, Samuel se contentait de se renfrogner et cessait de lui lancer des regards accusateurs lorsqu’il déposait quelques pièces de monnaie dans sa paume.

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Dernière édition par La Halfeline le Mer 25 Juin - 11:59, édité 4 fois
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La Halfeline
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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Jeu 17 Avr - 0:15

Un homme de main qui le connaissait désormais bien le fit entrer dans les cuisines et il alla s’accouder au petit comptoir où s’effectuaient les échanges, juste à-côté d’un immense bac à vaisselle. Il patienta quelques instants, écoutant les cris des détenus en tablier qui s’affairaient sur le carrelage glissant, jonché de quelques reliefs de nourriture. Il entendit bientôt des pas lourds arriver derrière lui et une brute mal dégrossie le bouscula, sans méchanceté, mais avec la plus totale absence de considération, grognassant :
- Un peu de place pour John Abruzzi, gamin.
Maël tituba légèrement sur le côté, mais reprit bien vite l’équilibre pour se lancer de tout son poids contre la masse qui l’avait délogé, réussissant tout juste à l’éloigner assez pour récupérer sa place. Ce n’était pas un sous-fifre bedonnant qui allait lui manquer de respect aussi facilement. Le bonhomme, un instant déconcerté par un tel toupet, l’attrapa sans ménagement par le collet et vociféra :
- Non mais dis donc y veut aller récurer les fonds de casserole avec son joli crin blond, çui-là ?
- Pussy !
La voix ferme et placide qui venait de se faire entendre appartenait à un homme grand à l’allure tranquille, qui s’avançait vers eux sans empressement, les bras ballants de chaque côté de son corps robuste mais longiligne, encadré par deux hommes de main. John Abruzzi lui-même.
- Lâche notre ami. Tu t’es montré grossier avec lui alors qu’il ne nous avait causé aucun tort. « Heureux les artisans de paix », pas vrai petit ?
Krone se dégagea de la prise relâchée du caïd et lissa dignement son tee-shirt en lui jetant un regard mauvais.
- Oui, mais « cette fois je ne serai pas coupable envers les Philistins, si je leur fais du mal »… répliqua-t-il à Abruzzi.
Le patron italien inclina la tête sur le côté avec un sourire intéressé.
- Comment tu t’appelles, petit ?
- Maël.
- Allons… ton véritable nom ? Ceux qui se présentent sous un sobriquet qui n’a pas été sanctifié par le Seigneur font tenir leur force à bien peu de chose, tu ne crois pas ?
Le jeune homme parut hésiter un instant, puis répondit :
- Samuel.
- Ah, le divin prophète. Pour ma part je m’en tiens aux classiques. Les bonnes vieilles méthodes restent souvent les meilleures… Mais toi tu sembles t’y connaître en Ecritures, à moins que tu ne touches qu’à un seul précepte… ?
La légère pique insidieuse fit sourire Maël.
- Tu serais surpris…

A cet instant Henrique apparut de l’autre côté du comptoir, un torchon à la main. Il commença par remarquer la présence de Krone et lui rendit des hommages radieux :
- Salut Maël, ça fait plaisir de t’voir !
Puis constatant aussitôt qu’Abruzzi se tenait derrière, il enchaîna :
- Ah, John, bien le bonjour. Qu’est-ce que je te sers ?
Samuel fronça le nez, mortifié. Pourquoi ce mafioso aurait-il dû avoir ainsi des passe-droits jusque dans la queue des cuisines ? En tant que représentant de T-bag il aurait tout de même mérité qu’on le prenne en compte !
- C’est bon, Henrique, fais passer le gamin, répondit le parrain.
Il n’avait pas mis dans sa voix une once de condescendance, mais cette courtoisie dénuée d’arrière-fond ne rendait que plus humiliante l’admirable noblesse avec laquelle il donnait à Maël cet « après-vous », quand le jeune homme devait ruer pour seulement tenter de se faire respecter. Le lion faisant grâce au rat…
- C’est la commande de T-bag ? demanda le latino.
- Ouais, et il voudrait une bouteille de whisky en plus. Il a insisté sur le fait que ça devait être du bon. Pas de camelote !
- Oh, tu me vexes. J’ai pas l’habitude de lui vendre de la pisse en bouteille, lança Henrique en s’éloignant vers la partie voisine des cuisines.
Là, il déplaça une étagère d’ustensiles afin de soulever l’un des carreaux du carrelage, sous lequel se trouvait une petite cache connue des cuistots seuls. Il en tira un whisky véritable acheminé en douce par les livreurs du camion de nourriture, et s’approcha ensuite du grand seau en plastique qui contenait les arachides caramélisées dont le leader de l’Alliance était friand. Il en remplit deux sachets de récupération, l’un à ras-bord, l’autre au quart, et retourna à ses clients. Krone lui paya la somme convenue, et Henrique lui dit en ajoutant les quelques cacahuètes supplémentaires qu’il avait préparées :
- Tiens, ça c’est pour la course.
Maël ne répondit rien, mais prit tout de même le sachet qui lui était destiné pour le fourrer dans sa poche avec celui de T-bag ; il remonta ensuite la fermeture de son blouson sur la bouteille d’alcool. Cette tâche avait tout de même quelque chose d’assez dégradant… Et tout ça parce que ses ganaches de gitons étaient trop peu dégourdis pour rester seuls et entiers plus de quatre minutes ! Quelle pitié.
- A bientôt, Samuel, lança John Abruzzi.
Ce sale petit gaillard arrogant lui était sympathique, en un sens. Il sentait en lui un peu le même culot et la même frustration que ceux de sa jeunesse, quand il n’était encore qu’une petite frappe pleine d’ambition mais qui devait se cantonner aux tâches ingrates sans la moindre reconnaissance à la clé. La hiérarchie était quelque chose d’un peu difficile à avaler quand on se trouvait du mauvais côté de l’échelle… a fortiori si on avait son mot à dire, comme cela semblait être le cas de ce jeune blanc-bec.
- Je suis pas sûr qu’on va se revoir de sitôt, répliqua le jeunot avec une certaine rancœur.
- Et pourquoi cela ?
- Parce qu’un protestant et un catho qui causent Bible, ça se termine souvent mal…
A ces mots, le visage mal rasé d’Abruzzi se fendit d’un sourire amusé et sourdement intimidant, découvrant les dents. Il répondit alors avec aplomb :
- Tout ça ce n’est que des peccadilles, mon p’tit gars. Rien que des petites querelles de bénitier pour occuper les curés entre deux confesses de nos bourgeoises…
Sur ce, il ôta le crucifix qu’il portait autour du cou et passa la fine chaîne dorée autour de celui de Samuel.
- Attends, qu’est-ce que tu fais ?
Le garçon n’eut même pas le temps de protester qu’il se trouvait déjà orné de l’un des effets personnels de l’ex-parrain de la mafia locale.
- Toi et moi on est sous la protection du même Dieu, c’est ça qui compte ! lança l’italien sur un ton aussi jovial que solennel, en pressant deux doigts assurés sur la croix qui pendait désormais sur la poitrine du jeune aryen, au-dessus de la bouteille d’alcool fort.
Maël resta un instant interloqué, interrogeant du regard l’expression amicale mais outrageusement autoritaire de John Abruzzi, n’osant même pas retirer le petit symbole métallique pour tenter de le restituer à son propriétaire. Il se racla la gorge et finit par balbutier quelques mots de salutation avant de prendre congé, non sans glisser le crucifix à l’abri dans son tee-shirt. T-bag lui faisait vraiment accomplir des besognes dégradantes…

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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Lun 23 Juin - 19:32

Maël arriva dans la cour et se dirigea vers les gradins de l’Alliance. Les gars semblaient absorbés par le récit que leur offrait Alex, à califourchon sur le banc du bas, et Bagwell l’écoutait en souriant à pleines dents. Seul Tweener gardait un air renfermé et maussade, assis à-côté de son nouveau maître. Le morveux s’était fait donner une bonne leçon le matin même, dans les douches.


Au début, il avait simplement été chargé de laver le dos de T-bag pendant que ce dernier s’entretenait avec Drake de ce qui semblait être un funeste projet. Le leader blanc profitait toujours de la présence d’un giton à sa botte pour s’épargner les contorsions grotesques qu’exige une toilette correcte des épaules et de l’échine. Maël avait regardé d’un œil amusé le petit rappeur poser les mains sur la peau de Bagwell avec une répugnance évidente, et s’était arrangé pour saisir des bribes du conciliabule qui se déroulait entre les deux têtes de clan.
- Il va me falloir un nègre pour cet après-midi, avait glissé T-bag.
- Quel genre tu veux ? avait demandé son second.
- Pas le gars d’un gang. Je veux limiter les dommages collatéraux, il s’agit seulement de nous trouver un cobaye.
Drake avait lancé un coup d’œil à la ronde, puis avait suggéré :
- Pourquoi pas çui-là ?
Samuel avait suivi son regard, pour apercevoir un noir d’une quarantaine d’année qui s’essuyait la figure dans sa serviette. Aucun tatouage visible ne marquait son corps, ses yeux étaient fuyants et il était là depuis moins d’une semaine.
- Parfait, avait conclu le meneur suprémaciste.
Au même instant, Tweener avait tenté de se retirer près de sa propre douche, son sale boulot accompli, mais T-bag l’avait chopé par la taille en moins de temps qu’il n’en faut à une mante pour saisir un misérable insecte.
- Où tu vas, mon trésor ? Laisse-moi te retourner la faveur…
- Nan ça va mec, j’peux m’débrouiller tout seul, avait répondu la petite frappe en s’agitant un peu.
- Il faut que tu perdes cette agaçante habitude de me donner du « mec » dans chacune de tes phrases, mon bonhomme. J’ai pas besoin que tu me rappelles toutes les secondes que j’en suis un.
- Ouais, tu parles… avait maugréé Apolskis.
Bagwell l’avait fixé un instant, puis sans un mot l’avait saisi à la gorge pour l’entraîner dans un recoin de mur quelques pas plus loin. Tweener avait protesté énergiquement, ses pieds dérapant sur le carrelage, mais la prise autour de son cou et de sa mâchoire paraissait sans réplique.
- Laisse pas infuser trop longtemps, on doit voir les motards à 10h et demi, avait simplement lancé Drake derrière les vociférations du jeunot.

Maël s’était dévoué pour aller faire le guet ; nouant sa serviette autour de sa taille, il était allé s’asseoir sur le demi-mur derrière lequel T-bag dissimulait souvent ses méfaits. Il avait entendu le son d’un corps qui glisse et s’abat sur le carrelage, puis le chantonnement traînant de la voix de Bagwell.
- Manifestement tu as très envie de jouer à un petit jeu qui s’appelle « pourquoi ne pas ouvrir la bouche inconsidérément ».
- Lâche-moi s’te plaît, j’le f’rai plus ! avait couiné désespérément sa proie.
- Reste tranquille maintenant…
Les bruits sourds et frénétiques d’une lutte et des membres cognés contre le sol mouillé des douches, comme un poisson se démenant hors de l’eau. Puis une seule syllabe, qui concentrait toute l’humiliation nécessaire.
- Lèche.
- Va t’faire foutre ! avait cinglé le jeune homme juste avant de produire un son étranglé.
- Lèche, misérable petit rebus hybride ! avait sifflé T-bag.
Après quelques derniers couinements de gorge serrée, le silence s’était fait quelques instants. Maël avait laissé son regard sillonner la salle carrelée, attentif à toute menace éventuelle. Il aurait été facile de s’en prendre en traître au meneur du clan lors de ses petites turpitudes dans les douches, si personne ne s’était occupé de veiller au grain.
- Voaalà… Ca c’est un bon garçon… avait-il fini par susurrer, un sourire cruel dans la voix.
Samuel avait glissé un œil par-dessus son épaule pour voir le jeune wigger maintenu au sol par les jambes de Bagwell, les genoux de part et d’autres de son crâne, un pouce s’insinuant entre ses mâchoires.
- Tu vois, Tweener, l’inconvénient quand on ouvre la bouche au moment inopportun, c’est qu’on ne sait jamais ce qui peut finir par y tomber… avait poursuivi T-bag sur un ton doucereux.
Krone s’était retourné et avait rencontré les yeux de Scofield à quelques mètres. Il s’était tendu instantanément. Gueule-d’Ange était resté planté là, le visage froissé par la contrariété et la frustration. Il semblait peser le pour et le contre d’une intervention stupidement héroïque, aussi Maël lui avait-il adressé un regard d’avertissement en se préparant à cueillir l’intrus si cela s’avérait nécessaire. Derrière, on distinguait les reniflements misérables d’Apolskis et Scofield avait froncé les sourcils, dévisageant Samuel en secouant imperceptiblement la tête, avec un air réellement inquisiteur et presque suppliant. Le garçon n’avait pas réagi à ce regard qui lui était personnellement adressé, continuant d’engager l’autre détenu à garder ses distances.
- C’eest bien… Tu es vraiment de meilleure compagnie comme ça, tu sais ? Apprivoise un peu ce merveilleux silence et garde-le à ton bon souvenir pour plus tard, tu ferais ça pour moi petit ?
Le cri sourd et rétif de quelqu’un à qui on empoigne rudement les cheveux.
- Allez, biberonne-moi ça vite fait et finissons-en, va.
Gueule-d’Ange avait fini par se ranger contre un mur carrelé, l’air franchement malade. Maël l’avait surveillé encore une minute ou deux, jusqu’à ce que des hoquets désespérés n’annoncent l’achèvement du petit jeu de Bagwell. Il l’avait entendu se relever et conclure :
- Tu vois, Tweener, je peux être quelqu’un de très gentil… mais pour ça il faut que tu y mettes du tien de ton côté. Le marché ne fonctionne pas à sens unique.

Krone avait enfin pu cesser de faire la vigie et avait jeté ses jambes de l’autre côté du mur. Apolskis, toujours à terre, crachait sur le carrelage des douches. Il sanglotait silencieusement, le corps crispé et tremblant comme une feuille. Lorsqu’il avait vu Maël se retourner, l’expression froide et impitoyable de T-bag s’était changée en un sourire affable et tendre.
- Oh, c’est toi qui surveilles ? avait-il demandé d’une voix douce en s’approchant nonchalamment de son poste de guet.
- Oui.
- T’es pas un peu jeune pour te charger de ça ? Papa et Maman ne t’ont jamais dit de ne pas regarder par le trou de la serrure quand ils s’offraient des petites gâteries ?
Bagwell avait posé une main de chaque côté de son jeune chien de garde et, appuyé contre le mur, l’avait dévisagé avec un sourire sucré et taquin, ses yeux bordés de ridules malicieuses. Samuel avait eu un imperceptible mouvement de recul, en réaction instinctive à la proximité appuyée. T-bag voulait simplement jouer, sans doute détendu par son précédent abus ; Maël aurait presque pu voir une queue de chien remuer derrière lui…
- Si tu crois qu’ils avaient l’habitude de s’en faire… avait-il répliqué sans se laisser infantiliser.
- Vous n’avez même pas droit à la gâterie ? avait demandé le chef du clan, curieux.
- Gaspillage de semence… avait récité le jeune homme.
Theodore s’était alors accoudé au demi-mur de faïence et avait laissé un indexe nonchalant flotter au bout de son poignet inerte.
- C’est ça que j’n’ai jamais compris : la hantise de perdre le jus, de tripoter l’ustensile, Onan et toutes ces foutaises. Vous autres gens de religion on dirait que vous craignez perpétuellement de vous retrouver un jour avec les p’tits sacs vides. Ca se renouvelle là en bas, vous savez, la nature est bien faite.
Scofield était passé derrière eux pour se pencher sur Tweener dans le but de l’aider à se relever. Bagwell avait brièvement tourné la tête pour le suivre, affectant ou non un relatif désintérêt.
- Là-dessus les cathos sont plus braqués que les protestants, tu sais… avait répondu Krone en gardant un œil sur les deux autres détenus. Mais je suppose qu’il faut prendre ça comme une image. Si tu fais du plaisir une fin en soi, tu n’auras jamais besoin de te construire.
Appuyé sur sa main, T-bag l’avait observé en pouffant de rire dans sa gorge.
- Si tu fais du plaisir une fin en soi, tu auras toujours besoin de te construire ! Au contraire, le risque est plutôt de ne jamais atteindre quoi que ce soit de suprême...
- Si tu le dis…
Le sociopathe avait baissé un instant les yeux sur la serviette de Maël avec un air presque compatissant et attendri, puis avait relevé vers lui le même sourire goguenard.
- Mon pauvre garçon… heureusement qu’on t’a tiré de là, avait-il déclaré avec deux petites tapes paternes sur sa cuisse, étouffées par le linge.
A cet instant, des bruits de pieds s’emballant lourdement sur le carrelage s’étaient fait entendre. Scofield venait de se faire repousser hargneusement par Tweener, qui filait à présent en direction des vestiaires.
- Ne perds pas ton temps avec ce gamin, Beauté, il n’est toujours pas sorti de l’âge ingrat, avait lancé T-bag en passant ses bras derrière le muret.
- La ferme, avait répliqué sombrement le bleu.
- Ouuuh… très bien, si tu le prends comme ça… Mais la prochaine fois que tu viens te pencher sous mon nez et m’exposer ce derrière à couper le souffle, ne vas pas te plaindre si tu éprouves quelques difficultés à aller faire ta sissite quotidienne chez le joli docteur.
Sans prévenir, Gueule-d’Ange avait décoché un coup de poing excédé dans la figure de Bagwell. Le chef de clan, pris par surprise, en avait pratiquement perdu l’équilibre et en un instant la bande avait rappliqué avec divers beuglement de dissuasion. T-bag, une paume contre sa pommette meurtrie, avait pourtant repoussé Samuel d’une main ferme sur sa poitrine, et tenu les autres en respect en lançant à la ronde avec un sourire d’une bonne humeur incompréhensible :
- Non non on se calme, les garçons, c’est rien !
Gueule-d’Ange avait scruté le groupe de suprémacistes avec une prudence mêlée de mépris. Il avait commencé à s’éloigner du meneur blanc et ce dernier avait dû reprendre une seconde fois sa meute hésitante :
- C’est bon, laissez-le aller…
Il adressait à Scofield un sourire radieux et amusé, un peu fat, prenant manifestement un certain plaisir à l’épargner, chevaleresque malgré l’affront.
- T’as pas idée à quel point tu me dégoûtes, avait craché l’homme aux grands yeux bleus, lui montrant clairement qu’il dédaignait parfaitement sa mansuétude.
- L’histoire de ma vie, mon joli… avait répondu T-bag sur un ton léger, tandis que Gueule-d’Ange attrapait sa serviette et quittait la salle d’eau.

Maël atteignit les gradins et monta au sommet livrer sa marchandise.
- Aaah, voilà mon cher petit colporteur, dit Theodore en l’accueillant.
Krone se contraignit à ne pas faire la grimace, et s’assit un instant à-côté du chef pour lui faire passer discrètement la marchandise.
- Qu’est-ce que t’as dans l’autre poche ? demanda T-bag à qui rien de ce genre n’échappait.
- Henrique m’a filé un échantillon gratis.
- Eh bien on dirait que le bandido espère toujours la botte florentine…
- La quoi ?
Bagwell releva le nez de son sachet de cacahuètes et, tout en mâchant une première friandise, considéra simplement Maël avec un sourire moqueur et salace qui lui donna toutes les explications nécessaires. Le blondinet leva les yeux au ciel et se releva du banc pour redescendre à sa place, mais T-bag l’arrêta en saisissant délicatement la petite chaîne contre son cou. Rien, définitivement rien ne lui échappait… Il la fit glisser hors du tee-shirt pour découvrir le fin crucifix doré qui y était accroché.
- C’est quoi, ça ? interrogea-t-il.

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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Mar 5 Aoû - 10:43

Maël baissa les yeux sur la minuscule croix et répondit :
- Oh, c’est ma sœur qui me l’a ramené à la visite d’hier. Elle a remarqué que j’avais plus celui qu’avait apporté ma mère, alors elle a cru bien faire et m’en a acheté un autre. Je l’ai mis pour ne pas lui faire de peine.
L’explication était sortie toute seule, et Samuel se demanda aussitôt ce qui l’avait poussé à mentir. Ce n’était pas dans ses habitudes de cacher la vérité. Non seulement il en avait rarement éprouvé le besoin, mais encore il en faisait un principe de vie. Toute fausseté n’était motivée que par la lâcheté, et Samuel n’était pas quelqu’un de pusillanime.

Peut-être pour cette raison, le chef de l’Alliance reçut la justification sans chercher à le cuisiner davantage. Il laissa la chaînette glisser entre ses doigts et lança simplement :
- Tu as de la chance d’avoir une petite famille aussi attentionnée. Tu sais, la plupart des gars qui entrent ici sont reniés dans l’instant par père et mère, et on dirait que les tiens te considèrent comme un héros en culottes courtes !
Maël hésita quant à la position qu’il devait prendre. Il n’était censément pas à sa place à cet étage des gradins, mais répondre tout en tournant le dos à T-bag pour regagner son coin aurait sans doute été malséant. Il ne pouvait décemment pas non-plus rester debout devant lui pour lui parler. Il se rassit donc à ses côtés.
- Mes parents ne sont pas idiots, ils ont très bien compris qu’il fallait que je défende ma famille. J’ai fait ce que j’avais à faire, point. Et si tous les types de mon âge avaient le courage d’en faire autant, on se ferait pas casser la gueule en rentrant de la fac sous prétexte qu’on a oublié d’être bronzés, déclara-t-il avec la verve que Theodore lui connaissait.
- Mon garçon, je dis amen. Prends-en de la graine, toi ! suggéra-t-il en donnant une tape à l’arrière du crâne de Tweener. C’est d’ailleurs bien la preuve que tu disposes de suffisamment de bijoux de famille comme ça pour qu’ils te transforment tous en sapin de Noël avec leurs gris-gris. Combien tu m’as dit que vous étiez, à la maison ?
- Sept, répondit Krone. Enfin Judith n’habite plus avec nous. Elle fait ses études dans la ville de New York.
Bagwell ponctua d’une moue appréciatrice.
- Oui, reprit Maël, c’est la grande fierté de la famille… C’est l’aînée, tu me diras, elle est là pour ça.
- Tous les autres sont plus jeunes que toi ?
- Non, je suis l’enfant du milieu, dit-il avec un sourire amusé. Lore a un an de plus, mais ça me serait difficile de la qualifier de grande sœur, j’avoue… Et puis loin derrière il y a les jumeaux.
- Laisse-moi deviner : tous des têtes-blondes ?
- … Ouais, reconnut Samuel.
- Il faudra me montrer tout ce beau monde un jour, au parloir… déclara T-bag en engouffrant quelques arachides avec un certain enthousiasme.
Il se figurait déjà l’angélique fratrie, de la jouvencelle épanouie à la paire de marmots en tous points identiques. Le tableau ne manquerait probablement pas d’un certain charme érotique à la Virgin Suicide. Krone, de son côté, n’était pas sûr d’apprécier le sourire aisé qui allumait à cet instant le faciès émacié de son meneur. Il préféra ne rien répondre. Bagwell tapota affectueusement son épaule pour lui indiquer qu’il pouvait disposer, et Maël quitta le banc. Ce crucifix tout neuf contre la poitrine du jeune homme l’avait légèrement chiffonné. Que pouvait-il pourtant réprouver ? Nombre de ses hommes portaient la croix chrétienne sur leurs torses tatoués d’aigles et de nœuds de potence. Néanmoins, le leader blanc lui avait arraché la sienne glorieusement, et sans la moindre contrainte. C’était là un exploit dont il n’était pas peu fier, et que ce nouveau symbole doré semblait venir remettre en cause après coup.


Comble de l’ironie, le cruciforme talisman avait été abandonné le lendemain du baptême un peu spécial de Maël. T-bag se tenait tout prêt à le conquérir définitivement. Il avait comblé Maytag jusqu’aux derniers excès cette nuit-là, festoyant sans la moindre retenue sur ce corps qu’il s’apprêtait à rendre à la liberté. En dépit de la première ruade de son protégé, il était parvenu à conduire les évènements comme il l’entendait. Il y parvenait toujours quand il s’agissait de Maytag, pensait-il alors. Après s’être envoyés en l’air selon diverses modalités intéressantes, ils avaient terminé sur le lit du bas pour quelques heures de somme bien mérité, qui se compteraient sur les doigts d’une main. Bagwell n’avait même pas eu la force de réprouver le fait que le mignon lui grimpe dessus pour s’écrouler du sommeil du juste.

Au matin, il avait été réveillé par la voix mélodieuse du Capitaine Bellick, meuglant l’ordre de se mettre en rang. Theodore avait cligné péniblement des yeux : il n’avait pas tout à fait récupéré. Comme il tentait de remuer, il avait réalisé que Jason était toujours coulé de tout son long sur sa personne. Avec un certain courroux, le meneur blanc avait frappé sèchement sur l’une des fesses rebondies du garçon.
- Fillette, bouge ton joli cul d’ici.
Pour toute réponse il avait obtenu un grommellement encore passablement endormi. Le gosse s’était contenté de se serrer un peu plus étroitement contre lui, enfouissant son nez dans son cou et chatouillant son oreille avec le champ de bataille de ses cheveux. T-bag aurait pu éprouver une once de clémence si la situation n’avait pas été aussi indécemment câline. Il s’apprêtait à tirer violemment sur ce qu’il restait de la crête au centre de son cuir chevelu, quand il avait entendu Geary se rapprocher de leur cellule en décomptant les détenus. Après réflexion, il s’était alors décidé pour une petite séance de provoc’ divertissante.
- Bagwell ! Buchanan ! avait énoncé le maton.
T-bag avait simplement replié les bras derrière la tête avec un sourire amusé. Ne les voyant pas sur la ligne, Geary avait soupiré et s’était avancé pour jeter un œil à l’intérieur de la cellule. Un instant après, il détournait vivement la tête comme quelqu’un qui aurait reçu une gifle.
- Oh pitié, Bagwell ! Personne n’a envie de se fader un spectacle pareil si tôt le matin !
- Qu’est-ce qui se passe ? avait demandé le capitaine des matons sur un ton désagréable, toujours très épidermique dès qu’un trouble survenait dans le grand ordre du pénitencier.
Son subordonné avait simplement indiqué la cellule 16 de la tête et Bellick avait planté sa plantureuse silhouette sur le seuil.
- Fini de jouer à la corde à sauter, les filles. En rang par deux et on se donne la main, avait-il lancé tout d’abord avec un sourire épais.
Le sociopathe avait levé les deux mains en signe d’impuissance.
- J’y suis pour rien, boss, le gamin s’accroche. Il a sauté sa tétée du matin, pardonnez-le…
Faisant résonner ses semelles et tinter ses clés, le gardien en chef s’était approché de sa démarche presque aussi pesante que le regard qu’il avait laissé tomber sur la scène. Mais lorsqu’il s’agissait de tester sa pudeur, T-bag s’inclinait rarement. C’est avec un large sourire qu’il exhibait leurs nudités en contact, qui dérogeaient aux lois de la nature et jusqu’à celles de l’harmonie esthétique.
- Vous êtes vraiment une paire de beaux dégueulasses… avait fini par lâcher Bellick.
- C’est ce qu’on appelle la luxure, chef. Vous devriez essayer, lui avait conseillé le pédophile en mettant dans son œil tout l’éclat vicieux qui mettait les gens si mal à l’aise.
Il avait senti les paupières de Maytag s’entrouvrir à peine contre sa mâchoire, et avait deviné la moquerie dans cet infime fragment d’iris à peine éveillé. Le maton avait simplement répondu en dégainant sa matraque avec un bruit sec.
- Buchanan, tu vires de là vite fait si tu ne veux pas que tonton Teddy se retrouve cocufié par ce bel instrument.
Le garçon avait poussé un soupir, puis s’était levé de mauvaise grâce pour tituber jusqu’à son caleçon, bousculant légèrement le garde-chiourme au passage. Ce gamin était décidément devenu passablement effronté. Theodore avait saisi son pantalon, repoussé en boule au fond du lit, et s’était redressé souplement pour se mettre debout. Il avait soutenu le regard du capitaine tout en l’enfilant à même la peau.
- T’as l’impression d’en avoir, hein, quand tu fourres ton engin là-dedans ? avait demandé Bellick sans hausser le ton, salace plutôt que gouailleur. Chez moi, baiser avec les petits garçons c’est quand même une drôle de façon de montrer qu’on est un homme… Tu crois pas, Bagwell ?
Le chef des gardiens le lorgnait, ourlant sa lèvre grasse d’un sourire narquois. Il voulait le pousser à la faute : geste, injure, ou simple impertinence. T-bag avait cependant trop de bouteille pour donner satisfaction aux matuches, que ce soit en commettant un acte qui légitimerait la correction comme en s’écrasant tout à fait devant leurs petites exactions épaisses. Aussi avait-il docilement approuvé, tout en remontant sa braguette d’un geste sec :
- Sûr, c’est pas à vous que ça risquerait d’arriver, patron…
Son mignon, encore à demi-nu de n’avoir pas fait l’effort de chercher sa chemise, était revenu chercher la poche au fond du pantalon, et avait appuyé sur l’épaule de Theodore un front alangui. Les mots avaient beau flatter la virilité ô combien supérieure du surveillant, conformément intégré à la société libre, le sourire étouffé du pervers sexuel glissait : « tu peux te payer toutes les putes camées que te permet ton salaire de misère, comme tous les ratés de ton espèce, Bradley, mais c’est pas demain la veille qu’un adonis de vingt ans te fera connaître les suprêmes impuretés en t’étant dévoué corps et âme, comme ce joli morceau que tu vois pendu à moi ». Bellick avait replié sa matraque d’un geste leste qui voulait impressionner, et avait grognassé :
- Amenez vos culs d’gonzesses sur la ligne et qu’ça saute !
T-bag s’était avancé en prolongeant quelque peu le contact visuel avec le maton en chef, pour aller s’aligner docilement. Son champ de vision l’avait alors conduit directement à Maël, sur le rang d’en face, qui le fixait avec un drôle d’air. Bagwell lui avait adressé un rictus mielleux, et n’avait pas été surpris de le trouver sans réponse. Il y avait quelque chose de farouche dans l’expression du petit blond mais aussi, et cela le surprenait un peu plus, d’anxieusement résolu. Avait-il ainsi décidé de ne pas s’y laisser reprendre ?

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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Mar 5 Aoû - 10:44

Les portes s’étaient ouvertes pour offrir l’accès au réfectoire, et le meneur blanc s’était mis en chemin, tout excité par le nouveau défi qu’allait représenter cette journée, bientôt rejoint par ses hommes. Il avait noté que Maël ne se joignait pas aux tables familiales pour le petit-déjeuner. Lors de la douche, il avait tout bonnement disparu. Quand ils s’étaient installés sur leurs gradins, sous un ciel bas et couvert, le petit nouveau manquait toujours à l’appel. Cette absence prolongée n’avait pas manqué de soulever les commentaires parmi ses lieutenants, au courant des turpitudes planifiées la veille.
- Dis donc, on dirait qu’le bizuth s’est toujours pas remis de sa petite cérémonie d’hier ! avait entonné Georgie, profitant de ce moment de pause commune à l’extérieur.
- C’est ce qu’il semble… avait simplement répondu la tête de clan.
- Tu l’as sauté… ? avait demandé avidement Trokey, insatisfait de si peu de précisions.
T-bag avait esquissé un sourire légèrement embarrassé.
- Aaaah… il n’est pas de ceux qu’on monte à cru. Je veux le cuisiner un peu avant, il n’en sera que plus tendre à consommer pleinement.
- Alleeez, me dis pas qu’tu t’es pas amusé avec lui ! s’était récrié son second, un peu estomaqué.
A dire vrai, le chef suprémaciste se trouvait quelque peu ennuyé de ne pas pouvoir offrir à ses mâtins le conte de Sodome qu’ils attendaient. Il ne fallait surtout pas que la chose fût mal interprétée.
- Bien entendu, je me suis amusé avec lui. Mine de rien c’est le but de l’opération, Trokey, et je peux t’assurer qu’il n’y avait rien de plus divertissant que de faire branler pour la toute première fois le piédestal du petit chéri sous mon nez, pas vrai Maytag ?
Moqueur, Theodore avait frotté brièvement les cheveux désordonnés de son giton, qui n’avait pas réagi.
- Ah, ça c’est un truc de malade ! avait commenté Drake avec un sourire entendu. Qu’est-ce qui disait, l’gamin ?
- Oh il m’obligeait à le tenir tranquille, c’est sûr, mais il n’en demeure pas moins qu’il a craché tout son petit-lait comme un grand !
Trokey avait semblé bluffé et assez amusé par ce compte-rendu original.
- Ah ! T’es encore plus tordu qu’je l’pensais, tiens !
- Qu’il le veuille ou non il finira entre mes doigts d’ici la fin de la journée, avait affirmé le chef de l’Alliance en baissant d’un ton, et je vous garantis qu’il va aimer l’expérience, l’enfant de chœur…
La perversité dans la voix serpentine de T-bag avait silencieusement agité sa troupe d’un frisson d’excitation. Il suffisait souvent que darde à leurs oreilles la langue irascible de leur meneur pour attiser soudain leur appétence naturelle pour la violence.

Comme pour rafraîchir aussitôt l’atmosphère, une bruine ventée s’était mise à arroser la cour de la prison. Theodore s’était tourné vers Maytag, d’ordinaire très frileux. Le garçon n’avait pas remué, comme indifférent à la pluie qui humectait ses mèches blondes et brunes, qu’il n’avait du reste pas pris la peine de coiffer en crête. Ses yeux battus, cernés de fatigue, étaient laissé au vague de la pelouse humide. Toute la matinée il s’était tenu parfaitement tranquille et il semblait que rien ne pût encore l’affecter. C’était tout juste si son maître le reconnaissait, ainsi. Peut-être du fait de cette confusion, face à l’air absolument misérable de son petit bonhomme, il avait soulevé un pan de son blouson bleu et y avait abrité la tête de Maytag. Son protégé s’était laissé faire sans mot dire, se nichant un peu sous son aile, et avait répondu en serrant fort le tissu chaud de la poche entre ses doigts mouillés. T-bag avait été pris d’un vague remord. Le défi que Jason lui avait jeté au visage la veille lui avait posé un véritable cas de conscience, il devait bien l’avouer. Pendant un moment, il avait été sérieusement tenté de ne pas désavouer Maytag, tenaillé par une curiosité mordante. Le mignon aurait-il réellement abandonné confort et liberté pour sa simple personne ? Encore à cet instant, comme il le considérait tout près de lui, suçant anxieusement sa lèvre jusqu’à la petite tache de duvet brun qui la soulignait, le doute lui piquait les entrailles. Il n’avait d’autre certitude que celle de ne jamais savoir, et c’était là quelque chose que Theodore Bagwell n’appréciait pas du tout. Mais il était braqué sur le désir d’attacher le fervent Maël à sa poche, et peut-être également sur le refus entêté de laisser à son giton le triomphe de contrecarrer ses plans bien établis.

Justement, alors que le clan demeurait silencieux sous la pluie fine et froide, déployé sur les gradins comme un groupe de corbeaux sur des lignes à haute-tension, Krone s’était enfin montré. Il n’avait pas pris la peine d’enfiler un manteau, et arborait cette fois un visage plus serein et définitivement sûr de lui.
- Je veux devenir ton serviteur, avait-il déclaré en regardant T-bag droit dans les yeux.
L’audace l’avait laissé complètement pantois, lui faisant replier son bras et déloger Jason. Il n’avait cependant fait montre de son choc que l’espace d’un instant. Se jouant d’une pareille hardiesse, il avait seulement répliqué :
- Eh bien ! Je savais qu’être déniaisé ça vous changeait un homme, mais à ce point-là !
Les membres de l’Alliance avaient ricané. Néanmoins Maël avait semblé ne se soucier aucunement de leurs railleries. Les yeux levés vers lui comme le gladiateur face à son empereur, les mains humblement nouées derrière le dos, il avait repris :
- Je veux être à tes côtés, et te servir comme je le pourrai.
Bagwell avait froncé les sourcils, penchant curieusement la tête sur le côté.
- Vraiment ? Quelques heures et le sens de ta vie vole en éclats ?
- J’me suis pas trompé de sens, seulement de chemin.

Comme pour lui donner un gage de sa lucidité, le jeune homme avait retiré son crucifix d’argent, et le lui avait lancé vivement. Du haut de ses gradins, T-bag avait reçu la chaînette au creux de sa main avec une certaine stupéfaction, et s’était aussitôt levé, incrédule. Maytag s’était mis debout à ses côtés, sans lâcher la poche. Le sociopathe s’était trouvé… désarçonné, vraiment. Les évènements ne se déroulaient pas du tout de la manière dont il les avait anticipés ! C’était presque trop brutal, trop aisé, trop conforme à l’idéal. Il serait allé jusqu’à dire que c’était lui qui se sentait un peu violenté par ces circonstances inattendues. Que demander pourtant lorsque l’objet du désir était présenté sur un plateau d’argent ?
Comme le chef de l’Alliance ne trouvait rien à répondre, Maël s’était autorisé à gravir les gradins, suivi d’un regard curieux par tous les sbires. Une fois sur l’avant-dernière marche, il avait poussé le toupet jusqu’à arracher avec la dernière désinvolture la main de son futur prédécesseur de la poche convoitée. Depuis qu’il avait commencé sa petite démonstration de force, Samuel avait agi comme si rien d’autre que T-bag n’existait sur les lieux de ses nouveaux vœux, et en cela il avait commis une erreur. Un coup de poing féroce était venu le lui apprendre, le faisant basculer jusqu’au bas de la structure de bois et de métal dans un fracas sourd et sous les exclamations de ceux qui avaient failli subir des dommages. Theodore n’avait pas eu le temps de se retourner que déjà Jason dévalait deux bancs pour bondir sur la poitrine du nouveau prétendant, l’écrasant de tout son poids dans un sinistre craquement de côtes cassées. Aussitôt après, il profitait de lui avoir coupé radicalement le souffle pour bourrer son ventre de coups de pieds rageurs. La bande de taulards avaient commencé à pousser des brames d’encouragement hilares et Bagwell était resté suffoqué devant ce qui se déroulait sous ses yeux. Maytag s’acharnait sur le corps frêle de Samuel avec une hargne impressionnante. Il avait entendu ses baskets battre la chair tandis qu’il crachait :
- Tu veux servir, mauviette ? Alors rampe ! RAMPE POUR MOI, SALOPE !
Il avait été acclamé de quelques sifflets, ce qui n’avait pas empêché les aryens de pousser des olés lorsque Krone avait enfin saisi son pied et taclé son autre cheville pour le mettre à terre. T-bag était comme hypnotisé par le spectacle, incapable d’intervenir alors qu’il n’aurait jamais dû autoriser cette confrontation d’opérette en tant que tête de la famille. Tout bien réfléchi cela dit, la bagarre qui s’était déroulé à ses pieds n’avait pas grand chose d’une confrontation d’opérette… Les garçons s’entretuaient joliment dans l’herbe fangeuse de la cour. Maytag avait goûté aux coups de pieds dans le visage, avant que Maël ne se jette sur lui pour le plaquer au sol. Malheureusement pour lui, le blondinet ne l’y avait pas maintenu bien longtemps. La constitution trapue de Buchanan lui donnait un net avantage en force. Au corps à corps, une fois les gestes vifs de son adversaire immobilisés, il n’avait eu que peu de difficultés à les maîtriser et à renverser la situation. Maintenant les bras de Samuel au sol, il lui avait asséné un violent coup de tête, qui avait soulevé quelques exclamations mi-choquées mi-appréciatrices chez les membres de la famille.
- Vas-y, Maytag, fous-lui une branlée ! avait lancé Trokey qui s’amusait follement.
L’angelot avait paru sonné, le regard un instant vide et désorienté, son auréole de mèches dorées souillée par la terre détrempée. Jason en avait profité pour le lâcher et se remettre à le cogner.

T-bag ne l’avait jamais vu comme ça. Lui qui était toujours enthousiaste mais sottement emprunté lorsqu’on lui faisait tuer quelqu’un, qui appréhendait le danger des rixes claniques et se réfugiait timidement derrière Theodore aux premiers claquements de langue d’un tocard en manque, il se déchaînait alors comme le fils du diable en personne tandis qu’il molestait Samuel. C’était un miracle que le minois fin du chérubin ne se défonce pas tout simplement sous les coups forcenés qui le martelaient. En voyant cela, Bagwell avait songé avec une pointe de dérision que c’était à se demander si le gosse avait encore besoin lui. Toute cette furie était la sienne, il la reconnaissait. Elle avait été crainte, admirée, appréhendée, contemplée, enviée, escomptée, adorée, fantasmée, et à présent reproduite comme dernier réflexe de défense. Maël n’avait mis que quelques secondes à reprendre ses esprits et n’avait pu que se protéger le visage de ses bras. Maytag avait alors esquissé son demi-sourire triomphant derrière ses multiples lésions faciales.
- C’est ça, planque-toi.
Après lui avoir asséné un dernier coup lourd sur la tempe, il avait ponctué sa victoire d’un crachat de mépris. Puis il avait relevé vers son maître des yeux encore ardents et déjà assoiffés, dont la pure nitescence jurait délicieusement avec les traces de sa sauvagerie. Il haletait laborieusement, du sang chaud coulait de son nez, mais au beau milieu de son visage mâchuré et meurtri ces deux yeux lui criaient que tout cela était pour lui. Un frisson avait parcouru l’échine de Bagwell, d’autant plus troublant que celui-ci le surprenait dans une position détestable. Il n’avait rien d’une princesse pour laquelle on s’affronte ! Au nom de quoi ces gamins s’étripaient-ils sous son nez, et devant tout le monde encore ? Comme tout cela était embarrassant et hors de propos ! Tout en même temps, voir deux magnifiques éphèbes s’entredéchirer pour ses faveurs étaient une déconcertante première qui non seulement mettait le monde à l’envers, mais encore flattait son ego jusqu’à la boursouflure. Cela étant, si les jouteurs croyaient pouvoir délibérer par eux-mêmes, T-bag se devait de les détromper tous les deux rapidement ! Il s’apprêtait à ouvrir la bouche pour y aller de son petit commentaire sarcastique quand Maël avait effectué soudain un geste véloce qui avait arraché à Jason un hoquet de douleur. Le jeune champion s’était plié en deux, avant de recevoir une beigne qui l’avait éloigné du corps de son opposant. Tandis qu’il s’affaissait à terre sans pouvoir se défendre, la main pressée contre son flanc, Maël s’était redressé péniblement mais courageusement pour se placer au-dessus de lui. Et puis il y avait eu l’éclat d’une arme blanche, brandie sans remord par l’angelot, qui avait coupé court à toute analyse. La décharge fulgurante d’adrénaline avait entraîné une réaction au quart de tour, conditionnée, stupide. Un réflexe, c’était certain. Et T-bag était déjà sur eux. Comble de l’ironie, il avait encore la croix de Samuel enroulée autour des doigts lorsqu’il avait retenu la main meurtrière du petit saint d’une poigne de fer. Quant au dragonneau terrassé, il l’avait fixé de deux grandes prunelles bleues désespérément incrédules. Enfin, toute l’assistance assemblée sur les gradins s’était retrouvée suspendue à ses lèvres, et tout ce que Bagwell avait eu envie de lâcher à ce moment précis était simplement : « Et merde ».

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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Lun 9 Fév - 20:21

Voici la suite de l'histoire, mit petit récap'!


Débuts entre T-bag et Tweener (1er jour - 2eme jour dans la matinée)

Flash-back sur l'arrivée de Maël à Fox River, alors que T-bag est encore avec Maytag

Tweener cache la lame de rasoir, T-bag lui fait confiance pour prendre la bonne décision (2eme jour dans l'après-midi)

Flash-back sur la rencontre de T-bag et Maël

Tweener coupe la zigounette d'Avocado, et flippe parce que ce dernier refuse de le dénoncer, pour pouvoir le finir lui-même. Il comprend qu'il est coincé et prend la poche de T-bag (2eme jour au soir - 3eme jour - 4eme jour dans la matinée)

Flash-back sur le "baptême" de Maël: Teddy lui apprend ce qu'il faut sur les petites abeilles et les petites fleurs en obligeant Maytag à lui donner son premier orgasme. Woopee!

Saint-Michael essaie de s'en mêler, mais Tweener finit tout de même dans la cellule de T-bag. (4eme jour en fin de journée)

Flash-back très loooong sur la dernière soirée que T-bag devait passer avec Maytag, avant de prendre Maël comme nouveau giton. (Manifestement, il y aura une couille dans le potage, puisque à l'heure actuelle Maël ne tient pas la poche de Bagwell... mais pour l'instant, vous n'en savez pas plus.)

Retour à Tweener le lendemain de sa première nuit dans la cellule 16. Nous sommes en fin de matinée - midi. (5eme jour)

Flash-back sur la tentative de "coup d'état" de Maël et son altercation avec Maytag.

Retour à Tweener, l'après-midi (5ème jour)



Voilà, bonne lecture!


- SIEG HEIL ! hurla Lycan en écrasant son pied dans les côtes du détenu noir qu’ils avaient coincé dans l’une des cabanes à outils.
Quelques clameurs hystériques suivirent son cri de guerre, tandis qu’il balançait la bouteille de whisky à ses camarades. Celle-ci fut récupérée par Drake, qui en but une longue goulée avant de reprendre son souffle dans un halètement animal et de donner un nouveau coup dans l’estomac de leur victime.
- Allez, bats-toi, sac à merde ! aboya-t-il en collant la bouteille contre la poitrine d’un inférieur.
Les suprémacistes étaient torses nus, en prévision des projections de sang et, dans l’air vicié et poussiéreux de la remise, ce n’était que peaux blanches et roses et marquages à l’encre bon marché. Le whisky vola à nouveau par-dessus les muscles suants où enflaient des croix celtiques ou des têtes de pitbulls. Alex le saisit, et versa sur le visage du noir quelques gouttes qui accrochèrent l’un des rais de lumière.
- Ca t’dirait qu’on te crame la face, le nègre ? Ca t’plairait pas d’être immolé par le feu comme tes ancêtres ? jappa-t-il, tout excité.
- Gâche pas la marchandise, espèce de petit connard, grogna Georgie, déjà un peu éméché, en se réappropriant l’alcool.
Après une bonne lampée, il le refit circuler et redressa brutalement la proie pour lui décocher un crochet.
- Sieg heil, les mecs !
La bouteille de verre refit quelques cloches rapides par-dessus le lynchage, pour être finalement lancée un peu plus loin, et atterrir dans une nouvelle main.
- Allez-y mollo sur les sieg heil, les garçons, on ne veut pas avoir l’air politiquement incorrects, n’est-ce pas ? roucoula T-bag avant de porter le goulot à ses lèvres.
Il était assis sur une table, les jambes généreusement écartées, Tweener assis à ses pieds. Il se pencha légèrement en arrière pour avaler une brève lippée de liquide ambré, sa main libre agrippée à la tignasse de son giton, comme pour assurer son équilibre. Apolskis grimaça un peu en sentant le tiraillement de ses cheveux, mais le spectacle qu’il avait sous les yeux le traumatisait suffisamment pour qu’il y prête à peine attention. Que pouvait-on bien ressentir d’agréable en défonçant la tronche d’un pauvre gars qui, manifestement, ne savait même pas se défendre ?
- Non, Georgie, tu ne lui pisses pas dessus ! intervint vivement le leader en voyant son soldat ouvrir sa braguette. Ou tout du moins attends qu’on en ait fini avec lui, je ne veux pas qu’il soit dégueulasse !
- Comme tu veux, patron…
- C’est bien. Tiens avale plutôt un peu de ça, dit-il en lui renvoyant le whisky.
Tweener leva vers lui un regard incrédule et répugné, la babine désapprobatrice.
- Qu’est-ce qu’il y a, Tweeny, tu veux un câlin ?
David baissa la tête, sentant les bottes de T-bag appuyer sur ses épaules. Il vit la bouteille circuler à nouveau de mains en mains pour finir dans celles de Maël. Ce dernier la repassa machinalement à son frère de gang le plus proche, et Drake le taquina.
- Alleeez, gamin, goûte une p’tite gorgée, ça t’fera pas d’mal !
- J’ai pas besoin d’être saoul pour donner une leçon à un négro, répliqua-t-il en saisissant l’intéressé par les cheveux.
De sa table, Theodore gloussa, légèrement grisé par l’alcool et peut-être surtout par la violence.
- Là, le galapiat t’a eu, Drake. Fiche-lui un peu la paix.
- Ouais ? Qu’y m’le prouve alors, j’le vois pas beaucoup taper.
- C’est parce que c’est pas le plus marrant, répondit Krone en tirant plus fort sur la courte chevelure crépue pour relever tant bien que mal la victime, qui avait du mal à se remettre sur ses pieds. Allez, secoue-toi, DEBOUT !

Le détenu noir se stabilisa et le considéra avec toute la haine et toute la souffrance qu’il refusait de crier. Son faciès était comme du cuir tanné par les coups, et ses yeux étaient ceux du taureau rendu fou par les picadors.
- Ecartez-vous, commanda le garçon. Tiens, le nègre !
Sur ce, Maël tira quelque chose de sa botte et le lança à celui qui se tenait à présent devant lui. Le regard de son adversaire se teinta de confusion lorsqu’il saisit au vol une lame, et les aryens reculèrent aussitôt de quelques pas avec quelques exclamations de surprise protestataire.
- Allez, attaque-moi, je te promets que j’ai les mains vides, déclara Samuel en écartant les bras pour prouver ses dires.
Le détenu hésita, la main crispée sur l’arme, jaugeant ce jeune ennemi qui lui présentait sa chair blanche, uniquement habillée de la lumière voilée d’une fenêtre sale. Il sentait que quelque chose était truqué dans la situation et que celle-ci finirait immanquablement par lui être fatale. T-bag s’était également tendu brusquement, en arrêt.
- Maël… appela-t-il sur un ton d’avertissement désapprobateur.
C’est ce moment que choisit la victime pour attaquer, brute et gauche, payant son corps endolori et sa morale qui ne lui avait pas donné l’expérience de l’assaut. Son élan fut illico détourné et son bras replié dans une clé impitoyable. Il lâcha aussitôt le couteau de fortune, mais le jeune aryen concentra toutes ses forces et, crachant un cri sous l’effort, donna une impulsion qui lui fit craquer les os et répandit une douleur aiguë insoutenable dans tout son bras. Il s’écroula au sol, vaincu, n’espérant plus qu’une mort rapide ou un miracle. Maël ramassa sa lame, visiblement fier de lui.
- T’as vu ? J’ai appris la clé que tu m’as expliquée, j’y arrive ! lança-t-il à son meneur.
- Oui, je sais mon garçon, sous tes dehors atrabilaires tu caches une paire de couilles grosses comme ça, soupira un Theodore plus soulagé qu’il n’aurait probablement voulu l’admettre. Mais si tu veux faire ton jeune coq, pas d’idiotie de ce genre, ça pourrait te coûter la vie bêtement. Arrange-toi toujours pour mettre toutes les chances de ton côté et pas de fanfaronnade.
Krone acquiesça discrètement, un sourire effronté mais connivent sur le visage. Bagwell détourna son attention avant de se faire prendre au jeu de la réponse charmée et frappa deux fois dans ses mains pour gagner celle de ses sbires, qui avaient recommencé à rôder autour de l’homme à terre.
- Messieurs, après tout ce sensationnel, je crois qu’il est temps de passer aux choses sérieuses.

Il sauta à terre, par-dessus Tweener, et se retourna pour le considérer, le sourire aux lèvres.
- Relève-toi, commanda-t-il.
Le jeune homme se mit debout, l’appréhension peinte sur son visage. T-bag sortit un couteau coincé dans la taille de son pantalon, derrière son dos, et le lui balança.
- A toi l’honneur.
Apolskis considéra fébrilement l’instrument qu’il avait dans la main, puis son maître, puis le bouc émissaire mis à terre pour lui.
- Yo… Tu t’fous d’moi, ou quoi ?
- Est-ce que j’ai l’air de badiner ? demanda le meneur suprémaciste en le fixant, un bref spasme traversant ses paupières et ses lèvres.
- Non mais j’vais pas l’tuer, t’es malade ?
- Tu vas abattre cette bête et te la fermer, Tweener. Les gars ont fait tout le boulot pour toi, tu as droit à la meilleure partie.
- Chuis tombé pour vol qualifié, mec… T-bag. Tu sais combien ça va ajouter à ma peine quand j’me ferai choper ? Pas question qu’je fasse ça !
- Oh arrête de bouchonner ta culotte, fillette, les matons ont la patte bien graissée, on n’aura pas d’ennui… assura Theodore en penchant la tête en avant, comme pour convaincre un individu un peu buté.
- C’était pas ça le marché ! protesta David en s’affolant de plus en plus. Je te suce la bite et tu te charges de buter, point-barre !
- Ce que tu peux être vulgaire, c’est une véritable horreur… soupira Bagwell sur un ton victimaire. J’aime les garçons avec du cran, pas les grandes-gueules ! T’avais l’air d’en avoir à revendre à ton arrivée… Alors confirme ma bonne impression.
- Achever un keum à terre, t’appelles ça avoir du cran ? demanda Tweener avec une moue de mépris.
- Si c’est si anodin, règle ça et qu’on en finisse, alors !
- Pourquoi tu veux m’faire faire ça ?! Putain mais qu’est-ce que ça t’apporte ?
Il faillit rajouter « espèce de taré », mais le souvenir des douches court-circuita à temps son emportement.
- Mon chéri si tu n’en es pas capable tu ne tiendras pas deux semaines, déclara finalement le leader blanc.
David ne sut que répondre à cela. Il supplia T-bag du regard, le surin à la main. Le chef de l’Alliance siffla rapidement, et Samuel attrapa à nouveau le noir par les cheveux et rassembla ses forces pour le traîner auprès d’eux comme une pièce de boucherie.
- Pitié ! Pitié, laissez-moi, j’dirai rien ! gémit la victime entre ses crispations douloureuses.
- Fais-le, Tweener, ordonna Bagwell en reprenant sa place de spectateur sur la table.
Saisie par l’énergie du désespoir, la cible se débattit tant bien que mal, le bras droit inerte et tordu, le menton dégoulinant de sang.
- OH ! lui cria Maël comme à une monture indocile, le reprenant en main par le col pour assurer sa prise et tirant sur les boucles crépues pour lui renverser la tête.
Apolskis tourna une dernière fois la tête vers T-bag, qui posa son pied contre son postérieur pour le pousser vivement en avant. Il grimaça en posant la lame contre la gorge du détenu, la main tremblante.
- PITIE ! Faites pas ça ! J’ai jamais voulu m’attirer des emmerdes et j’vous en donnerai pas ! Lâchez-moi pitié j’dirai rien, J’DIRAI RIEN ! clama l’homme noir, la voix étranglée par la terreur.
- TA GUEULE ! répondit Drake en le bâillonnant à l’aide d’un chiffon graisseux. M’oblige pas à t’couper la langue.
Le garçon haletait, le cœur battant comme un tambour dans sa poitrine, les doigts moites autour du couteau de T-bag.
- J’y arriverai pas ! geignit-il à l’adresse de son maître.
- CE N’EST QU’UN DAMNE ANIMAL, TWEENER ! ABATS-LE TOUT DE SUITE ! vociféra Bagwell, qui commençait à perdre patience.
- Ouais, bute le nègre ! brailla Ricardo.
- Allez, égorge-nous ce cochon, petit ! reprit Lycan.
Cette perspective semblait tellement naturelle pour eux. Tweener était pourtant tout simplement incapable de l’adopter, et cela allait au-delà d’un problème idéologique. Ces yeux sombres et rouges qui le fixaient fiévreusement étaient similaires à tous ceux qui l’avaient vu grandir et apprendre à se débrouiller dans le recoin minable où il était né. Il ne pouvait pas se donner l’excuse de la distance pour trancher à jamais ces veines et ces artères qui retenaient la vie d’un semblable.
- Si tu ne le fais pas c’est moi qui t’écorche, petit imbécile ! Sois sûr que je m’arrangerai pour que tu regrettes cent fois de ne pas avoir choisi le bon camp. Tu ne voudrais pas me faire ce plaisir, dis-moi ?
La gorge de Tweener se serra, et il poussa la lame contre la peau, pour son propre bien, parce qu’il subirait tout ce qu’il ne ferait pas lui-même.
- Désolé mon frère, déclara-t-il tout bas.
Le couteau entama légèrement la chair, faisant couler quelques gouttes de sang ; puis il resta paralysé. David ne réfléchissait même plus, n’envisageait plus les tortures qu’il encourait, ne cherchait plus d’expédient. Il resta figé.

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Dernière édition par La Halfeline le Lun 9 Fév - 20:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Lun 9 Fév - 20:22

Bientôt, un bruit se fit entendre derrière lui et il fut bousculé violemment sur le côté tandis qu’on lui arrachait l’arme des mains. D’un mouvement sec et machinal, presque dédaigneux, T-bag déchira la gorge de leur souffre-douleur, faisant vomir du sang à la plaie béante.
- CA AVAIT L’AIR COMPLIQUE ? aboya-t-il à la figure de Tweener.
- T-bag, j’ai jamais… balbutia le jeune homme, le visage soudain cireux.
- EST-CE QUE CA AVAIT L’AIR COMPLIQUE, LAMENTABLE WIGGER INDIGENT ?
- Chuis désolé… tenta le pickpocket en reculant, l’air malade.
De rage, Theodore lui décocha une beigne qui l’envoya sur le sol de béton.
- Attends un peu pour être désolé, mon garçon…
A présent, le meneur aryen n’écumait plus, mais avait repris ce ton élastique qui lui était propre, et savait si bien transmettre toute la cruauté qu’il suintait parfois. Il posa sa chaussure noire sur la joue de Tweener, en se réjouissant que celle-ci ait profité de la flaque de sang qui s’était à présent transformée en mare au milieu du cabanon.
- Je vais te faire si mal que tu seras bientôt désolé comme tu ne l’as jamais été, petit.
David tenta un instant de repousser le pied qui l’écrasait, puis se crispa vivement sur le côté pour régurgiter un trait de bile. Bagwell le considéra avec dédain. Le gosse s’étouffait avec sa propre toux, des haut-le-cœur nerveux traversant le haut de son corps. Il comprenait les réactions un peu viscérales la première fois mais tout de même… quand on ne pouvait même pas se vanter d’avoir fait quoi que ce soit, quelle pitié ! Il attrapa son giton par le col de son tee-shirt, et le traîna autant qu’il ne l’entraîna vers la porte de l’abri.
- La voie est libre, indiqua-t-il à l’adresse de ses hommes qui renfilaient leurs tee-shirts, après avoir jeté un coup d’œil à l’extérieur.
Il sortit et lâcha le garçon, dégoûté, le laissant garder son pas tant bien que mal en s’accrochant à la poche. Tweener l’avait déçu et l’alcool qu’il avait ingéré le rendait plus irascible qu’à l’ordinaire. Qu’allait-il faire de ce mioche en définitive ? Laver l’agnelet noir de toute sa confusion et lui faire pousser des cornes s’avérerait-il tout simplement faisable ? Peut-être avait-il présumé de ses forces en se lançant ce défi-là… Il n’avait pourtant pas l’impression d’en attendre trop, et Dieu sait qu’il avait ménagé le gamin jusque là ! Maytag avait eu le temps d’être assailli maintes fois, de pleurer et de se prendre quelques baffes avant d’être confronté à la mise à mort. Etait-il resté planté là comme un demeuré et avait-il joué les grands traumatisés ? Non. Il avait trembloté comme de la gelée de myrtille et exécuté la chose très maladroitement, en s’y reprenant à plusieurs fois, mais ses grands yeux avaient eu l’éclat alarmé et fasciné de l’enfance transgressive. Il s’était bien fait plaisir, le petit bonhomme ! Et ce fut en cette occasion qu’il surprit T-bag par un peu de répondant lors de leurs privautés. A peine rentrés au bercail, encore étourdis de barbarie, ils avaient baisé fébrilement contre le mur de la cellule, euphorie contre euphorie, palpitations contre palpitations pour la première fois, et Theodore avait alors senti qu’ils avaient bien quelque chose en commun, en dépit des apparences.


C’était en partie ce qui en avait fait un compagnon de longue durée. Maytag avait été son image en miroir à bien des égards, presque en tous points l’inverse de lui-même. Pourtant, en dépit de cette opposition systématique, quelque chose les assimilait tout de même, et Theodore n’avait pas trouvé l’occasion de se débarrasser de son reflet. Même lorsque Maël s’était proposé de s’en charger à sa place, ça ne s’était pas terminé comme prévu. Il lui avait fait lâcher la lame ensanglantée, découvrant en fait de bricolage un fort joli coutelas au manche de bois, gravé à l’extrémité d’une gouttelette.
- Sacré beau surin… avait-il commenté, incrédule, et drastiquement pris de court. D’où tu sors ça ?
- … Mon grand-père… avait répondu laconiquement Krone, ne sachant absolument plus à quoi s’en tenir dans cette situation suspendue.
- Et tu voulais occire mon garçon avec cet égorge-nègre ? Tss…
Sur ce, il avait empoché l’arme et avait repoussé Maël de la jambe, sans animosité, pour redresser Maytag par le blouson.
- Tu bouges pas, avait-il lancé à l’angelot en le désignant du doigt par-dessus son épaule.
Il avait conduit son page en direction de la grille, vers les gardiens. Le flanc du pauvre diable pissait le sang à travers ses mains. Il avait été correctement transpercé et, bien qu’il eût l’habitude des entailles, c’était un miracle qu’il se contraigne à avancer tant bien que mal en retenant seulement des contractions de douleur. T-bag ne se sentait pas d’humeur à l’accrocher à ses épaules pour le soutenir, cependant. A charge de revanche, il l’avait tout de même congratulé d’un « Bon garçon… c’est presque fini, sois courageux ». Le plus incroyable avait été ce sourire malade qui avait transparu malgré les dents serrées et le teint pâle, comme émerveillé malgré lui, et qui n’avait pas quitté Theodore malgré le fait qu’il ne le rencontre pas. Il avait sifflé Geary.
- Hé, maton !
- Qu’est-ce que tu veux, T-bag ? avait demandé le surveillant d’un air las.
- Mon petit bonhomme a eu comme un accident. Il aurait bien besoin des services de la doc.
- Merde ! s’était exclamé Geary en voyant le sang couler sur le blouson et le pantalon.
Il avait dégainé son talkie-walkie.
- On a besoin d’une civière dans la cour !
Les infirmiers n’avaient pas tardé à débouler et le gardien l’avait interrogé :
- C’est la peine que j’te demande ce qui s’est passé, Bagwell ?
- Le p’tit s’est blessé sur une tige cassée des gradins, il vous le dira lui-même, avait-il répondu en jetant un dernier regard à Maytag.
Il s’en était ensuite retourné à sa famille ; Maël l’attendait, tout boueux, l’air de ne pas comprendre ni admettre la logique du meneur. T-bag l’avait attrapé par les cheveux sales et trempés de sa nuque et le jeune homme s’était contraint à ne pas broncher.
- Maintenant tu m’écoutes, et tu m’écoutes attentivement. Tu veux me servir du mieux que tu pourras ? Tu ferais mieux de commencer par respecter ce que j’attends de tous mes hommes : personne ne touche à mon garçon, sous aucun prétexte. Si je dois m’en débarrasser pour une raison ou pour une autre, c’est moi qui en prend l’initiative.
- Je n’ai pas attaqué Maytag, rétorqua Samuel calmement, mais fermement.
- Non, tu as contre-attaqué par derrière après qu’il t’ait laissé la vie sauve mais tu vois, ce n’est pas ça qui me pose problème, pas le moins du monde. S’il s’était agi de n’importe quel ennemi, tu aurais été dans ton bon droit, et lui aurait mérité la mort pour le simple fait de ne pas te l’avoir infligée. Mais nous sommes une famille, bon sang ! Est-ce que tu as une petite idée de ce qui fait notre force ?
Maël s’était contenté de l’écouter, maussade.
- Avant que je me pointe ici les chiens étaient trop occupés à se manger entre eux pour bouffer du hérisson correctement. Il a fallu apprendre à faire front. Les éventuelles régulations internes sont de mon ressort exclusif. Même Maytag l’avait compris. Alors avant toute chose tâche de saisir un peu le sens du clan, et à ce moment-là seulement, je verrai si je peux te rendre ce beau joujou. En attendant fais profil bas.
Il l’avait lâché et s’était rassit à sa place, sur le banc du haut, pour conclure simplement :
- L’incident est clos.


T-bag secoua la tête et poussa à nouveau Tweener en avant, anticipant la sonnerie imminente qui marquerait la fin de la promenade en le dirigeant vers le bâtiment ; non loin de là, Michael Scofield le lorgna du coin de l’œil avant de relever un regard tracassé vers la salle de TP.

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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Ven 12 Juin - 15:12

Une fois de retour à l’exiguïté de la cellule, T-bag s’affala sur sa couchette et arracha sèchement le tissu blanc qui en couvrait l’arrière.
- Accroche le drap, lança-t-il simplement.
Tweener s’exécuta. Il savait qu’il allait y avoir droit. Le leader suprémaciste avait pris son refus de tuer comme un affront. Le regard noir qu’il levait vers lui confirmait cette impression. Il avait l’air furibond et vindicatif de quelqu’un qu’on vient de blesser sans vergogne. Pas de regret, certes. David n’avait pas pu, un point c’est tout. Jamais de toute sa vie il n’avait envisagé d’avoir un jour à refroidir son prochain. Et puis, T-bag aurait fini par le passer à la casserole tôt ou tard. Il n’avait rien à perdre. Après tout, ce ne serait pas la première fois qu’il se ferait violer… Le simple mot lui serra la gorge, mais il crispa sa mâchoire et se contraignit à affronter ce qui allait lui tomber dessus avec le moins de conscience possible.
- Bon, puisque tu ne voulais pas participer au jeu avec les autres garçons, on va en essayer un autre spécialement pour toi.
Apolskis plongea les mains dans ses poches et attendit, l’air le plus bravache possible.
- Depuis le début je me suis dit qu’il fallait façonner un peu ce langage grossier que tu balances à tort et à travers avec ce parler africanisant. Alors on va commencer par entraîner un peu ton vocabulaire, d’accord ? proposa Theodore.
Tweener fronça les sourcils, confus.
- Alors voilà la règle : je te donne un mot et tu commences par me trouver cinq synonymes. Mon paternel m’en faisait réciter dix quand j’avais neuf ans, alors avec un peu de chance ça ne sera pas trop au-dessus de tes moyens, hm ? lança-t-il, la tension toujours présente dans sa voix. Ce qui va ajouter un peu de piquant, en l’occurrence, c’est qu’à chaque échec tu enlèves l’un des éléments que tu as sur le dos. C’est-y pas folichon ? Tu devras aussi me trouver un synonyme de plus au tour suivant. Et si tu te retrouves sans rien à tomber, mon biquet, eh bien…
Bagwell laissa sa phrase en suspens et deux lourdes tapes tombèrent sur le matelas avec un bruit étouffé.
- … c’est ici que ça se finira. Bon, la bonne nouvelle maintenant c’est qu’à chaque réussite, je te fais grâce d’un mot. Si tu ramènes le compte à zéro, tu files et j’oublierai ce premier essai fâcheux. Alors tu vois, Tweener : j’ai beau être passablement contrarié par ton attitude, je sais rester clément s’il le faut.
Apolskis le considéra, incrédule.
- Alors maintenant on joue au scrabble ? lança-t-il.
T-bag étira un sourire jusqu’aux oreilles.
- Tourne-toi, répliqua-t-il.

David lâcha un bref souffle de dénigrement puis fit face au mur de la cellule, plutôt reconnaissant de ne plus avoir à soutenir la face de rat libidineuse de Bagwell. Il attendit plusieurs secondes avant que le premier mot ne s’élève.
- « Prison » !
Tweener chercha quelques instants et commença à répondre :
- « Taule », « cabane »… « pénitencier ». … « Ballon ».
Il se remua les méninges pendant un moment. T-bag patientait sans l’interrompre. En désespoir de cause, le petit rappeur finir par proposer :
- « Zonzon » ?
- « Zonzon » c’est pas un mot, fillette. De surcroît, tu ne m’as déjà pratiquement servi que de l’argot jusque là. J’aurais apprécié des choses comme « geôle », « cachot », « bagne » ou même « détention ». Ca suffit, déshabille-toi.
Fulminant, Tweener rua d’un pied pour envoyer sa chaussure gauche dans la direction du meneur blanc. Celle-ci lui heurta l’épaule et il eut un ricanement chatouillé en la rejetant dans un coin de la petite pièce. Salaud de T-bag. Il lui laissait croire qu’il pouvait y échapper uniquement pour se délecter de le voir patauger pour s’en sortir. Apolskis songea un instant à ne pas jouer le jeu, et à se laisser prendre une bonne fois pour toutes contre ce mur gris sans lui donner la satisfaction de se débattre.
- « Tuer » !
En entendant le mot, il décida cependant de réfléchir pour la forme. Ce n’est pas avant d’avoir rassemblé les six termes qu’il se lança.
- « Assassiner », « abattre », « descendre », « éliminer », « achever », « liquider ».
- … Ben voilà ! le félicita Bagwell. Au moins tu sais ce que c’est. Je suis sûr que la pratique suivra bientôt.
Tweener ne répondit pas.
- Un adjectif, cette fois : « câlin ».
- « Câlin » ?
- « Câlin ».
Le jeune homme tourna la tête.
- Comme adjectif ?
- Oui, « être câlin », ne me dis pas que tu n’as jamais entendu ça ! lança le sociopathe d’un ton irrité.
- Bon, attends alors… « affectueux » ?
Devant l’absence de correction de la part de T-bag, il poursuivit :
- « Doux »… « tendre » ? … « Gentil » ?
- Ahn-ahn, « gentil » c’est trop vague et je ne suis pas d’humeur, justement.
- … « Amical » ?
Theodore souffla un soupir.
- … A la rigueur.
David songea à la petite Melissa, une gamine de son quartier qu’il avait tenté de draguer avec ses manières maladroites et lourdes. Elle lui avait sorti quelque chose qui convenait tout à fait, il en était certain. Bon dieu, qu’est-ce que c’était que ce mot ? Alors que l’Alabamien s’apprêtait à sonner la fin du round, il rugit :
- « Pas très tactile » ! « Tactile » ! Ca va ?
- … Acception moderne, vraiment, mais on va dire que ça va. « Caressant » eût été plus heureux…

Tweener ne put s’empêcher de ressentir un stupide sentiment de triomphe. Il remercia la petite Melissa de l’avoir envoyé bouler gentiment.
- « Endroit » !
Grisé par sa réussite in extremis, il énonça :
- « Place », « lieu »… « coin ».
Il réfléchit. « A quel endroit ? », « Où ? », « Dans quel coin tu deales ? », « Dans le secteur de Burr ».
- « Secteur » ! acheva-t-il.
- « Pantin » ! relança aussitôt T-bag.
- « Bouffon » ! répliqua Tweener, ravi de mettre à contribution l’une de ses expressions courantes, pour une fois. « Guignol », « Marionnette ».
- Hé hé, mais c’est qu’on se rapproche… commenta Bagwell. « Obnubiler » !
- « Obnubiler »… ?
David n’était pas bien sûr de pouvoir définir ce terme-là. Il voyait cependant vaguement ce qu’il signifiait en contexte, bien que la plupart des gens l’ayant employé devant lui prononçât « obnibuler ».
- « Obséder »… « Turlupiner » ?
- Oh comme c’est joli dans ta bouche… gazouilla T-bag. Rien que pour ça je te l’accorde sans pinailler.
David tâcha de rester concentré. Il ne lui restait plus qu’un seul synonyme à trouver. Après tout le chemin parcouru, voilà qui s’annonçait faisable. Il prit une grande inspiration, aussi discrètement que possible, puis le dernier mot tomba :
- « Gamahucher » !
- Quoi ? s’étrangla le wigger.
- J’ai dit : « gamahucher », répéta le pédophile.
- Putain mais qu’est-ce que ça veut dire ?
- Ah ça, c’est à toi de me donner un terme approchant.
- Mais vas-y, j’sais même pas c’que c’est ! se récria Tweener en se retournant.
Bagwell le considéra avec un sourire matois.
- La pratique suivra aussi, ne t’en fais pas…
Le jeunot le fixa un moment, espérant toujours un brin d’indulgence.
- Pff, ‘fait chier, lâcha-t-il en définitive tout en se débarrassant de sa chaussure droite.
- Pas de gros mots, je te l’ai déjà dit, chantonna son maître en levant les yeux sur les ressorts de la couchette du haut. Allez : « inhibé ».
- Je sais pas c’que ça veut dire non-plus, grogna David, face au mur.
- Très bien : si tu as envie d’y mettre de la mauvaise volonté, je ne vais pas m’amuser à te récurer les méninges moi-même. Ta socquette, mon garçon.
Le pickpocket saisit sa chaussette blanche et la balança rageusement dans un coin de la cellule.
- Je te rappelle qu’on en est à trois : « babiole ».
Apolskis soupira.
- « Bibelot »… « objet »… « truc »…
Le sudiste considéra ces réponses avec une moue peu enthousiaste.
- C’est pas très brillant, tout ça. « Brimborion », « Colifichet », « Amusette », c’est plus joli quand même, non ? Allez, l’autre.

Tweener se retrouva pieds nus. Il avait cessé de faire des efforts. Il ne croyait plus à une quelconque échappatoire. S’il devait à nouveau toucher au but, cette fouine s’arrangerait pour lui soumettre l’un de ces mots ampoulés qu’elle allait chercher Dieu sait où. Le rappeur se demandait même parfois si T-bag n’en inventait pas…
- Allez, un facile : « blanc ».
- … « Pâle », « blafard », « vide » … « vierge ».
Il ne faisait que gagner du temps, tout en sachant à quel point c’était contre-productif et pitoyable de sa part.
- Pourquoi pas. Il y avait pas mal de possibilités, tu aurais aussi pu penser à « immaculé », « pur », « ivoirin » ou … « laiteux », estima Bagwell en laissant le dernier mot couler autour de sa langue. Plus dur : « exutoire » !
- Je sais pas, répondit simplement le jeune homme.
- Alors il faut continuer à t’effeuiller, petit, proclama le chef suprémaciste, un sourire dans la voix.
Son codétenu se contenta d’attraper le collet de son tee-shirt pour faire passer ce dernier par-dessus sa tête. T-bag lorgna avec concupiscence les jolis muscles parfaitement inutiles qu’il avait sous les yeux. De manière générale, il avait un faible pour les garçons bien faits, plutôt trapus ; il préférait toujours ce qui était plaisant mais donnait potentiellement du fil à retordre. Si le môme décidait de se rebiffer, l’échine serait plus dure à faire ployer, les reins solides plus ardus à briser. L’eau lui en monta à la bouche et il se lécha brièvement la lippe avant d’énoncer :
- « Tenailler » !
Comme le wiger ne répondait pas, le sociopathe l’interpella.
- Hep, Tweener ? Aw, tu ne joues plus ?
Le jeunot l’ignora. Bagwell s’était bien débrouillé en le contraignant à rester attentif à ce qui se passait grâce à son petit jeu infâme ; à présent, il voulait se détacher au plus vite. Il avait surmonté l’angoisse qui lui tordait le ventre pour faire en sorte que T-bag en finisse.
- C’est dommage, ça commençait juste à devenir intéressant, déplora sincèrement le meurtrier. Tu sais, tu n’es vraiment pas très marrant à vivre, comme garçon. Je me demande de plus en plus sérieusement ce que je vais pouvoir faire de toi. Enfin… baisse ton pantalon, puisqu’il faut bien que je sèche mes larmes.
Son protégé obéit sans mot dire. Le leader de l’Alliance était de plus en plus désappointé. Si en plus Tweener devait tourner comme Cerisette en si peu de temps, il allait vraiment finir par capituler ! Quelle déception…
- Tu aurais pu emporter ta petite culotte avec, tu sais, si tu as décidé de bouder, lâcha-t-il d’une voix blasée, le sourcil levé.
David essaya de faire le vide en abaissant le caleçon blanc du trousseau pénitentiaire. Ce n’était pas comme si l’intimité perdurait en prison. Ce n’était pas comme si son cul était encore une propriété privée. Tout le monde pouvait jeter un œil et la meilleure offre l’emportait, et si les membres du Congrès voulaient faire croire que l’esclavage était aboli depuis la fin de la Guerre Civile, ils se fourraient le doigt dans l’œil jusqu’au coude.

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Dernière édition par La Halfeline le Lun 15 Juin - 12:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Ven 12 Juin - 15:13

Les charmes de Tweener à présent dévoilés avaient retendu l’attention de Theodore. Les paupières sous ses yeux s’étaient légèrement plissées, entraînant avec elles une kyrielle de ridules, et sa lèvre inférieure avait été doucement sucée à l’intérieur de sa bouche.
- Allez, viens, réclama-t-il sur un ton moins cajoleur que d’ordinaire, se redressant sur son lit.
Le jeune homme fit l’effort de ravaler sa grimace et se retourna pour faire face à Bagwell, sans fausse-pudeur pathétique. Ce dernier l’attrapa par les hanches pour le rapprocher davantage, jusqu’à ce que son visage soit tout proche du ventre nu. Il leva alors les yeux vers lui pour lui dire :
- Tu sais que je dois te faire payer ce que tu as fait dans la remise, n’est-ce pas ?
T-bag avait parlé avec sévérité mais sans colère. Les effets de l’alcool s’étaient à présent dissipés et il semblait avoir intériorisé son courroux. Apolskis se sentait misérable, incapable d’affirmer qu’il ne recommencerait plus, incapable de trouver les expédients qui excuseraient sa défaillance momentanée et assureraient sa fidélité au meneur blanc. Il ne put que hocher la tête, accablé.
- Parce que si je ne le fais pas, tu vas finir par penser qu’au fond tout cela n’a pas beaucoup d’importance… poursuivit-il en relâchant sa prise sur la hanche, laissant ses doigts glisser sur la courbure charnue jusqu’au creux de ses fesses.
Le giton sentit son souffle de plus en plus oppressé. Il aurait voulu se dégager, saisir le toupet qui chatouillait son estomac et éloigner ce malade, lui aboyer de ne pas le toucher.
- Pourtant ce n’est ni plus ni moins qu’une question de vie ou de mort. Tu veux vivre, pas vrai Tweener ?
Oui, il voulait vivre, c’était son seul péché. Il devait apprendre à la dure que la fanfaronnade n’était pas la bonne méthode pour y parvenir, la tolérance encore moins. Rendre un service était enfin la meilleure chose à faire pour précipiter la merde. Salaud de Scofield. Il hocha à nouveau la tête, n’ayant aucune envie de donner à Bagwell plus de raisons d’être odieux qu’il n’en avait déjà.
- Tu es un bon garçon. Tout espoir n’est pas perdu, alors.
T-bag avait parlé sur un ton réconfortant, en cessant de lever sur lui ce regard inquisiteur. Sa langue caressa le bord du nombril et les entrailles de Tweener se nouèrent étroitement. Avocado ne l’avait jamais manipulé de cette manière. Il s’était toujours montré brut et direct. Le tripoter ne l’intéressait pas tellement. Il avait compris dès le départ que Bagwell était du genre à palper, manier et éprouver la chair. Il avait pris ses responsabilités. Ce serait sans doute moins sauvage, mais ça soulevait le cœur de manière plus subtile. Il se raccrocha d’une main à la couchette supérieure, pour transférer dans sa prise la sensation chaude et humide qui dardait au fond de la cicatrice infantile que T-bag savourait toujours, un bras lâche autour de son bassin. Il faisait passer dans sa poigne toute la crispation qui envahissait son ventre et sa gorge, menaçant de faire gémir son souffle.

Finalement, le chef de l’Alliance lui intima :
- Allez, allonge-toi.
Le comble était de réaliser qu’il se sentait presque soulagé. Il s’exécuta sans broncher, en se répétant que ce n’était qu’un mauvais moment à passer, qu’il s’y ferait à la longue, et que sa conditionnelle arriverait ridiculement vite à-côté des peines que la plupart purgeaient ici. Il s’en sortirait entier, son protecteur l’avait promis. Il sentit une paume appréciatrice glisser de son omoplate à l’arrière de sa cuisse, puis Bagwell se pencha pour tâtonner sous la couchette. Lorsqu’on lui saisit un poignet à l’aide d’un lacet, David protesta.
- Wow-wow-wow, qu’est-ce tu fabriques, là ?
- Tu n’es pas censé apprécier ce qui va se passer, cette fois, répondit calmement Theodore en le harnachant à la barre métallique grise de la couchette.
- Nan attends, tenta Tweener en dégageant son autre main.
Le sociopathe sourit en essayant de la ressaisir.
- C’est ça, frétille, petit poisson, chantonna-t-il d’une voix enjouée.
Il abandonna bientôt le projet pour couvrir directement le dos nu de son favori qui gigotait. Ce dernier eut la présence d’esprit de cesser immédiatement de se débattre, ce qui chagrina le sudiste. Il sortit un surin de sa poche, le même qui avait servi à égorger l’homme noir quelques minutes auparavant, et le serra sous la jugulaire du gamin.
- Bon, j’imagine que tu ne risques pas de te trémousser avec ça, après tout… lui glissa-t-il à l’oreille sur un ton espiègle.
Une peur panique assaillit Tweener. Il n’avait jamais été menacé à l’arme blanche, ou alors de loin, pour qu’il balance à une petite frappe les deux-trois portefeuilles qu’il avait chourés. Le plus terrifiant, en l’occurrence, était la banalité de son usage pour la personne à l’autre bout de l’arme. C’était là le gros désavantage avec les condamnés à perpette. S’il lui en prenait l’envie, T-bag n’hésiterait pas, et à cette pensée une trouille incoercible plongea en lui. « Ne pleure pas », se répéta-t-il, « Ne pleure pas. Ne pleure pas. » De son côté, Bagwell avait déballé le nécessaire. David agrippa le drap du matelas en sentant le morceau de chair chaude effleurer son derrière… mais il eut la surprise le sentir s’insinuer juste sous ses fesses, entre ses cuisses. Le meneur blanc se retira rapidement pour y replonger ensuite consciencieusement, les yeux clos, ses narines relâchant un souffle profond. Il y avait tellement longtemps qu’il n’avait pas tiré son coup, et la dernière fois avait été chiante comme la pluie ! Cerisette s’était montré tellement amorphe sur la table du baisoir que l’ennui l’avait réduit à lire les consignes d’évacuation en cas d’incendie placardées à-côté… C’est dire s’il avait besoin de sang neuf !

De sa main libre, T-bag agrippa les cheveux de Tweener et se hissa contre lui, continuant d’assaillir fermement son entrecuisse. Le môme gémit un peu entre ses dents, mais il ne pleurnichait pas. Il devait s’estimer heureux de ne pas avoir été sabré sans autre forme de procès. Dans la mesure du possible, le chef de clan aurait voulu éviter d’avoir à l’étrenner dans une situation punitive. Il devrait se montrer mauvais et se gâcherait tout le plaisir d’un seul coup. Et puis, un bon encuissage dans les règles de l’art pouvait s’avérer tout à fait satisfaisant… surtout après plusieurs jours sans compagnon de cellule. Theodore fit glisser perfidement la lame contre le cou du jeune pickpocket et lui susurra, le timbre bas et l’accent épais :
- Alors c’est très simple, Tweener : la prochaine fois que tu refuses d’obtempérer, toi et moi on se retrouvera dans cette même position… mais c’est ta gorge que j’ouvrirai, cette fois. Je n’aurai qu’une mince entaille à faire et tu te videras sur ce matelas, pendant que je besognerai inlassablement ton petit cul jusqu’à ce que tu sois exsangue et parfaitement refroidi. Nous sommes d’accord ?
- Oui, lui répondit une voix étranglée.
C’est à cet instant que David réalisa qu’il devrait se résoudre à progresser à pas de géant dans l’art littéral de « ne plus être à ce qu’on fait ». Son désarroi, ajouté à l’angoisse que faisaient monter en lui les propos de Bagwell, l’affola définitivement. Un geignement crispé filtra entre ses dents et une larme chaude coula sur sa joue.
- Aaaw, ne pleure pas, petit. Ca me plaisait de te voir encaisser comme un grand. Ne pleure pas et corrige-toi.
T-bag pressa davantage son corps contre le sien pour essuyer la goutte salée du bout de la langue. Il lécha ensuite au passage les deux raies taillées au rasoir sur le côté gauche du cuir chevelu de Tweener, s’amusant du frottement irrégulier des cheveux ras à cet endroit. Les mèches supérieures, plus touffues, lui taquinèrent la joue, et ses narines détectèrent une odeur qui piqua son attention. Il reconnut l’arôme synthétique du gel, dont il avait perdu l’habitude depuis quelques semaines. Cela lui arracha un sourire caustique, et il acheva de retirer le couteau de la gorge du mignon pour le jeter au bas du lit, en retrait, hors de portée.
- Resserre les cuisses, ordonna-t-il en appuyant sur l’épine dorsale du garçon de sa main libre.
Apolskis obéit, serrant les dents, et Bagwell saisit une poignée de mèches rêches à pleine main avant de s’enfoncer plus crûment dans les plis de chair moite. Les va-et-vient s’acharnèrent davantage derrière lui jusqu’à ce que T-bag ne se braque brutalement, parfaitement silencieux ; seule une répugnante sensation de mouillure brûlante indiqua à Tweener que son calvaire était fini pour le moment.

Il grimaça une derrière fois lorsque Theodore prit appui sur son dos pour se relever, rajustant son pantalon, avant de se diriger vers le lavabo en inox pour s’asperger le visage. Le pickpocket s’affaira pour défaire d’une main les nœuds très serrés du lacet autour de son poignet, mais un bref sifflement l’interrompit bientôt.
- Hep, gamin, qu’est-ce que tu crois faire là ?
- Ben m’détacher, tiens ! répondit-il avec une certaine insolence.
- Qui t’en a donné la permission ? demanda le meneur aryen en s’essuyant un côté du visage.
David soupira.
- Est-ce que j’peux m’détacher ?
- Eh bien il se trouve que non, décréta T-bag sur un ton désinvolte en jetant sa serviette d’un geste un peu maniéré. Tu vas rester là bien sagement et sentir mon odeur baigner ton tendre séant jusqu’à ce soir.
Un spasme fronça ses babines dans un reniflement grivois et il s’en fut tout aussi naturellement décrocher le drap de l’entrée, exposant le garçon aux regards de la moitié de l’aile A. Il s’appuya nonchalamment à la grille, ses mains reposant, veules, sur l’un des barreaux horizontaux ; il observa lui-même ce qui se passait chez les voisins d’en face. Maël s’était replongé dans un livre épais dont l’aspect général paraissait autrement plus austère que le magazine que son compagnon de cellule dévorait des yeux. Une paire de noirs se lançaient un dé entre deux cellules contiguës. A l’étage suivant Abruzzi faisait une sieste sur la couchette du haut, le visage exceptionnellement paisible, tandis que le codétenu qui avait remplacé Fiorello jouait aux cartes avec les ritals d’à-côté. Non loin de là, Scofield examinait d’un air détaché ses bras, dont les tatouages ressortaient sur son tee-shirt blanc sans manche. Theodore le contempla un long moment, faisant durer le bien-être indolent post-orgastique, jusqu’à ce que Sucre ne le repère et lui lance en espagnol une invective qui devait à peu de choses près l’engager à aller se faire foutre. Cela éveilla l’attention de Gueule-d’Ange, dont l’œil bleu sarcelle se posa bientôt sur lui. A travers les barreaux, il ne fit qu’aiguiser son regard de soupirant transi, accentué par le contre-bas. L’autre détenu détourna les yeux, et aperçut Tweener, avant de s’éloigner de la grille. Dans la cellule qui jouxtait la 40, Drake lui fit un signe de tête, auquel T-bag répondit par un clin d’œil amical.

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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Dim 21 Juin - 20:10

Le lendemain, Maël se présenta à l’entrée de la chapelle. Cela faisait un moment qu’il n’y avait pas mis les pieds. Il n’avait pas vraiment besoin d’un lieu de culte. Depuis toujours, les églises avaient été davantage un lieu de retrouvailles et de partage pour la communauté. Ses parents l’avaient autant guidé dans l’exégèse que leur pasteur, pour tout dire, et il commençait de toute façon à ne plus avoir besoin d’eux. Il s’y était rendu parce qu’il savait qu’Abruzzi y serait, l’œil toujours insondable tandis que l’un de ses sbires de l’aile J lui murmurerait quelques informations à l’oreille. Lorsqu’il le vit, il attendit que la valse des sous-fifres cesse sur le banc de derrière puis s’approcha sans empressement. Le dégingandé qui partageait la cellule du parrain l’arrêta d’une main sur la poitrine. Maël s’arrêta docilement, étant familier de ces procédures.
- John, y a un gamin qui veut t’voir, annonça-t-il à voix basse tout en le gardant à l’œil.
- Quel gamin ? maugréa Abruzzi.
- Ce gosse de T-bag, lui indiqua-t-il en considérant Krone d’un air légèrement suspicieux.
Le patron tourna la tête.
- C’est bon, qu’il vienne.
Il ne quitta cependant pas Maël des yeux comme il le rejoignait sur le banc d’église.
- Qu’est-ce que tu veux ? demanda-t-il.
- Faut vraiment que je te rende ça, répondit le garçon en posant son crucifix sur la Bible du mafioso. Mais je ne veux pas que tu le prennes comme un affront ou quoi que ce soit de ce genre, parce que c’est malgré moi que je le fais.
- C’est T-bag qui t’a dit de venir me le restituer ? interrogea John sur un ton neutre.
Le jeunot esquissa un léger sourire et secoua la tête.
- Non. Il sait pas que ça vient de toi, il m’aurait tué !
Abruzzi lui lança un regard en coin en haussant les sourcils.
- Pas vraiment, je veux dire, bredouilla Maël. Mais ça l’aurait mis en pétard et… bref, ça lui plait déjà pas que j’aie ça autour du cou, alors…
- Et pourquoi tiens-tu à lui plaire au point d’anticiper pour lui les petits désagréments de ce genre ? Il doit être bien assez capricieux comme ça, celui-là…
Le blond haussa les épaules.
- Il prend soin de nous. On doit tous éviter de le contrarier quand ça nous coûte pas trop…
- Ouais, ben va dire ça à son premier lieutenant qui a une croix tatouée sur le cou, rétorqua le mafieux.
Maël lâcha un hoquet de rire plein de dérision.
- Là tu m’as eu. Enfin… pour c’que ces gars-là sont dévots, je crois que ça ne le dérange pas.
- Bien entendu. Du moment qu’ils peuvent encore torturer et trucider, ils peuvent bien se réclamer du Christ.
- Hé, tu tortures et tu trucides autant que lui, sauf ton respect, signala le jeune homme, lassé de laisser son clan sous la salve des critiques.
- J’ai décidé de ne plus torturer qu’en cas d’extrême nécessité, pour ta gouverne, répliqua sèchement Abruzzi en découvrant les dents. Et quand je tue, c’est du business. Ce n’est jamais que pour le bien de la famille.
- Tiens donc. Tu sais ce qui est marrant ? C’est que je suis sûr qu’il te répondrait la même chose, affirma Maël en se levant, considérant qu’ils avaient suffisamment palabré tous les deux.
Une poigne ferme le rattrapa par le bras.
- Tu viens me voir, tu te retires quand je te congédie, petit bonhomme, déclara le parrain.
Le terme ne sonnait pas du tout comme dans la bouche de T-bag ; il était lourd et insistait sur sa modeste position dans les jeux de hiérarchie carcéraux. Krone avait la réputation d’une petite tête-brûlée, mais il n’était pas assez bête pour faire montre d’insolence, en l’occurrence.
- Je sais que vous autres vous vous fichez des symboles, reprit Abruzzi, mais est-ce que le cœur y est ou est-ce que tu as renié tout ça « pour ne pas le contrarier », Samuel ?
Le jeune détenu parut passablement ennuyé.
- C’est compliqué à comprendre pour vous… expliqua-t-il tant bien que mal sans remarquer l’air un peu froissé du mafioso. Non, le cœur n’y est pas. Oui, je crois qu’il y a quelque chose à trouver mais pas en suivant une doctrine artificielle montée de toutes pièces par quelques vieillards persuadés d’avoir une relation privilégiée avec ce qu’ils appellent « Dieu ». Comme si Dieu allait se soucier de nous individuellement ! J’ai pas besoin d’une foi prédigérée, même si ça conduit à être à la fois plus distancié et plus psychorigide que les vrais gens d’Eglise. … Ca répond à ta question ?
John le considéra avec l’incrédulité un peu navrée de celui qui redoute les conséquences d’une perspective qu’il sait faussée.
- Est-ce que ça sert à quoi que ce soit que tu sois croyant, dans ces conditions ?
- Oui, parce que les athées voient tout par le petit bout de la lorgnette, sourit Maël.
- Et sachant cela, ça ne te dérange pas d’en suivre un ? Et un pas modéré…
- Je le suis pour la survie. Pas que ma survie personnelle, celle de notre race aussi. Et je peux te dire qu’ici on a besoin de quelqu’un comme lui. Enfin… quand on ne dispose pas d’une aide extérieure aussi précieuse que celle du crime organisé, cela va sans dire… Votre communauté a besoin de sa religion pour faire front contre le reste de la société, et pour garder un espoir de salut en confessant tous les péchés que vos activités vous font accumuler, c’est logique. Nous, c’est pas la croyance qui nous préservera, c’est l’instinct dépouillé de considérations morales. T-bag n’a pas été fait pour croire. C’est dommage pour lui mais ça nous donne de la force en attendant. L’Alliance se développe bien, et chacun garde son quant-à-soi…
L’Italien soupira.
- Des pensées que les actions contredisent ne valent pas tripette, j’espère que tu finiras par le comprendre. Allez… file.
Maël aurait bien aimé répondre à cela, mais il se résigna à prendre congé docilement.


Lorsqu’il ressortit dans la cour, il vit que les suprémacistes s’étaient engagés dans des pourparlers animés avec El Norte, le gang latino. Les deux groupes ne s’affrontaient pas, mais on sentait les frictions affleurer dans les rangs qui se resserraient ou la main apaisante de T-bag repoussée par Jesus. Les gardiens étaient aux aguets de l’autre côté de la grille, armés de leurs fusils. Le jeune aryen s’empressa de rejoindre l’attroupement aux côtés de son clan. Il perçut des bribes de la discussion en cours, couverte par le bourdonnement des taulards.
- Bon alors pour les ecsta, passe encore. Mais j’en ai ma claque que tu nous fasses raquer la morphine de ces enfoirés de bikers 15% de plus. C’est pas correct ! vociférait le leader des hispaniques, ses yeux noisette électriques sur sa peau bronzée.
- Allons, Jesus. Tu sais bien que c’est la loi du marché, ici. Peu de morphine, donc des acheteurs privilégiés. Il faut bien que nos relations nous servent à quelque chose, tempérait Bagwell, Tweener sagement accroché à la poche.
- Ouais ben justement, je le prends comme une marque d’hostilité. Et si tu revois pas ça à la baisse, c’est chez les nègres que j’irai m’fournir, décréta le latino en croisant les bras, catégorique.
- Tu veux aller te fournir chez les nègres ? Eh bien va, va te fournir chez les nègres ! Et pense bien à moi quand tu seras en train de dégorger la daube que t’aura filé C-note dans les latrines de ta cellule, répliqua le meneur blanc en haussant le ton.
Les lieutenants de Jesus s’avancèrent en réaction, et il dut tenir en respect un patibulaire à bandana qui conduisit Tweener à reculer d’un pas.
- J’te laisse jusqu’à demain pour réfléchir à un arrangement, déclara le chef d’El Norte en retenant lui-même son soldat par le tee-shirt. Je t’enverrai mon n’veu, et il a intérêt à revenir me voir avec une meilleure offre. J’imagine qu’il est inutile de te dire qu’il a intérêt à revenir tout court si tu ne veux pas que ton morveux finisse dans ton assiette au prochain repas…
- Oh arrête, Jesus, tu m’excites, répondit Theodore d’une voix blasée. Je vais y penser, mais ne te fais pas trop d’illusions.
Les deux leaders se séparèrent sans poignée de main, leurs seconds se faisant face quelques secondes de plus pour leur permettre de se tourner le dos en toute sécurité. Le soulagement des matons était palpable.

T-bag gravit les marches de ses gradins en fulminant à chaque pas.
- Pleure-misères… Grippe-sous… Fesse-mathieux… Pisse-vinaigres…
Krone eut un sourire amusé, quand il entendit son surnom.
- Maël, Alex, venez ici les garçons ! appela le sudiste.
Les deux jeunes détenus grimpèrent à sa hauteur tandis que les autres se dispersaient sur les planches de bois. Bagwell détacha Tweener de sa poche et le repoussa un peu plus loin sur le banc avant d’écarter nonchalamment les bras, invitant tacitement ses hommes à s’asseoir de chaque côté de lui.
- C’est vous qui allez vous charger de ça, leur annonça-t-il. Je veux que vous alliez voir Chiquito et que vous l’embobiniez en jouant la carte de la jeune génération, vous voyez ce que je veux dire ?
- Qu’est-ce que qui se passe exactement ? interrogea Maël.
- Le neveu de Jesus a une mauvaise influence sur ce gros plein de soupe. Il voudrait nous faire baisser les prix de la came. On s’est entendus en partie mais, en ce qui concerne les doses de morphine, ça bloque. Il est hors de question que je lâche plus qu’une somme symbolique là-dessus. Les motards en consomment pour leur usage personnel et nous laissent le monopole du marché « non-noir », si je puis m’exprimer ainsi. Et je connais Jesus : les hérissons le répugnent presque autant que moi. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’il ingérerait leur marchandise, je te prie de le croire.
- Alors on baisse jusqu’à combien ? demanda Alex.
- 12% du prix d’origine, pas moins. Quand on y pense, je n’ai aucune raison de faire ça !
- Oui mais si Jesus cherche à ficher le bazar, il le fera… prédit le blond.
- C’est pourquoi je compte tout particulièrement sur tes talents de rhétoricien, mon bonhomme, déclara T-bag en appuyant une main lourde sur son dos. Le mieux serait de loin que tu parviennes à le circonvenir en lui montrant que mon geste est en soi une faveur, étant donné la santé de notre famille. Tu lui parleras aussi du cuissage qu’ils s’autorisent sur la nourriture, du fait qu’on a toujours trouvé ça normal de leur part, et qu’ils pourraient avoir la décence de nous retourner la politesse.
- Ouais, même si Maël peut tout nous avoir au rabais dans son dos, lança Alex.
- Oh la ferme, répliqua l’intéressé d’un air las et contrarié.
- Bref, je te fais confiance pour l’embabouiner comme il se doit, assura Bagwell en remontant la main le long de son dos pour tirer gentiment sur les petites mèches de sa nuque. Je ne vous cache pas qu’il y a assez peu de chances que ça les contente tout à fait mais, si quelqu’un peut présenter les choses de manière à ce que ça les calme grossièrement, c’est toi.
Maël sentit un pincement de fierté se mêler à une sensation un peu grisante qui crépitait jusqu’au fond de sa poitrine.
- T-bag, lança alors Tweener non loin de là.
- Shhh ! se contenta de lui répondre son maître sans se retourner.
- Très bien. Après tout on est jeunes, on est bien capables de comprendre ce qui est le mieux pour tout le monde, n’est-ce pas ? ironisa Krone.
- Mais s’il s’entête quand même, alors ? émit l’autre jeunot.
- S’il s’entête, viole-le.
- Quoi ?! s’exclama Alex. Le violer ? Mais… tout seul ?
- Bien sûr, tout seul. Tu sais bien que l’intrépide Maël n’aime pas ça, badina le chef de l’Alliance en adressant un regard moqueur au cadet, qui avait pâli.
- T’es sûr que c’est une bonne idée ? demanda-t-il anxieusement.
- J’en suis sûr. Jesus destine ce petit à prendre la relève une fois qu’il se sera tiré, dans un an normalement. Or tu ne prends pas la tête d’El Norte si tu t’es pris la queue d’un congénère dans le derrière. Ca n’a peut-être… ni queue… ni tête, précisément, mais c’est comme ça, sourit T-bag. Le type préférera s’écraser sans faire d’histoire, si ça doit en arriver là.
La grimace contrite sur le visage de l’angelot le poussa à ajouter.
- Bien entendu ce serait beaucoup mieux si tout ceci pouvait se régler sans drame.
- Ouais, quand même… Ca me ferait bizarre… persista son autre soldat.
- Bon Dieu, Alex, tu n’as plus vingt ans ! Aussi convivial que ce soit, on ne peut pas toujours lever le gueux en bande. Il faudra bien que tu apprennes à te débrouiller tout seul un de ces jours !
Maël se leva, laissant glisser la main de son dos, et assura à son meneur :
- Je te promets que je ferai tout mon possible.
Bagwell hocha la tête, un brin pris de court, et renvoya du même coup l’autre détenu d’une légère poussée sur l’omoplate. Il fit ensuite signe à Tweener de regagner à sa place.
- T-bag ? tenta-t-il à nouveau en revenant auprès de lui.
- Quoi ? Qu’est-ce que tu avais, toi ? demanda-t-il sèchement.
- Faut qu’j’aille aux ch… aux latrines, expliqua le mignon.
Une doléance aussi triviale aurait donné à T-bag toutes les raisons de le houspiller après son interruption, mais il apprécia l’effort de langage. Ce gage de bonne volonté lui fit simplement soupirer :
- Bon, vas-y, mais ne traîne pas.

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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Dim 21 Juin - 20:11

Tweener sauta directement à terre, sur le côté des gradins, pour ne pas passer devant tous les aryens. Il se dirigea vers le bloc, goûtant chaque instant de liberté que lui donnait sa vessie pleine, loin de la poche qu’il devait à présent suivre dès qu’il sortait de ses quatre murs. Il pénétra dans l’Aile A et s’apprêtait à gagner la cellule 16 quand il entendit une annonce qui lui glaça le sang.
« Bolz-Johson, de retour de l’infirmerie ! »
Il fit volte-face et constata la présence d’Avocado dans la cage de transfert. Le détenu le fixait, contenant encore sa furie devant le gardien qui l’accompagnait, mais ses yeux lui promettant une mort douloureuse dans les prochaines minutes. Tweener s’élança vers l’entrée du bloc, mais déjà la cage s’ouvrait et le mastodonte lui barrait la route, jubilant déjà de ce qu’il allait lui faire subir. Il ne put que bifurquer à la hâte sur l’un des escaliers et grimper jusqu’à l’autre rangée de cellules. Dans la 40, Sucre s’exclama :
- Mierda
- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Michael, assis au bureau.
- Avocado est revenu. Je crois que Tweener s’apprête à passer un sale quart d’heure.
Gueule-d’Ange se leva et suivit le regard de son codétenu. Il vit David gravir quatre à quatre les marches menant au dernier étage, le gros homme grisonnant le suivant sans se presser, la main sur la rampe. Scofield se hâta vers le bout de l’allée.
- Eh, Michael ! appela Sucre dans son accent hispanique. Qu’est-ce que tu fais ?
- Je vais essayer d’empêcher qu’il finisse en lambeaux.
Le Porto-ricain s’empressa de le rattraper, catastrophé.
- Et comment tu comptes t’y prendre, exactement ? Faut qu’on appelle T-bag, c’est son problème à lui !
- On n’a pas besoin de T-bag, se contenta de répondre Michael en empruntant la volée de marches.
Sucre le regarda monter, alarmé, puis se précipita en bas.

Tweener n’avait pu que se retrancher contre le mur du fond. Avocado s’avançait toujours sans hâte, sachant sa proie prise au piège, et le souffle du garçon s’emballait à mesure qu’il se rapprochait de lui. Le pourceau ne se donnait pas la peine de parler. Il était clair pour tout le monde qu’il allait le molester dans les règles de l’art et en y mettant toute la rancœur d’un homme diminué. David tremblait malgré lui ; il sortit de sa poche la lame de rasoir que T-bag lui laissait chaque fois qu’ils s’aventuraient hors de la cellule. Il lui serait bien difficile de faire des dégâts dans une telle masse de chair avant que son crâne ne soit fracassé contre un mur, mais c’était le seul début de défense dont il disposait.
- Hé, Avocado !
Tweener se pencha avec curiosité pour voir qui avait interpellé son assaillant et aperçut Gueule-d’Ange à quelques pas de là.
- Dégage, Scofield, grommela le mastodonte.
- Tu ferais mieux de le laisser tranquille, insista l’ingénieur en s’approchant davantage.
- Je dois faire payer la gamine, te mêle pas de ça. Je suis dans mon bon droit.
- Après ce que tu lui as fait ? Je crois que vous êtes quittes, tous les deux… Allez, t’as quand même pas envie d’enchaîner le mitard après l’infirmerie ? Restons-en là et faites en sorte que vos chemins ne se croisent plus jamais.
Avocado eut un rire suffoqué.
- C’est ça ! Et à la première heure demain matin on ira chacun se préparer un gâteau pour se faire pardonner.
Sur ce, il retourna son gros corps en forme de poire molle et chargea Tweener, qui s’avança vivement et fendit l’air d’un coup de lame grossier et désespéré. Par chance, le tranchant entama légèrement le thorax, mais cela ne fit qu'attiser la rage de l’ogre décati. Ce dernier étouffa un cri avant de se ruer sur lui de plus belle, mais à sa grande surprise il fut fauché en plein élan. Michael l’avait empoigné par la queue de cheval et l’avait brusquement tiré en arrière de toutes ses forces.
- Laisse tomber ! ordonna-t-il d’une voix forte avant d’esquiver ses gros bras velus pour venir se placer devant le petit rappeur.
Avocado écumait, les yeux exorbités par le courroux.
- Alors toi… menaça-t-il en secouant lentement la tête.
- GARDIENS ! appela Gueule-d’Ange en réponse.

En contrebas, dans la niche des matons, Stolte leva les yeux vers les lieux de l’altercation. Il s’apprêtait à sortir en trombe de la salle de contrôle quand Bellick le retint par le bras.
- Attends. C’est pas notre ami Scofield qu’a des p’tits démélés avec Avocado, là-haut ? demanda ce dernier de sa voix grave et épaisse.
- Si, c’est lui, confirma le gardien après vérification.
- … Laisse donc ce fouteur de merde se débrouiller un moment. Attends au moins qu’il se fasse cogner, que t’aies une bonne raison d’intervenir… suggéra Bellick.
Stolte acquiesça docilement aux ordres de son capitaine.

- Ah, on dirait qu’les matuches ont pas envie d’faire de zèle aujourd’hui. C’est bien ta veine, hein Scofield ? railla Avocado.
Michael sentit des montées de sueur dans son dos. Il était moins angoissé par l’idée de se battre avec l’autre détenu, qui n’était de toute façon pas armé, que par le fait qu’il ne pouvait aucunement se permettre de finir au trou ou à l’infirmerie pour mener à bien le plan. En désespoir de cause, il lança :
- Il est sous la protection de T-bag, maintenant. Je te conseille vraiment de ne pas l’abîmer, je dis ça dans ton propre intérêt !
- Tu vois T-bag, ici ? interrogea l’homme à queue de cheval en prenant les quelques curieux de l’étage à témoin. Peut-être que s’il protégeait vraiment ce merdeux il y ferait plus attention… En tout cas moi j’le vois pas dans les parages !

Fernando arriva en hâte aux gradins des aryens.
- T-BAG ! s’exclama-t-il tout essoufflé.
Le chef de l’Alliance leva un sourcil curieux en voyant approcher le Porto-ricain.
- Avocado est d’retour. Il a coincé Tweener dans les étages du bloc et Michael…
Sucre n’avait pas fini sa phrase que déjà Theodore s’était précipité au-bas de son perchoir et détalait comme un dératé en direction du bâtiment. De mémoire de taulard, on n’avait jamais vu le leader blanc traverser la cour à cette vitesse. Il déboula dans l’aile A et, après un rapide coup d’œil, s’élança à l’assaut des escaliers de gauche en écartant sans ménagement les quelques détenus qui avaient le malheur de s’attarder sur les marches.
- Oh nom de Dieu, Bagwell rapplique ! signala Bellick en dégainant sa matraque et en se lançant à sa poursuite, Stolte et Mac sur ses talons.
Au même moment, Michael essuyait un coup de poing dans la lèvre qui le projeta sur le côté. Tweener en profita pour donner un violent coup de pied dans le genou d’Avocado, qui fut un instant déséquilibré mais lui tordit le poignet pour lui faire lâcher la maigre lame de rasoir et le forcer contre le mur du fond. Une pogne boudinée l’y épingla définitivement par la gorge et une peur panique transperça David, faisant grelotter convulsivement son corps pendant une fraction de seconde. On entendit alors le mugissement furibond de Bellick qui beuglait :
- BAGWELL ! RESTE OÙ TU ES, C’EST UN ORDRE !
Avocado tourna la tête, et vit avec horreur le sociopathe émerger des escaliers en titubant dans sa précipitation et tirer à la hâte un long couteau de sa botte pour se ruer sur lui. Il se retourna complètement, laissant Tweener chanceler sur ses jambes flageolantes, et ne put que laisser l’attaque s’abattre sur lui.
- BAGWELL ! le somma à nouveau le maton-en-chef en atteignant l’étage à son tour.
Déjà la lame trouait la peau du mastodonte comme une grosse outre. Avocado avait réussi à dévier légèrement le coup, qui avait perforé la chair sous le cœur, lui coupant brusquement le souffle. T-bag avait levé vers lui des petits yeux pleins de mépris et d’animosité en le tenant au bout de son couteau, les lèvres serrées. Ses prunelles brunes s’étaient à peine reportées sur le garçon, pour s’assurer qu’il était indemne, que les matons et leurs matraques lui tombaient dessus. Il s’écroula et alla rouler au sol en lâchant son arme, roué de coups. Tweener s’écarta et reprit son souffle comme quelqu’un qui remonte à la surface.
- On a un 36 dans l’Aile A. Envoyez une civière et magnez-vous ! ordonna le capitaine des gardiens dans son talkie-walkie.
Theodore pesta un peu sous la brutalité du traitement mais ne tenta pas de se débattre. Il se savait parti pour le trou et, alors qu’on le maîtrisait, il se contenta de lancer à son protégé un regard qui le mettait devant le fait accompli : il pouvait compter sur lui en étant sous son aile.
- Saleté… maugréa Bellick tandis que les deux gardiens le menottaient.
Les yeux de T-bag tombèrent sur Scofield, retranché contre la grille d’une cellule, le dos du poignet contre sa lèvre éclatée.
- Merci Beauté, lui dit-il avec une sincérité qui contrastait singulièrement avec les termes.
Michael ne répondit pas. Les garde-chiourmes l’emmenèrent en l’agrippant vivement. Au bas des escaliers, ses hommes attendaient anxieusement de connaître l’issue de l’incident. Ils le virent descendre péniblement les marches, les os endoloris par les coups.
- Ca va ? demanda Drake.
- Tweener est intact. C’est toi qui en a la charge jusqu’à mon retour. Qu’il reste près de toi, il est sous ta responsabilité ! recommanda le meneur du clan, à présent entravé.
Arrivé en bas, il glissa brièvement à Ricardo :
- Le gamin s’est pissé dessus. Sois gentil, amène-lui du linge propre.
Les gardiens ne lui laissèrent pas le temps de donner plus de consignes. Traîné vers la sortie du bloc, il lança en substance à la cantonade :
- SOYEZ SAGES !

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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Jeu 9 Juil - 1:24

Une nuit au mitard n’était jamais douillette, même dans un référentiel de prisonnier. Retranché dans un coin du cachot, complètement nu, T-bag essayait de trouver le sommeil, tout en sachant qu’il ne viendrait qu’après l’épuisement. Sa tête était lourde contre le mur, ses paupières pesantes, mais la perte de conscience n’était pas quelque chose qui lui venait facilement. Pourtant, aucun bruit ne venait troubler l’atmosphère. L’aube devait déjà poindre au-dehors et le silence qui l’accompagnait avait quelque chose de très incongru. D’ordinaire, même à ces heures, on pouvait entendre les toussotements et derniers ronflements de la population de l’Aile A. Theodore se laissa couler sur le côté, toujours appuyé au mur, jusqu’à se retrouver couché par terre, en chien de fusil. Sa carcasse était trop anguleuse pour ce damné sol. Quelle que soit la position qu’il adoptait, à peine sa chair s’était-elle décrispée sur la froideur du béton qu’il semblait la taler progressivement jusqu’à faire saillir ses os. A chaque mouvement, ses poils se hérissaient de rencontrer une surface qu’il n’avait pas encore tiédie du peu de chaleur corporelle qui émanait de lui. Et pourtant, il avait connu pire. Il s’était déjà retrouvé au trou en plein hiver, alors même qu’il faisait trop froid pour que quiconque songe à sortir dans la cour, pour une histoire de bagarre de cantine qu’il aurait déclenchée – une innocente bagatelle qui avait sauvé tout le bloc du désœuvrement au modique prix d’un ou deux morts. Il avait passé trois jours abominables à grelotter au fond de ce cube de béton glacé, à tel point qu’il avait fait aux matons le plaisir de se plaindre – ce qui ne lui avait valu que des réponses narquoises, évidemment. Il en était ressorti avec un rhume suffisant pour le calmer un moment, la gorge à vif, le corps courbaturé, éternuant comme si son nez avait soudain décidé d’accoucher de sa cervelle. En cette occasion, néanmoins, il avait eu le réconfort d’un accueil chaleureux une fois de retour dans sa cellule. « T’as intérêt à bien t’occuper de lui » avait ordonné Drake à Maytag en le voyant dans cet état lamentable après des accolades plus faibles que d’ordinaire. « T’inquiète pas pour lui » avait répliqué le garçon avec insolence. Oh, ça, il avait rempli sa fonction avec un zèle des plus opportuns pour T-bag, qui n’était alors pas en position de violenter qui que ce soit ni même, disons-le, d’accomplir le « devoir paternel » convenablement. Lorsqu’il s’était réveillé quelques heures plus tard dans les bras de Maytag sans savoir comment il s’était assoupi, il s’était dégagé pour darder sur son mignon un œil torve et soupçonneux, mais n’avait pas eu la force de refouler une chaleur si moelleuse hors des couvertures. L’avantage des séjours au mitard, c’était qu’ils pouvaient faire de la détention habituelle une félicitée. Enfin… le môme ne lui serait probablement même pas reconnaissant de l’avoir tiré des pattes d’Avocado. A l’heure qu’il était, il devait probablement roupiller du sommeil du juste pour récupérer de la séance de danses tribales de la veille au soir pour célébrer la mise aux fers de son sauveur… Il n’y avait plus de morale.

T-bag se redressa en entendant le son d’un roulement au fond du couloir. Le bruit se rapprocha de son cachot et un accent hispanique lui annonça :
- Petit-dèj’, Bagwell.
Là-dessus, un plateau fut avancé par la fente de la porte et lâché sans attendre sur le sol. Le contenu déborda un peu et la petite bouteille de lait vint rouler jusqu’à lui. Bon… Pour oser faire une chose pareille, les chicanos devaient être salement remontés. Il espérait sincèrement que les gars s’en sortiraient sans lui et se sentit un brin coupable de les avoir livrés à eux-mêmes dans un tel climat de tension. Il saisit le flacon de plastique et secoua son lait, pensif.


Drake reposa fermement sa bouteille vide sur son plateau et se leva. L’Alliance suivit et, après un passage par les douches, gagna ses gradins sans trop se disperser. Les blancs ne risquaient pas grand-chose pour le moment mais le pressentiment d’une potentielle crise à venir, bien qu’elle ne fût pas d’une ampleur colossale, resserrait les rangs. La tête du clan n’était pas là pour les rassurer, ni sublimer leur malaise en férocité. Ils étaient seulement à cran. Drake, entouré de Georgie et Lycan sur le deuxième banc – il était tacitement acquis que personne n’occupait la place de T-bag en son absence – prit la parole pour dispenser les consignes qui s’imposaient.
- Aujourd’hui il faut que chacun soit armé. Ca va être un peu coton ce qui va se passer cet après-midi. Moi j’partais confiant mais considérant que… grâce à notre petit nègre blanc… T est au frais pour quelques jours, ces connards vont se sentir en position de force.
Des regards accusateurs convergèrent vers Tweener, assis aux pieds de Drake sur le troisième banc.
- Ils vont peut-être essayer de négocier plus serré, et donc une bavure est d’autant plus envisageable. T-bag pensait que ça resterait planqué sous le tapis mais on ne sait jamais. Je veux que tout le monde se tienne prêt si jamais ça tourne en eau de boudin. Qui n’est pas équipé ?
Quatre mains firent un signe discret. Le meneur temporaire se redressa lentement et fit un tour d’horizon de la cour pour vérifier qu’aucun maton ne les observait spécifiquement. Puis il sortit de ses manches deux morceaux de métal aiguisés d’une qualité tout à fait surprenante et les transmit à ses deux sous-fifres. Georgie plaça le sien dans un magazine porno, qu’il fit passer au destinataire ; Lycan opta pour la casquette.
- Avec les compliments de l’atelier. Prenez-en soin : vous en aurez pas tous les jours des comme ça, déclara Drake.
Il glissa ensuite un objet contondant plus grossier dans le tee-shirt de Tweener. A peine celui-ci avait-il tressailli que l’arme était récupérée à l’autre bout et déjà véhiculée de paume en poche.
- C’est tout ce que j’ai comme outillage. Quelqu’un peut partager ?
- J’ai un Don Juan en rab’, indiqua Mason, un bon barbu adipeux.
Il sortit de sa chaussette un ressort de lit détordu et aiguisé et le fit transiter via une tape dans le dos d’un tiers.
- Bien. C’est très bien, conclut Drake avant de s’adresser à Maël et Alex. Vous deux, vous devez être particulièrement bien blindés. Vous avez quoi sur vous ?
- Demi-ciseau… Deux contondants, répondit le brun.
- Contondant, lame plastique, baïonnette Gilette, énonça Samuel.
Le sous-chef massa l’arrière de son crâne rasé, l’air satisfait.
- Parfait. Vous vous sentez d’attaque ?
- J’avoue que je suis inquiet, admit le plus jeune. Mais s’il faut batailler, on donnera tout ce qu’on pourra, c’est tout.
- T’inquiète ! lança Alex. Toi et moi ? Ca va l’faire. Ces bouffeurs de haricots ne sont peut-être pas très malins mais ils savent quand même ce qui est bon pour eux.
- Espérons-le…
- Hé, T-bag compte sur vous pour ce coup-là, lui rappela Drake. S’il vous a choisis, c’est qu’il savait que vous en seriez capables. Ne pars surtout pas comme si ça n’allait pas marcher.
- C’est pas ce que je ferai, lui assura Maël.

La matinée s’acheva aussi calmement que possible. Après le déjeuner, Samuel aurait presque été tenté par une petite prière… Il fit un effort pour reprendre contenance. Il avait déjà longuement réfléchi à la façon dont il allait aborder le problème et aux arguments qu’il allait avancer. Ce qu’il fallait à présent, c’était qu’il empêche les battements de son cœur d’accélérer. Il devait apparaître en pleine possession de ses moyens pour ne pas se laisser dominer lors du marchandage. Il faudrait résister pied à pied, sans se laisser emporter. Son interlocuteur ne serait guère plus vieux que lui ; il n’aurait pas l’avantage de l’expérience pour ruser avec la perspective que Maël allait lui présenter. Flanqué d’Alex, il entra dans le réduit où se déroulaient habituellement les transactions et salua de la tête le neveu de Jesus et celui qui l’accompagnait, sans prendre le risque d’un affront initial en lui tendant la main.

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Dernière édition par La Halfeline le Jeu 9 Juil - 1:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Jeu 9 Juil - 1:24

Un maton venait de récupérer les restes de son repas, sans un mot, en le gardant discrètement à l’œil. Il arrivait fréquemment que des détenus pètent les plombs, enfermés là-dedans. Bagwell, lui, s’y était presque habitué à force d’y faire de courts séjours depuis son transfert à Fox River – on ne reforme pas les rangs de la population blanche impunément… « Habitué » était tout de même un bien grand mot. Il était impossible de ne plus être affecté par l’austérité, l’inconfort et la solitude de l’endroit. Quand son père l’enfermait dans sa chambre pour qu’il étudie, au moins, il pouvait s’installer sur son lit et parcourir son dictionnaire, s’emplir de nouvelles informations et en ressortir avec plus de prise sur le monde qui l’entourait. Au mitard, on était plus impuissant que jamais. Theodore avait mal partout, sommeil, et désespérément besoin de baiser quelqu’un pour obvier à tout cela. Il regrettait le temps où il pouvait se payer le luxe d’être difficile et de repousser les invites inopportunes.

Lorsque Maytag était revenu de l’infirmerie suite à sa prise de bec avec Maël, il avait commencé par se montrer très précautionneux. Le voir traverser toute la cour jusqu’aux gradins, le pas méfiant, lui avait fait un drôle d’effet. Pendant tout ce temps, T-bag s’était astreint à ne demander aucune nouvelle du garçon, par principe, parce que le petit l’avait suffisamment couillonné pour qu’il s’enquiert en plus de sa santé. Et finalement, il revenait. Bagwell l’avait considéré sévèrement alors qu’il gravissait les bancs, hésitant, surveillant les réactions de la troupe et notamment de Maël. Tous s’étaient bien gardés d’émettre un commentaire, laissant leur chef seul juge du sort qu’il allait réserver à l’ancien giton qui avait fait une scène. Maytag l’avait scruté un instant puis, comme le pédophile déployait sa poche, avait pris place à-côté de lui sans familiarité, mais en peinant à dissimuler son air fiérot. Le mignon avait eu la délicatesse d’attendre qu’ils soient rentrés en cellule pour le remercier à mi-voix. T-bag avait haussé une épaule paresseusement.
- Pour quoi ?
- Pour m’avoir épargné, avait répondu le jeune homme en baissant les yeux.
- Ce n’était pas une faveur. On avait un accord.
Maytag avait hoché la tête avec un pâle sourire, sans lever le regard.
- Quand même… Tu avais prévu de te débarrasser de moi, alors… que t’importait ? Tu aurais pu choisir la facilité. Je te suis reconnaissant de ne pas l’avoir fait.
- Oui eh bien tu vas peut-être tomber des nues, fillette, mais toute mon attention ne gravite pas autour de ta personne. J’ai aussi des hommes à tenir.
- Je comprends, avait simplement acquiescé son page.
T-bag était allé accrocher le drap à l’entrée puis l’avait considéré longuement, adossé à un montant de la couchette, les bras croisés. Finalement, excédé par le sans-faute du garçon, il lui avait lancé :
- Ca t’amuse follement tout ça, hein maytag ?
- Non, avait répondu le jeunot.
Une gifle sèche avait aussitôt répliqué.
- Maintenant je suis coincé à cause de tes bévues idiotes ! avait sifflé Bagwell à défaut de pouvoir hausser le ton.
- Je n’ai pas demandé à me faire planter, avait rétorqué Jason.
- Si, tu l’as cherché. Tu l’as cherché au moment-même où tu lui as sauté sur le poil. Foutre-Dieu mais qu’est-ce qui a bien pu te passer par la tête ?
- Tu ne m’avais pas encore relâché… et il s’est permis de prendre ma poche, avait-il protesté. Je n’ai fait que rasseoir ma légitimité à ce moment-là.
- Tu savais ce que tu faisais… avait insinué le sociopathe en avançant tout près de son visage des yeux inquisiteurs.
- Je te jure que non. Je l’ai fait sans réfléchir et puis, même si j’y avais réfléchi, jamais j’aurais compté sur ton soutien, et puis tu n’avais qu’à réagir, toi !
T-bag avait mordillé sa langue retournée avant de le repousser en bousculant son flanc blessé.
Il était allé soulever le rideau de tissu et s’appuyer aux barreaux. Sur ce point, le gosse avait indéniablement raison. Maël n’avait pas manqué de respect qu’à Maytag en s’imposant ainsi. La situation avait juste été parfaitement inédite pour Theodore et l’avait pris au dépourvu. Il avait fulminé en voyant la tête-blonde discuter avec son codétenu juste en-face. Quelle idée de prendre toutes ces initiatives. Pourquoi personne ne l’avait laissé faire les choses à son gré ?
- Ecoute… avait soupiré son favori en se rapprochant prudemment. Peut-être que c’est comme ça que ça devait se passer…
Le leader de l’Alliance lui avait retourné un regard de biais chargé en ironie. Le garçon avait baissé les bras, au propre comme au figuré, et avait grimpé dans son lit. Il n’y avait rien d’autre à faire.
- T’installe pas trop vite, avait lancé T-bag.
- Compris… De toute façon, je me tire dans une quinzaine de mois.
- Ne tente pas le Diable, petit.
Chacun avait passé les deux heures de sieste à bouder sur sa couchette, qui à lire, qui à aiguiser des surins. Ce n’est que le soir que Maytag, trop inconscient, avait tenté une approche, bondissant sur le lit de son maître et proposant :
- Tu veux que j’te montre ma cicatrice ?
- Va dans ton lit, avait simplement répliqué Bagwell.
Cette directive, qu’il n’avait pas entendue depuis un bon moment, avait paru choquer et inquiéter le mignon.
Sûr que maintenant, T-bag n’aurait pas dit non à petit maytag crapahutant jusqu’à lui, ses grands yeux luisant d’espièglerie dans la pénombre du cachot. A quand une modernisation du règlement qui l’autoriserait à garder son appendice humain pour aller au trou ? Quand il y pensait, quel gâchis ! Résigné, le sociopathe palpa ce qui se trouvait commodément à portée de main en décidant que cela resterait le meilleur moyen de se lénifier. Il pouvait toujours songer à des corps qui n’étaient pas cambrés par d’inlassables courbatures sur le sol de béton, mais volontairement distordus pour goûter pleinement une satisfaction primaire qui ne serait pas belle à voir, mais savoureuse à pressentir.


Maël ressortit du local et attendit quelques secondes avant de relâcher un soupir de soulagement éprouvé. Les deux membres d’El Norte s’éloignaient grincheux, mais contentés. Il avait sauvé les meubles de justesse, en prenant l’initiative d’un pourboire symbolique en paquets de clopes. Alex devait avoir raison : ils préféraient éviter l’affrontement, et eux-même n’y tenaient pas mordicus, encore que l’absence du meneur pénalisât beaucoup les troupes. Samuel était avant tout soulagé de ne pas avoir eu à faciliter ni même à soutenir directement un viol. C’était la manière typiquement aryenne de châtier tout ce qui n’était pas nègre – quand ces derniers agissaient plutôt à l’inverse… Il avait déjà eu l’occasion d’y assister plus d’une fois mais, aussi impitoyable qu’il fût, il devait avouer qu’il ne souhaitait ça à personne. A dire vrai, il trouvait toujours la mise à mort préférable, pour leurs ennemis comme pour le clan lui-même, ce en dépit de l’argument de T-bag selon lequel il fallait parfois agir « en subtilité ». Alex entoura ses épaules et le tapota en signe de félicitation, Maël soupira à nouveau en gonflant ses joues et rendit l’accolade.
- Eh ben tu sais quoi ? Je vais aller me poser et il faudra plus rien me demander jusqu’à la fin de la journée, déclara-t-il.
- T’as raison, mon pote. Relaxe un peu.
Les jeunes détenus regagnèrent la cour où l’Alliance les attendaient anxieusement.
- C’est arrangé, annonça d’abord Krone.
- C’est vrai ? demanda Drake, un peu sceptique.
- 12%. Mais j’ai dû lâcher une vingtaine de paquets de cigarettes, précisa-t-il.
Le chef honoraire grimaça légèrement.
- T-bag avait dit « pas un radis de plus »…
- Je sais mais… j’ai cru sentir que c’était avec ce petit coup de pouce que ça allait passer. Si tu veux je prends sur moi d’en récolter la moitié, avec Alex s’il veut bien.
« Récolter » signifiait pudiquement racketter auprès des nouveaux et des individus isolés.
- On verra, gamin, on verra. Tu t’es pas trop mal débrouillé. Mais n’oublie pas de ne pas trop t’écarter des règles qu’on te fixe.
Maël regarda autour de lui, un peu abasourdi par la retombée du stress, et demanda au bout de quelques instants.
- Où est Tweener ?
- Là-bas, indiqua le premier lieutenant d’un mouvement de tête. On dirait qu’on n’est pas assez bien pour ce petit con.
Le jeune suprémaciste aperçut le giton, assis un peu plus loin sur le coin d’un gradin neutre, à déchirer des brins d’herbes. Il lança un coup d’œil à Drake, accompagné d’une amorce de sourire dédramatisant, à défaut de lui retourner en face sa précédente remarque sur le fait de ne pas s’écarter des consignes. Il ne fut même pas sûr que ce dernier le remarqua… Maël jeta ensuite un regard à la ronde et, en définitive, redescendit les deux marches des gradins et se dirigea vers Tweener, s’assurant de la présence de l’une de ses lames artisanales dans sa manche.

David ne se retourna que lorsque le nouveau venu fut à quelques pas de lui. Il le considéra, la grimace déjà au bord de la babine ; il aurait préféré que les jeunesses hitlériennes le laissent tranquille, au moins pendant le répit que lui offrait l’absence de T-bag. Il avait passé sa première bonne nuit depuis longtemps…
- C’est pas très malin de faire bande à part, observa d’entrée le blondinet en prenant place à-côté de lui.
Tweener haussa les épaules.
- Qu’est-ce’ça peut vous faire ? J’fais pas partie d’vot’petite troupe de gais lurons, moi. Ca sert à rien d’vous biler pour ma pomme.
- Tu es le réceptacle des humeurs encombrantes de notre meneur. Tu es important pour ses performances et donc pour les nôtres. On s’en fait, expliqua Maël avec une franchise un peu mesquine.
- Tss… c’est ça, maugréa le petit rappeur en retournant à son massacre de pelouse.
- Tu sais, c’est pour que tu perdures qu’il est allé au mitard.
- Tu m’tires les larmes.
Krone eut un sourire amusé, et jeta une jambe de l’autre côté du banc pour s’y retrouver à califourchon.
- T’es un peu ingrat comme type, toi.
- Ouais, ben t’inquiète pas qui se sert bien de son côté. Et puis d’ailleurs, j’t’emmerde.
Tweener ponctua cette affirmation d’un jet de motte quelques pas plus loin.
- T’inquiète pas, je la dirai pas à papa, celle-là… persifla un ton dégagé.
Apolskis se tourna pour répliquer et fut un peu surpris par l’expression que lui adressait son interlocuteur : un peu absente, comme s’il le fixait tout en voyant à travers lui.
- Qu’est-ce t’as ? demanda-t-il, déstabilisé.
- Rien, se contenta de répondre Maël en se rapprochant un peu.
Tweener, en retour, eut un léger mouvement de recul.
- Au fait le mec qu’était après toi, il s’en est sorti ? demanda le jeune aryen.
- J’en sais rien… en tout cas y m’ont pas apporté d’faire-part, déplora le wigger en continuant de le lorgner avec une certaine défiance.
- J’pourrai essayer de me renseigner, si tu veux. Faudra que je passe par beaucoup d’intermédiaires mais j’arriverai peut-être à remonter jusqu’à l’infirmerie, proposa Maël sans quitter cet air étrangement absorbé.
- … Okay… merci, lâcha David, mal à l’aise, sans trop savoir qu’en penser.

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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Jeu 16 Juil - 17:16

T-bag était à la recherche de Tweener, égaré dans un dédale de blocs miteux qui cachaient encore le soleil de l’aube. Il se promenait dans ces bas-quartiers sans rien atténuer de sa démarche lascive et assurée, en dépit de la méfiance désagréable que provoquait en lui les paires d’yeux cachous qui s’allumaient de temps à autres aux fenêtres. Il n’était pas le bienvenu, ces effluves de pisse le lui indiquaient. Il se retourna pour s’assurer que personne ne le suivait, et ne découvrit qu’un chien galeux sur ses talons. Le clebs renifla ses chaussures et ses poches, et Theodore dut lui décocher un coup de pied pour l’éloigner. Le corniaud couina et retroussa un instant ses babines. T-bag sentit que le temps pressait. Il produisit un sifflement strident, qui se répercuta sur les façades des immeubles, et il appela :
- TWEENER !
Rien ne lui répondit, mais le clébard détala comme s’il avait été lui-même rappelé. C’était toujours ça de pris. Quand il reprit son chemin, en revanche, il eut la surprise de voir un pigeon descendre du ciel d’un vol malhabile et s’échouer dans une poubelle non loin de là. Intrigué, il s’approcha de la benne, mais n’y trouva qu’un oiseau en origami. Reconnaissant l’une de ces petites cocottes que Michael avait l’habitude de tripoter, surtout lorsqu’il fomentait un plan particulièrement tiré par les cheveux, il s’en saisit et la déplia sans cérémonie.
- Voyons voir ce que tu as à me dire, mon joli… marmonna-t-il tout haut.
Il fronça les sourcils en ne lisant sur le papier qu’un vers de Johnny Paycheck : « On the sunny side of the mountain where the rippling waters fall ». Il ne resta pas perplexe longtemps, cependant. Levant la tête, il aperçut un escalier de service rouillé qui montait en haut d’un bâtiment. Il l’emprunta puis, pris d’un mauvais sentiment, acheva de les gravir quatre à quatre. Les rayons du soleil l’éblouirent lorsqu’il déboucha sur le toit. Il plissa les yeux du mieux qu’il put, mais ne vit personne sur la terrasse. Il la traversa pour s’approcher du bord où donnait la lumière, et de là examina le pâté de maisons. Il sentit le vent souffler le toupet de ses cheveux sur son crâne et ne tarda pas à repérer Scofield ainsi que ses compagnons d’évasion dans une cour terreuse. Il enfonça les mains dans ses poches et ses doigts firent crisser du cellophane. Il en sortit une sucette dont il jeta le papier avant de fourrer la confiserie dans sa bouche et de descendre un autre escalier sans hâte, d’un pas disloqué. Il déboucha bientôt sur un endroit envahi d’une musique de rap à la source invisible. C-note et Sucre s’adonnaient à une séance de hip-hop dans la terre battue humide. Scofield se tenait non loin de là, sur une plaque d’égout d’où dégorgeait un filet d’eau ; il le regardait arriver de son air grave habituel, habillé zone, l’oreille percée d’un petit clou brillant.
- Hé, Beauté, est-ce que Tweener est dans le coin ? demanda-t-il, sa sucette mâchant ses mots plus encore que son accent habituel.
Pour toute réponse, Michael déclara :
- Le lapin de Lincoln est très malade.
Un spasme interloqué crispa ses sourcils et il aperçut soudain Burrows juste à-côté de lui, blouson de cuir et jean déchiré, tenant dans ses bras un lapin blanc dont le museau palpitait.
- Dommage pour toi, le Déluge, déplora T-bag.
Le rap continuait à emplir l’atmosphère de basses et de braillements gras. Il commença à se demander ce qu’il fichait là, jusqu’à ce que Gueule-d’Ange lui dise :
- Abruzzi est en train de mettre cuire une casserole d’eau dans l’appart’ du rez-de-chaussée.
- Oui mais je ne veux pas Abruzzi, moi, je veux Tweener, insista-t-il en retirant la sucette de sa bouche, comme pour montrer qu’il ne rigolait plus.
A cet instant, la voix du mafioso se fit entendre :
- Theodore, amène ton cul de bouseux par ici !
Il se retourna vivement, contrarié, et vit le gangster appuyé à une fenêtre, ses doigts pliés en un simulacre d’arme à feu, son index lui faisant signe de venir.
- Je bougerai pas d’ici avant d’avoir trouvé Tweener, décréta-t-il.
- Tweener a été récupéré par les flics. Il a rien à faire avec nous. Et il n’a rien à voir avec moi, affirma alors Scofield.
- TEDDY ! réitéra le parrain mafieux.
- Attends, tu veux dire que…
T-bag n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Une poigne avait saisit le poignet qu’il avait avancé pour interroger Michael et le déséquilibrait pour le traîner en direction du bâtiment.
- Johnny-boy, pour l’amour de Dieu, cesse d’être aussi psychorigide ! s’entendit-il lancer en essayant à peine de se dégager de la prise de l’Italien.
- La ferme. J’ai besoin d’un avis. Après on verra ce qu’on peut faire pour ton petit problème, répondit le parrain en le faisant entrer par la fenêtre ouverte.


Le blanc-bec était assis près de lui depuis plus de dix minutes, et Tweener commençait à se demander ce qu’il pouvait bien lui vouloir. Il se sentait observé du coin de l’œil et cela le dérangeait.
- Ecoute mec, c’est gentil d’venir assurer mes arrières et tout… mais j’t’assure que ça va aller. J’ai pas d’embrouille avec les autres, dit-il.
- Ce n’est pas à toi d’en décider. J’aurais déjà pu te ramener au bercail avec nous.
- Chuis pas à ma place là au milieu, même vous vous êtes d’accord là-dessus, objecta le wigger en donnant un vague coup de tête en direction de l’Alliance.
- Ca non, soupira Maël, mais T-bag s’est entiché de ton inadaptation et espère faire quelque chose de toi. Alors on te garde en son absence, sait-on jamais.
- Chais pas pourquoi il essaie d’faire ça… Moi j’voulais juste une protection, j’ai jamais demandé à ce qui fasse de moi un bon p’tit fasciste.
- Tu devrais t’estimer heureux, avertit Krone en repliant ses doigts dans la manche longue de son tee-shirt. S’il te porte de l’intérêt ailleurs que dans son lit, c’est que tu as plus de chance de faire long feu.
Tweener ne répondit pas. Maël se rapprocha encore un peu et ajouta, comme un conseil d’ami :
- Tu devrais faire un petit effort, tu sais.
David le regarda avec des yeux comme des soucoupes, la mâchoire serrée par l’indignation.
- « Je devrais faire un petit effort » ? Yo ! Alors que j’me… alors que c’est lui le violeur ? ‘Tain vous avez tous fumé là-d’dans !
La formulation avait été plus facile qu’un passif.
- Oh, je t’en prie, n’essaie pas de me faire pleurer… Toi, il ne t’a jamais « violé ». Tu as choisi de bénéficier de lui en le faisant bénéficier de toi.
- J’étais mort si je l’faisais pas.
Le jeune aryen semblait de plus en plus nerveux. Ses yeux allaient et venaient sur Tweener de plus en plus anxieusement et sa posture s’était légèrement tendue.
- Eh bien justement : pense à ce que tu lui dois.
- Mais t’es vraiment qu’un fumiste ! Franchement, t’appelles ça un choix ?
Maël se tourna discrètement pour jeter un bref coup d’œil du côté des gradins de la famille, la jambe gauche tressautant imperceptiblement.
- Parce que tu t’es conduit comme un con depuis ton arrivée ? Ah ! Ca c’est ton problème.
- Ouais ben on peut pas tous être des petites putes nazies avec la haine dans le sang, cracha Tweener avec une moue de dégoût.
A ces mots, Krone ouvrit de grands yeux. Il se redressa brusquement, posa un pied sur le banc pour avoir un appui solide, et saisit David par le tee-shirt pour le balancer rudement à terre. Apolskis eut tout juste le temps de se retourner en protestant pour le voir trancher la gorge d’un jeune noir maigrichon à l’aide d’une lame de rasoir montée sur un crayon. Il jura bruyamment en voyant le corps s’effondrer à-côté de lui, agité de convulsions. Tweener avait aperçu ce garçon dans les alentours mais n’y avait pas prêté attention. Il ne l’avait pas entendu s’approcher si près, et se serait sans doute à peine méfié s’il s’était présenté comme un autre jeune gars souhaitant tailler la bavette.
- Tu vois ça ? s’écria Maël, à la fois pour couvrir le tumulte qui venait d’éclater chez les suprémacistes et pour laisser libre court à l’hystérie légère provoquée par l’excès d’adrénaline. Ca devait faire ses preuves, et la preuve c’était toi !
Fielleux, il cracha sur le corps agonisant, puis défia du regard les gradins de Trumpets. Plusieurs détenus se contentèrent de crisper leurs babines pour lui renvoyer une grimace de provocation.
- BORDEL DE MERDE MAIS QU’EST-CE QUI SE PASSE, ICI ? intervint Drake en soulevant Tweener et en le remettant sur pieds comme s’il s’était agi d’un fétu de paille. TU VAS BIEN, GAMIN ?
- Ouais, ça va… articula le petit rappeur, un peu secoué.
- BOUGEZ-VOUS DE LA ! BOUGEZ-VOUS ! intervint Patterson en dispersant vivement les aryens, Rizzo sur ses talons.
Drake s’interposa devant Maël, les mains levées.
- Légitime défense, boss…
Le gardien le bouscula sans ménagement et l’imposant skinhead ne résista pas. La baïonnette Gilette avait déjà été récupérée mais le plus jeune, encore tremblant d’excitation, lui saisit le bras droit pour tenter de le retourner. Il avait à peine amorcé sa manœuvre que Patterson lui enfonçait déjà son poing gauche dans les côtes. Maël retint un cri tant bien que mal, mais lorsque le noir renversa la situation et bloqua son coude au-dessus de son épaule en forçant suffisamment pour le neutraliser, il lâcha une plainte douloureuse et recula.
- TU TE FOUS TOUT DE SUITE A TERRE POUR MOI, KRONE, TOUT DE SUITE ! ordonna le gardien en poussant encore sur son bras.
Les jarrets de Maël flageolèrent et il tomba à genoux ; Patterson le poussa ensuite brusquement dans le dos pour le plaquer au sol.
- CE MEC NOUS A ATTAQUÉS ! JE N’AI FAIT QUE ME DÉFENDRE, BON SANG !
Le jeune taulard tenta de garder son poignet gauche contre sa gorge mais il sentait déjà qu’on agrippait fermement le creux de son coude.
- Face contre terre et tiens-toi tranquille si tu ne veux pas que je te casse quelque chose ! avertit le maton.
Bientôt, les menottes claquèrent, puis crépitèrent brièvement tandis qu’on les serrait. Lou interrogea du regard son collègue, qui s’était occupé de la victime. Rizzo secoua la tête en faisant la moue et dégaina son talkie-walkie pour annoncer un mort dans la cour du pénitencier. Patterson soupira, puis souleva Maël en tirant sur la chaîne.
- T’es une vraie plaie, toi, hein ? Allez debout, on va aller te mettre au frais.
Le garçon se remit sur pieds en titubant, cassé en deux.
- Pas question, j’ai rien à faire là-bas ! protesta-t-il en essayant de se retourner.
Aussitôt, il mordit à nouveau la poussière et le gardien haussa la voix.
- Si tu crois qu’tu vas m’courir longtemps, Krone, je vais te faire redescendre tout de suite : tu raconteras tes petites histoires au directeur en temps voulu. En attendant tu fais ce qu’on te dit et tu la fermes !
- Sale négro, lâcha Maël, les larmes aux yeux suite au choc contre son nez.
Rizzo intervint pour le ramasser en lançant un regard affligé à Lewis :
- Laisse, va… Il en vaut pas la peine, lui assura-t-il.
Patterson serra les lèvres, hypertendu. En définitive, il les laissa s’éloigner de quelques pas, puis partit à leur suite. Il avait toujours su à quoi s’attendre et s’était toujours astreint à le gérer. Ce n’était pas ce petit con qui allait le conduire à l’écart.

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Dernière édition par La Halfeline le Ven 17 Juil - 11:29, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Jeu 16 Juil - 17:17

Bien loin de là, Theodore, toujours accompagné du rap dont il ne comprenait pas les paroles, s’avançait vers sa cellule. A l’intérieur, il pouvait voir à la lumière artificielle du bloc un uniforme qui lui tournait le dos. Il s’agissait de vêtements de gardien mais il savait pertinemment que ce n’était autre que Tweener. Peut-être était-ce sa gestuelle particulière tandis qu’il dansait rythmiquement sur la musique qui martelait l’atmosphère. Ses hanches faisaient cliqueter doucement un trousseau de clés, une matraque et une paire de menottes. Hagard, T-bag demanda :
- Bon dieu mais qu’est-ce que tu fabriques, gamin ?
Tweener se retourna, et eut un sourire goguenard à la vue de Bagwell.
- Yo ! Tu t’demandes c’que j’fous là, à faire le bouffon dans ta cellule, c’est bien ça ? Eh ben j’ai des nouvelles pour toi : j’ai l’droit si j’en ai envie, maintenant.
Avec un certain effroi, Theodore s’approcha les barreaux.
- Qu’est-ce que tu racontes ? Tu joues les garde-chiourmes ?
- T’es bien emmerdé, maintenant, c’est pas vrai ? jubila le plus jeune.
- Foutaises : qu’est-ce que tu fous à l’intérieur, dans ce cas ?
Tweener répondit avec force gestes périphériques plus ou moins accordés à la musique :
- C’est bien là où tu m’as mis, non ? Tu m’cherchais alors voilà : au moins comme ça t’as pu m’trouver. Reste à m’atteindre, maintenant, et j’vais t’dire un truc : t’auras du mal à le faire. Ca ouais… bien du mal !
- Tu sais pourtant que je ne demande pas mieux que d’entrer.
- Pour ça faudrait d’abord que tu m’cernes… déclara David en s’avançant à son tour contre les barreaux.
- C’est pas le boulot des matons, de cerner les détenus ? demanda Bagwell en trépignant du bout de la jambe, les paupières légèrement plissées sous ses yeux.
- Si, t’as raison, mais on a des instruments pour ça.
Sur ce, il se retourna, révélant à nouveau les trois objets pendus à sa ceinture.
- J’t’en donne un, ajouta-t-il. Nous, on les utilise tous mais un grand garçon comme toi… j’suis sûr qu’ce sera pas trop au-dessus de tes moyens, hein T-bag ?
Theodore tortilla sa langue en considérant les clés…la matraque… et les menottes. Tweener tourna vers lui une mine railleuse qui lui était tout à fait inhabituelle – et pour cause !
- Chais bien l’quel t’as envie d’prendre… mais réfléchis et choisis bien.
T-bag passa à nouveau en revue les instruments qui encadraient les fesses petites et juteuses. Il avança la main et détacha la menotte pendue, qui s’ouvrit d’elle-même. Le rap cessa brutalement. Aussitôt, véloce comme un rat d’égout, il la referma sur le poignet de l’impudent et accrocha le bracelet jumeau à l’un des barreaux. Apolskis protesta, et donna une brusque secousse, mais il était trop tard. Bagwell profita de sa surprise et de son immobilisation pour se saisir du trousseau de la clé. La serrure qui était miraculeusement apparue sur leur grille rendit rapidement les armes. Il fit coulisser les barreaux derrière lui et put s’approcher du garçon en toute tranquillité, les hanches doucement houleuses, jusqu’à se poster triomphalement tout près de lui.
- Je suis entré…
- T’as triché ! prétendit Tweener avec véhémence, tout menotté qu’il était. Tu devais en utiliser qu’un, espèce de raclure sudiste véreuse !
T-bag leva la main pour s’appuyer sur un barreau au-dessus de la tête du jeunot, au plus profond mépris de ce qu’il restait de ses frontières personnelles.
- Un seul, ça marche très rarement. Depuis le temps que je te traque, tu peux bien m’aider un peu, décréta-t-il.
Son autre main se glissa contre la taille de Tweener, derrière lui, et décrocha précautionneusement la matraque.
- Au point où j’en suis, pourquoi ne pas utiliser le troisième ? susurra-t-il en la remontant contre le petit derrière, plissant consciencieusement le pantalon de gardien sur son passage.
Apolskis crispa sa mâchoire, tout déçu, et ne put que soutenir son regard en affichant sa contrariété, comme un enfant capricieux. Theodore goûta l’humiliation qu’il put discerner dans ses yeux lorsqu’il insinua l’extrémité de la matraque sous son pantalon.

Soudain, un bruyant raclement métallique l’interrompit. Il se retourna, pour voir Michael émerger dans sa cellule en repoussant le compartiment des toilettes. Il s’extirpa du trou, à présent vêtu d’une blouse blanche et chaussé de lunettes à monture noire.
- Scofield ? interrogea le maître des lieux.
- Je reviens de l’infirmerie, idiot, expliqua l’ingénieur. La voie sera libre pour le grand jour, et avec un peu de chance le lapin de Lincoln sera guéri d’ici là.
T-bag baissa les yeux et constata en effet la présence de la bestiole, toute blanche contre la blouse blanche de Gueule-d’Ange. Ce dernier se dirigea vers l’entrée comme si de rien n’était et tenta d’ouvrir la grille, qui resta bloquée. Il fronça les sourcils. Bagwell esquissa un sourire concupiscent, et ne put que faire tinter le trousseau qu’il avait à la main.
- Passe-moi les clés, exigea Michael en changeant sa prise sur le lapin pour tendre la main.
- Qu’est-ce que tu me donnes en échange ? demanda-t-il en laissant Tweener pour s’avancer vers lui.
- Ne commence pas à jouer à ça, T-bag, j’ai le lapin de Lincoln sur les bras ! ordonna Scofield d’un ton ferme, son regard d’acier rendu plus autoritaire par les lunettes.
- Oh je suis sûr que Jeannot n’y verra pas d’inconvénient, lui assura Theodore en prenant sa main pour l’attirer contre lui.
- Non, arrête… !
Entre eux, la petite bête donna des coups de pieds pour s’échapper et tomba au sol, avant de filer à travers les barreaux.
- NON, pas maintenant ! s’écria Scofield avant d’être renversé sur le bureau de la cellule. Et toi, lâche-moi !
- Oh, mon joli… soupira Bagwell en l’étreignant autant qu’il le maîtrisait. J’attends ce moment depuis si longtemps…
- Oh purée, vous savez ce que le lapin est en train de faire ? s’exclama Tweener depuis les barreaux.
- Lâche-moi ! le somma à nouveau Gueule-d’Ange tandis que les mains de T-bag remontaient sous sa blouse, le long des muscles de ses cuisses. Lâche-moi ! LÂCHE-MOI !
Theodore cligna des yeux. Il était persuadée que la voix de Michael avait soudain sonné différemment à ses oreilles.
- LÂCHE-MOI, POURRI ! C’EST DEGUEULASSE DE FAIRE CA !
Avant même qu’il l’ait réalisé, les bulles du sommeil étaient remontées dans sa tête jusqu’à éclater à la surface, lui rappelant dans un tremblement de perception qu’il se trouvait au trou.

Un violent bruit de choc contre sa porte le fit sursauter, achevant de le tirer de la somnolence. Il s’empressa de se lever pour aller voir de quoi il retournait par le carré de fenêtre qu’on lui laissait. Pour une fois qu’il se passait quelque chose là-dedans !
- J’IRAI PAS LA-DEDANS ! J’AI RIEN A ME REPROCHER !
Il eut la surprise de découvrir Maël, maintenu contre le mur de l’étroit couloir sombre par Lewis Patterson, les jambes pliées tandis que Rizzo le débarrassait tant bien que mal de son pantalon et son caleçon. Ceci fait, on lui ôta les menottes qui maintenaient ses poignets derrière son dos et on s’empressa de lui retirer son tee-shirt. Le premier maton ouvrit la porte du mitard perpendiculaire au sien.
- Allez, Krone, ne fais pas ton caprice, entre là-dedans !
Le garçon se contenta de croiser les bras, bien campé sur ses jambes, se drapant dans le peu de dignité qu’on pouvait trouver nu comme un vers. T-bag eut un sourire amusé en songeant qu’en cela, il montrait sans le savoir qu’il devenait un véritable taulard. Les gardiens ne jouèrent pas son petit jeu longtemps et ne tardèrent pas à le choper. Maël se débattit autant que possible pour le principe, heurtant à nouveau à deux reprises la porte où le chef de l’Alliance était posté. Rizzo et Patterson finirent cependant par l’envoyer bouler dans le trou d’à-côté.
- FUMIERS !
Bagwell eut le temps de voir le seau à pisse s’écraser contre la porte tandis que les matons la refermaient avec soulagement. Le spectacle était terminé. Il se détourna de sa lucarne en souriant paresseusement, puis grimaça un brin en essuyant les traces de liquide séminal sur son abdomen. Il alla se rasseoir et frotta négligemment sa main contre le mur. Puis il s’affala sur le sol avec langueur, sa bouche près de la minuscule bouche d’égout située au centre du cachot, et émit un petit sifflement.
- Maël ?
Assis dans l’autre mitard, le jeune détenu tressaillit et commença par regarder autour de lui.
- Tu m’entends, mon garçon ?
Il rampa à quatre pattes vers l’orifice d’évacuation.
- T-bag ?
- Bienvenue dans les catacombes, petit, le salua Theodore avec un sourire dans la voix. J’imagine que le rendez-vous avec les chicanos a tourné vinaigre ? M’enfin, si c’est toi qui es au trou, je suppose que ça aurait pu être pire.
- Eh bien non, figure-toi, ça s’est bien passé, ça… répondit Samuel. C’est avec Tweener qu’il y a eu anicroche.
Après un bref silence étonné, le meneur blanc dit d’un ton curieux :
- Je suis tout ouïe.

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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Mer 11 Nov - 22:48

T-bag était assez impressionné par le récit qu’il venait d’entendre. Maël avait bel et bien, de sa propre initiative, prit la défense de Tweener et joué son rôle mieux que tous les autres. Voilà qui était une première ! Lui qui était d’ordinaire focalisé sur des objectifs décalés, rarement tout à fait en phase avec la bande, il avait cette fois veillé sur son intégrité et encouru le trou, dont il n’avait jamais tâté, pour sauvegarder le petit « nègre blanc » qu’il devait tellement mépriser. Aussi étonnant que cela pût paraître, le meneur du clan ne songea pas à mettre sa parole en doute. Ce carcan bigot duquel ils l’avaient à grand peine extirpé en avait fait un taulard bien plus vertueux que les autres… un taulard qui liquidait, certes, mais qui ne mentait pas, contrairement à la kyrielle de petits dealers lâches et sournois qui pullulait entre ces murs. Bien qu’il ne fût pas partisan de cette éthique, Bagwell devait reconnaître qu’il était fort agréable de travailler avec.
- Eh bien je te remercie d’avoir sauvé mon honneur, mon garçon, déclara-t-il.
- Mais c’est normal.
- Ces minables sont tellement pusillanimes que maintenant ils envoient des gars qui ne sont même pas encore du gang pour s’en prendre à ma propriété. Couards…
- Ils sont pas réputés pour le contraire.
- Où est-ce que Drake s’était encore fourré pendant ce temps-là ?
Dans son cachot, Maël hésita un instant. Il aurait été non seulement facile mais juste de s’attirer tous les honneurs, mais quelque chose lui disait que ménager le premier lieutenant était dans son intérêt. Il était déjà un peu trop clinquant à son goût, quand il n’était pas contre-productif, on le lui avait déjà fait savoir. Un pieux mensonge était parfois plus noble.
- Il scellait le contrat avec Jesus. Ils en ont profité.
- Je vois. En tout cas je dois te témoigner toute ma gratitude, non seulement pour ça mais pour l’accord aussi, justement. Je n’oublierai pas qu’on peut compter sur toi.
Samuel sourit, pour lui-même étant donné leur situation. Il entendit T-bag ricaner discrètement puis ce dernier ajouta :
- Même si c’est à son corps défendant, cette petite peste va finir par envoyer tous les gars valables au trou !
- Est-ce qu’elle en vaut vraiment la peine ? Tweener n’est même pas reconnaissant de ce qu’on fait pour lui, signala Maël qui, en revanche, n’avait aucune raison d’épargner le giton.
- Je sais… Tu n’es pas le seul à t’en être plaint. Laisse-lui un peu de temps. Toujours accueillir la brebis égarée, pas vrai petit ?
- Hm-hm… même quand il s’agit d’un mouton noir, je suppose…
Theodore esquissa un sourire, charmé par le bon mot.
- Tu sais, je suis persuadé que ce que tu as fait pour lui aujourd’hui va le faire cogiter. Moi il croit que je veux sauver sa peau pour pouvoir continuer à en profiter mais toi… toi tu vas lui montrer qu’il y a une vraie fraternité blanche. Et avec un peu de chance, ça lui aura fait comprendre une bonne fois pour toutes que les hérissons, en revanche, ne lui veulent pas du bien.
- Si tu le dis, concéda le jeune homme.

- Et alors, quelles sont tes premières impressions du mitard ? C’est gentil ici, non ? ironisa le chef de l’Alliance.
- Ca je m’en fiche… C’est pour ma sœur que ça m’embête : elle devait venir me voir dans deux jours. Ils vont jamais me laisser sortir à temps, ces pourris.
- Je te dirais bien de leur balancer le contenu de ton pot de chambre à la gueule, mais ça te vaudrait probablement un ou deux jours supplémentaires… Je n’ai quand même pas pu résister une fois, alors que Bellick en personne s’était déplacé pour fanfaronner de toute la mesquinerie porcine qui le caractérise.
Maël eut un rire répugné.
- Je le vois d’ici, avec son beau képi et son beau badge couverts de pisse…
- J’ai eu droit à une rossée dans les règles de l’art… Cette mâchoire cassée que C-note s’est empressé de s’attribuer parce qu’on s’étaient harpaillés juste avant d’être mis au frais, c’est à Geary que je la devais. Ce mec a vraiment un problème avec la violence, affirma T-bag, réprobateur.
Le garçon ne répondit rien et le sociopathe devina le ton de son silence.
- … Et quand on en a un, on ne se fait pas maton. C’est la moindre des choses… précisa-t-il. Et à part ça, cette sœur dont tu me parlais… elle te veut quelque chose de particulier ?
- Pas que je sache. Ils viennent me voir régulièrement, tu sais, même sans raison précise.
- Et je le répète : tu as bien de la chance… La seule famille qu’il me reste, à moi, est un peu loin au sud pour ça. Ces juristes à la petite semaine savaient très bien ce qu’ils faisaient en me transférant ici… enfin, même s’ils n’avaient pas prévu que l’Alliance y essaimerait subséquemment, jubila tranquillement Bagwell.
- Ca doit pas être facile… Moi, j’apprécie vraiment de continuer à voir grandir mes petits frères, et je soupçonne ma sœur d’avoir un mariage à m’annoncer, même si je me fais peut-être des idées.
- Aw, ce serait-y pas chic ? C’est la frangine que tu as dû défendre contre les négresses qui en avaient après elle ?
- Non, c’est la plus grande, Judith. Ma petite sœur, Lore, c’est elle qui a eu des démêlés avec cette engeance.
- Qu’est-ce qui s’est passé, exactement ?
- Au départ une prise de bec avec une de ces filles devant son lycée, dont elle s’est bien gardée de se vanter. Elle « pensait que ça allait faire des histoires »… soupira-t-il. Elle aurait mieux fait de m’en parler, au moins j’aurais su à quoi m’en tenir. Ca n’aurait peut-être pas eu l’occasion de dégénérer.

- Tu ne m’as jamais dit comment tu les avais liquidées, songea Theodore, à présent allongé sur le dos. Enfin je sais que des têtes sont tombées, mais c’est à peu près tout.
- La fille s’est pointée chez nous ce soir-là, avec une acolyte du même acabit. Celle-là a commencé à se montrer assez agressive dès le départ, tu sais, le genre de noiraude avec de la chair qui déborde des frusques et qui n’a jamais appris à mâcher ses mots… si ce n’est dans la prononciation, peut-être…
T-bag exhala un ricanement bref et un peu vulgaire.
- Je vois parfaitement. Et ton vieux ne l’a pas envoyée paître ?
- Mes parents étaient de sortie ce soir-là, c’était moi qui avais la maison à charge. Je leur ai dit de se tirer, et qu’il valait mieux pour leurs peaux qu’elles ne touchent pas à Lore. Ma sœur est descendue voir ce qui se passait, ça les a échauffées un peu plus, j’ai dû commencer à les tenir en respect… D’habitude cette racaille-là fait la loi avec sa grande gueule… je ne m’attendais pas à ce que le gros morceau m’allonge une beigne comme ça, je dois dire… avoua Maël, assez honteux.
- Elle t’a envoyé au tapis ? le taquina Bagwell.
- Pas pour longtemps, grognonna le garçon. Le temps qu’elles chopent ma sœur, l’une des deux avait un couteau de cuisine sous la gorge.
- Oh-hô, la méthode domestique… c’est tellement moins vulgaire qu’une arme à feu !
- D’abord je crois qu’elles n’ont pas cru que je pourrais les larder comme des truies, puis elles ont vite compris qu’elles avaient intérêt à faire ce qu’on leur disait quand j’ai entaillé un peu. Au départ je voulais juste les faire dégager de notre propriété eh puis… bizarrement… quand on s’est retrouvés dehors, devant la voiture, j’ai pas pu les laisser s’en tirer à si bon compte. C’était tellement plaisant de les voir si dociles tout à coup alors qu’elles jouaient les petites sauvages une minute plus tôt… J’ai dû crier un peu après Lore aussi, pour qu’elle me balance les clés du camion, et j’ai embarqué tout ce beau monde. La plus jeune avait l’air d’avoir mon âge mais, dans le doute, j’ai dit à l’autre de conduire pendant que je gardais la gamine sous la main. Pour être franc, je comptais seulement les balader et leur faire passer le goût de ce genre d’intrusion. Je voulais juste les voir se faire dessus un peu plus longtemps, histoire qu’elles s’en souviennent.
- Et… ? demanda T-bag, impatient.
- C’est… difficile à expliquer, déclara Maël en cherchant ses mots. Plus on roulait, plus je me disais qu’il serait finalement plus facile de s’en débarrasser purement et simplement. Il faisait nuit, on était en pleine forêt… on s’approchait de l’endroit où mon père et moi on allait couper le sapin de Noël tous les ans et… je ne sais pas exactement pourquoi mais ça m’a donné très envie de découvrir ce que ça faisait d’en supprimer un.
- Aaaww, mon angelot, tu es encore plus malade qu’il n’y paraît. On te dit sapin de Noël et tu réponds boucherie, voilà un raisonnement qui me parle.
- Il faut dire surtout que je n’avais jamais… tué moi-même… pour le Klan. J’étais censé en faire partie depuis mes dix-huit ans, et tout ce que j’avais fait jusqu’à présent c’était écrire des articles… et au mieux participer au lynchage de quelques voyous qui faisaient le foin dans le patelin d’à-côté. Je n’avais pas l’impression d’y mériter vraiment ma place, pour tout dire.
- Donc c’est bien vrai, tu étais bien dans les rangs du célèbre KKK ? interrogea l’Alabamien, qui n’en avait jamais vraiment douté mais qui conservait à ce sujet une curiosité certaine.
- Pas le KKK, le Klan Indépendant de l’Amérique, corrigea Krone. Ce n’est plus centralisé tout ça, de nos jours… enfin si ce n’est artificiellement, sur le net. Maintenant on est obligés de se recentrer plus localement si on veut arriver à quelque chose. C’est quand même avant tout sur le terrain que ça se joue.

Theodore se retourna sur le ventre d’un geste leste.
- Mais techniquement, ça reste une branche du Ku Klux Klan qui a perduré, non ?
- C’est ça, acquiesça Maël.
- Et alors, comme on ne sait pas trop ce que vous êtes devenus, vous les « chevaliers du Klan », je me suis souvent demandé ce que vous faisiez… à l’heure actuelle, s’entend.
- Comment ça, « ce qu’on fait » ?
- Vous vous rassemblez en rond et vous mettez le feu ?
Samuel éclata de rire, un rire sincère et sans retenue comme T-bag n’en avait encore jamais entendu chez lui, et qui lui parvint dans toute sa clarté malgré le maigre conduit.
- Non mais qu’est-ce que tu t’imagines au juste ? Tu me vois dans des robes blanches ?
- A vrai dire je t’y vois très bien, oui… tu serais très mignon avec le capuchon pointu dans le dos, affirma le sudiste, rêveur.
A cet instant, il y avait dans sa voix une trace enjôleuse dont Maël ne sut pas tellement que faire. D’abord il ne répondit rien, puis comme Bagwell ne semblait rien avoir à ajouter, il précisa par pur besoin de meubler :
- Eh bien non, on n’en porte plus depuis longtemps. On les utilisait pour faire peur aux négros, tu sais, en se faisant passer pour les esprits des soldats confédérés morts sur le champ de bataille. On cachait une poche sous les draps, qui nous permettait d’engloutir trois seaux d’eau sous leur nez quand on frappait à leurs portes pour leur demander à boire ; on agitait quelques ossements devant eux, puis on leur disait de se tenir à carreaux et de rester loin des groupes d’activistes. Et crois-le ou pas, ça les impressionnait assez pour qu’ils obéissent ! Il faut dire qu’ils étaient encore plus stupides et superstitieux à cette époque…
Fort de son petit laïus qui l’avait rasséréné, il ajouta :
- Maintenant il faut privilégier les vêtements jetables, hélas… Les méthodes ont changé.
- Merci pour la leçon d’histoire… plus de rituels, alors ? C’est dommage, ça donnait un certain cachet à votre groupe.
- Hé oui, mais je crains que ce soit une image d’Epinal… On prie toujours ensemble, cela dit, après les raids. Ca fait retomber la tension avant qu’on retourne dans nos foyers. Et là, parfois, l’ambiance est un peu plus… mythique, si tu veux… C’est là qu’on se retrouve, finalement.
- Hm-hm…
T-bag ne précisa pas à quel point les coutumes de l’Alliance Pour la Pureté étaient différentes. Quand on avait fait une descente et chopé le nègre, en Alabama, on évacuait généralement l’adrénaline en la brûlant avec quelques bières, des rodéos de pare-chocs et des braillements euphoriques sous la lune ; plus étourdi encore que les autres par la violence, son propre exutoire résidait souvent dans ses quelques coups de reins bruts et mal dégrossis d’adolescent, ceux qu’il soulageait en silence au-dessus du blue jean défait de son cousin, qui renonçait alors à ses droits d’ainesse, comme par respect de cette nécessité expurgatoire qui s’emparait de Theodore quand il commençait à faire sortir toute la bestialité dont sa courte vie l’avait empli.

- Donc tu voulais gagner ta place ? reprit le sociopathe après quelques instants de songerie. Pourtant les membres de cette confrérie n’ont pas tous un meurtre à leur actif, non ?
- Non, bien loin de là, confirma Maël, mais mon grand-père en avait… plusieurs. Mon père, je n’ai jamais bien su. … En vérité plus on roulait et plus on s’enfonçait dans les bois, plus je crevais d’envie de les tuer. Elles avaient violé les portes de notre foyer, elles m’avaient frappé, elles avaient touché ma petite sœur… A la réflexion je pouvais décemment pas les laisser s’en tirer.
- Alors, comment tu t’y es pris ? demanda Bagwell, un rictus avide dans la voix.
Dans son mitard, le jeune homme changea de position, s’installant aussi sur le ventre, mais appuyé sur ses avant-bras.
- Je les ai fait descendre et je les ai fait taire, surtout, parce que ça commençait à s’affoler un peu. Celle que j’avais, je ne la lâchais pas, mais elle se mettait à gigoter tout ce qu’elle pouvait sans s’égorger toute seule. L’autre lui a dit de ne pas s’en faire, que je bluffais, qu’il fallait juste qu’elle se calme. Ca m’a un peu facilité la tâche, et ça a achevé de me décider. J’ai fait agenouiller la costaude devant le camion. Elle a pas bronché, elle croyait que j’avais simplement quelque chose à prouver. C’aurait été la bonne réaction auquel cas, je lui accorde ça ! … Je me souviens que c’était mouillé par terre. Il faisait très froid, aussi. J’étais en tee-shirt et je me rappelle avoir été glacé jusqu’aux os au début ! Mais quand je suis allé chercher la hache à l’arrière, j’ai senti comme une… sorte de grande chaleur me remonter le long du dos et fourmiller dans mes épaules, et puis sur mon visage. C’était comme de l’énergie qui me déferlait dans le corps ; ça me remuait les tripes et ça me faisait trembler les doigts. Enfin je ne sentais plus du tout l’air froid quand j’ai resserré ma prise sur la lame. J’y suis allé au couteau pendant que je la tenais avec la hache à la main, parce que je savais qu’il fallait que j’élimine la première très vite ; mine de rien c’était elle qui tenait l’autre tranquille. Je savais qu’il fallait que j’y aille franchement, que c’était décisif, ça m’a fichu le trac au ventre l’espace d’un instant, j’avais le souffle qui s’emballait ; ça sentait très fort la résine dans le coin où on se trouvait, l’humidité sûrement… C’était un peu étourdissant, tout ça… Alors je me suis empressé de ne plus penser et j’ai… je lui ai tranché la gorge.
- Hm hmm hmmm ! Ah la la, la première fois, mes aïeux… rêvassa T-bag avec ce qui se rapprochait presque d’une forme très spéciale de tendresse. C’était comment ?
- Pas très propre, surtout, déclara Maël après réflexion. Ca s’est fait facilement, somme toute, de fendre la chair, simplement. C’est juste qu’on s’imagine que c’est impossible avant de l’avoir fait… C’est après, quand ça s’est mis à gicler partout, que j’ai été un peu pris de court. Ca a fait une de ces gerbes ! L’autre s’est mise à hurler et s’est précipitée pour se relever. Dans l’affolement elle a dérapé sur le sol. Ca m’a laissé juste le temps de me ressaisir et de laisser tomber la première. La plus grosse a eu à peine le temps de faire trois pas avant que je la fauche en pleine course.
- A la hache ? demanda le meneur blanc, bluffé.
- A la hache. Pour le coup elle était bien pratique. On n’est pas obligé d’être très précis avec ça, au moins…
- Tudieu, gamin, on peut pas dire que tu fasses dans la dentelle ! rit Theodore en s’étirant, les bras au-dessus de la tête.
- C’était plus facile que le couteau, en fait. Avec ça on peut se laisser aller, en quelque sorte, même si on n’y arrive pas du premier coup.
- Et tu as prolongé ses souffrances, pour couronner le tout ? Enfin tu as raison… Paraît-il que c’est rédempteur, c’est ça ?
Krone se laissa retomber sur le côté.
- Honnêtement, ce n’était pas voulu. J’ai essayé de l’achever rapidement mais, elle était à plat ventre et je n’avais pas de billot, c’était pas évident. En plus, moi, j’y allais comme une brute, dans le feu de l’action. Au deuxième coup, j’ai visé la nuque, mais je crois que c’était très brouillon… en tout cas c’est ce qu’a dit l’expert au tribunal…
- Oh allons, pas les sujets qui fâchent, continue ce que tu me racontais, le pressa Bagwell.
- Au troisième coup, elle a arrêté de faire du bruit. J’entendais plus que les glougloutements de l’autre, qui ne représentait plus aucun risque. Ca m’a fait éprouver un certain soulagement… Et au quatrième, elle était enfin en deux morceaux.
T-bag se figurait Maël se débattant avec sa première tuerie, dans la nuit noire uniquement crevée par la lumière blanche des phares du véhicule, qui faisait ressortir crûment les chapelets de sang que les efforts mal coordonnés du jeune homme faisaient voltiger tout à trac. Ce tableau ne manquait pas de susciter chez lui un frisson d’érotisme, comme toute brutalité.

- Et l’autre ? demanda-t-il.
- Un dernier coup de hache et c’en était fini.
- Ce qui est bien, avec la décapitation, c’est que ça a un petit charme désuet… mais quand même, c’est très grand spectacle.
- Ces conneries qu’on raconte sur le fait que j’aurais planté les têtes sur des bâtons ou que je les aurais ramenées au Klan pour qu’on en fasse des trophées… c’est de la pure fabulation. Je ne m’amuserais jamais à faire ça ! En réalité, même si j’étais fier de ce que j’avais fait, j’ai trouvé le résultat assez répugnant.
- Je te comprends. Sans tête les cadavres ne sont pas très jolis.
- Parce que tu trouves que ça peut être joli dans l’absolu ? interrogea Maël en fronçant un sourcil.
- Avant tu adorais bien le corps supplicié du Nazaréen… biaisa le pédophile.
- Pour sa valeur symbolique, uniquement ! protesta le petit blond avec véhémence. Nous on n’en a pas tiré toute une imagerie et des icônes pour exalter le chaland.
- Peut-être… mais reste que j’ai toujours trouvé ça incongru qu’une communauté qui se réclame avec tant de ferveur de la douceur et de l’amour du prochain vénère ainsi un instrument de torture.
Le jouvenceau redressa la tête et soupira.
- Mais tu le fais exprès ou quoi ? La croix concentre tout le mal en ce monde, pour que celui-ci puisse en être purgé, justement.
- Oui. A se demander à quoi servent les établissements pénitentiaires…
Samuel fulmina.
- Ne te fais pas plus stupide que tu n’es…
- C’était une boutade et je te défends de me parler sur ce ton, le rabroua T-bag.
Krone se tut, ulcéré.
- Tu m’as l’air bien à cran sur le sujet, toi, soudainement… persiffla le leader suprématiste, contrarié lui aussi.
Maël ne répondit pas.
- Hé, je t’ai posé une question, mon garçon, réitéra-t-il.
- Non, c’est faux. Tu as affirmé quelque chose.
- Tu m’as eu… Alors maintenant je te demande si tu penses que c’est véridique.
- Non, je ne pense pas, j’essaie simplement de t’expliquer quelque chose… et toi tu ne me prends pas au sérieux, détailla le jeune aryen.
Bagwell se lécha brièvement la lèvre supérieure, les yeux levés sur le plafond bas de son mitard.
- Ce n’est pas toi que je ne prends pas au sérieux, loin de là… ce sont tous ces principes tellement… artificiels. On sait qu’il y a du mal partout. Alors pourquoi ne pas faire avec honnêtement, sans se voiler la face ?
- Comme toi ?
- Entre autres.
- Pour refuser de se résigner. Le sacrifice sur la croix est l’acte qui rompt avec l’enchaînement fatal des causalités morbides. C’est un geste d’insoumission à la vulgarité du mal dont tu parles. Par l’amour.
- Tout ça c’est très joli mis en mots, je te l’accorde, mais concrètement, qu’est-ce que ça aura changé ? L’enchaînement aura été rompu ? La belle affaire ! Il a repris aussi sec.
- Ce fut un coup d’arrêt pour faire prendre conscience aux hommes qu’il ne tient qu’à eux de l’arrêter définitivement. Pas en devenant des martyrs, mais en restaurant la pureté autour d’eux. C’est la tâche des chrétiens, conclut Maël.
Aigri par son discours, T-bag lui demanda, sur un ton où perçait cette ambigüité agressive avec laquelle il provoquait parfois :
- C’est à cela que je dois tes assiduités, petit ? Tu veux restaurer ma pureté, hm ?
- Je crois plus vraiment en cette méthode et tu le sais, répondit le garçon, réprobateur. La prison m’aura appris qu’elle n’a pas cours partout… Une chose est sûre : si la primauté du bien devait se répandre, les pénitenciers seraient les derniers bastions qui lui résisteraient. Pas forcément parce que s’y concentrent ceux que condamne la justice de certains hommes… plutôt parce que la pulsion de vie y passe par le conflit. Sans possibilité de rupture comme dans le monde libre. … Le premier pas des uns ne ferait que le festin des autres, indéfiniment, et les valeurs christiques y seraient systématiquement tuées dans l’œuf sans espoir de développement. … Et si les valeurs christiques ont une limite et ne sont pas universelles, eh bien… c’est sans doute qu’il faut trouver un autre chemin.

Theodore se sentit étrangement apaisé en entendant cela, comme conforté dans le renouvellement de la confiance qu’il pouvait lui accorder.
- Veiller à l’intérêt des tiens comme tu l’as fait aujourd’hui te met déjà sur la bonne piste, Maël, ça je peux te l’assurer.
Cela chassa la tension de l’esprit du jeunot, qui s’en remit à la paterne de son meneur et se contenta pour l’heure de cet acquis.

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La Halfeline
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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Lun 21 Déc - 13:41

T-bag changea une fois de plus de position. Il avait, comme d’habitude, assez mal dormi, et les épisodes de veille alternant avec le sommeil avaient faussé sa notion du temps. Au fond du trou, rien ne permettait de repérer le moment de la journée ; pas la moindre lumière du jour ne leur parvenait. Seuls les repas qu’on continuait à leur servir rythmaient les heures de pénitence. Il bailla. Il se demandait comment Tweener s’en sortait, seul face à la routine carcérale. Avec un peu de chance, le jeune chiot fou du début avait été calmé, et Apolskis avait désormais appris à faire profil bas. Il s’interrogeait également sur le sort d’Avocado. Avait-il calanché des suites de ses blessures ou avait-il une fois de plus été rafistolé par les bons soins du joli docteur ? La pauvre devait pester : à peine renvoyé au bloc, son patient était retourné à l’envoyeur plus vite qu’un fichu boomerang. Cette pensée fit sourire Theodore. Il était curieux de savoir si l’attitude de Tweener avait un tant soit peu commencé à évoluer après ces incidents. Il avait enfin eu la preuve concrète que sa protection lui était bénéfique, voire tout simplement vitale. Avec un peu de chance, il montrerait dorénavant un peu moins de mauvaise volonté dans leur petit arrangement. T-bag ne s’attendait pas à un miracle, mais tout de même… après avoir échappé à la mort par deux fois, directement ou indirectement grâce à lui, il ne pouvait décemment pas être aussi ingrat qu’auparavant. Même alors qu’ils redoutaient encore son contact, d’autres minets, à Donaldson notamment, avaient rapidement pris le réflexe de venir se réfugier dans ses jupes au moindre problème. Le fait est qu’on rechigne moins à se donner à quelqu’un qui vous rend intouchable. C’était en cela que le statut de ses garçons était si ambigu. La plupart des taulards se contentaient de traiter leurs gitons éventuels comme de la merde, ne les défendant vraiment qu’en cas de menace sérieuse. Bagwell, lui, mettait un point d’honneur à les pourvoir de passe-droits et de privilèges en tout genre. Il pouvait les humilier au dernier degré, mais personne d’autre ne devait se montrer désobligeant, à moins d’y être invité, bien sûr. Aux yeux des autres détenus, ils pouvaient bien n’être que des putes ; dans les faits, il fallait les ménager comme des princesses. Même ceux qui n’avaient aucune estime pour ces vulgaires favoris devaient leur témoigner la plus grande circonspection. Voilà une chose à laquelle Maytag avait été sensible. Pour lui, qui était habitué à tout avoir, les premiers jours en prison avaient été encore plus pénibles que la moyenne. Il ne l’avait pas choisi, mais il avait vite compris que sa nouvelle position lui permettait de récupérer au moins les avantages que cet endroit avait à offrir. Il n’était plus démuni, ni esseulé, ni terrifié au sein de l’enfer de Fox River. T-bag avait senti de la reconnaissance dans la manière dont il s’agrippait à sa poche, parfois, lorsqu’ils naviguaient parmi des détenus qu’il n’aurait, à juste titre, jamais osé approcher à son arrivée. En vérité, cela excitait énormément le petit bonhomme de voir des caïds à la petite semaine lui présenter des excuses. Il avait continué un temps à pleurnicher au moment de payer la note, mais même cela avait fini par changer. Ô combien. Il avait fait au môme un effet beaucoup trop contradictoire. Ce dernier lui devait tout, y compris le déshonneur. Il avait des envies de meurtre et de caresses plusieurs fois dans la même journée. Ses hauts faits horrifiaient la conscience que le monde ordinaire avait naturellement transmise au garçon, mais avaient dans le même temps révélé combien cette conscience irréfléchie était ductile. Bagwell incarnait, y compris par essence, le rebut innommable de l’humanité, celui que Jason n’aurait jamais imaginé « voir en vrai », et dont la proximité affolait son pouls. L’effroi avait été tel qu’il avait pensé ne jamais en sortir vivant, mais assumer et satisfaire ses pulsions, après l’avoir mortifié un temps, avait fini par le gonfler d’orgueil. Constater qu’il se tirait en un seul morceau des pattes de T-bag là où tant d’autres y avaient péri l’émerveillait à chaque fois, lui redonnait les limites oubliées de sa propre vie tout en les écartant. Il lui fallait se cramponner pour les tours de manège, mais l’épreuve des turbulences l’avait ramené à lui et lui avait donné à la longue une fort paradoxale impression de maîtrise. Et là encore, cette maîtrise subie avait fini par lui monter à la tête. Après son premier meurtre, il avait lâché la bride et laissé libre cours à son trouble, se laissant assaillir sans cacher une certaine exaltation dans le souffle spumescent qu’il avait haleté contre le mur de la cellule, un sourire incrédule perçant çà et là entre les grimaces.

Finalement, comble du comble, le jeunot en était venu à être perturbé par l’absence de sexe. Après son altercation avec Maël et son retour de l’infirmerie sourdement triomphant, l’indifférence de son maître à son égard l’avait fait déchanter. Il avait affecté le détachement pendant plusieurs jours, persuadé sans doute que ce dernier aurait tôt ou tard besoin de se divertir. Le mignon ne trompait personne ; Bagwell l’avait vu l’eau à la bouche quand ils se croisaient dans l’exiguïté de la cellule. Il aurait pu s’en amuser s’il n’avait pas été aussi contrarié. Finalement, n’y tenant plus, Maytag l’avait coincé alors qu’il venait de tendre le draps pour le temps de sieste, comme à l’accoutumée. Il s’était planté devant l’étroite allée qui longeait les couchettes superposées et avait déclaré à voix basse, pour rester sous le couvert du léger brouhaha ambiant :
- C’est à se demander sur quoi tu veux jeter un voile pudique.
Theodore, avec qui il s’était retrouvé nez-à-nez, avait incliné la tête et dardé un regard en biais sur sa figure toujours mâchurée de plaies et d’hématomes. Son giton avait poursuivi hardiment :
- Ils finiront par le savoir tôt ou tard que tu ne baises plus, tu sais. C’est le genre de chose qu’ils flairent assez rapidement.
Le meneur blanc avait pouffé brièvement dans sa gorge, et répliqué :
- Comme tu y vas ! Tu crois que le monde ne tourne pas rond sans toi, mon trésor ? Tu devrais pourtant savoir que tu n’es pas le seul trou auquel j’ai le loisir de vaquer en cas de besoin. Ta sollicitude me touche mais ton flair à toi laisse un peu à désirer, hm ?
Après une tape narquoise sur le nez, il l’avait repoussé sans plus d’égards contre le mur pour s’allonger sur son lit. Il avait conservé sa superbe mais en usant d’insinuations à ce moment-là parfaitement mensongères. T-bag avait alors trop les nerfs en pelote pour lever le gueux ; la simple idée de se trouver un garçon propre, de lui mordiller les jarrets pour la forme et de le monter dans un placard quelconque l’exaspérait déjà. Il n’était pas en état de se prêter au jeu tant qu’il avait cette détestable impression d’avoir perdu la main. Maytag, cependant, ne s’était pas laissé démonter.
- Oh, bravo, c’est malin. Et à quoi je te sers, dans ces conditions ?
- Bonne question…
Excédé, son page avait lancé :
- Bon, alors tu ne verras pas d’inconvénient à ce que je change de port d’attache ?
Le chef de l’Alliance n’avait pas répondu, s’exclamant à la place sous sa casquette baissée :
- Mais j’ai créé un monstre, ma parole ! D’abord c’était la croix et la bannière pour te prendre d’assaut, maintenant je ne te culbute pas pendant trois jours et tu piaffes déjà comme une pouliche en chaleur ?
- Ca n’a rien à voir avec mes désirs personnels ; j’ai intégré les règles du jeu. Si y a bien une chose que tu m’auras appris, c’est à ne pas être naïf. Toi, tu crois que c’est pour tes beaux yeux que je suis anxieux comme ça ? Ca me rend nerveux, cette histoire, parce que si tu fais plus attention à moi j’ai bien plus de chance qu’il m’arrive des bricoles, à la longue ! Et j’ai aucune envie de risquer ça.
- Foutaises, mon garçon, foutaises. Tu sais pertinemment que tu ne trouverais pas d’aussi bon parti à l’extérieur de cette cellule.
- Le premier lieutenant de John Abruzzi m’a fait des propositions, avait-il glissé, les paumes à plat contre le mur.
Bagwell avait relevé sa visière sur des sourcils arqués, un sourire caustique au coin de ses lèvres entrouvertes par l’amusement.
- Voyez-vous cela ?
- Ouais… avait poursuivit Maytag avec insolence. A deux pas de toi, pendant votre petit bavardage de ce matin à la table de poker. Et tu n’as même pas remarqué, c’est d’ailleurs pour ça qu’il a pu se permettre de tenter le coup. CQFD.
- Au cas où tu ne l’aurais pas réalisé, quand je traite avec Abruzzi, c’est généralement que j’ai sur le feu des affaires plus importantes que les petites facéties de ton séant. … De surcroit je ne pensais pas que ces bons pères de famille siciliens étaient du genre à renifler les culottes courtes… il serait content, le Johnny-boy, tiens ! Enfin, le mariole devait simplement être en manque, avec du recul ça peut se comprendre…
Le pédophile avait replié un bras nonchalant derrière sa tête, songeur, mais passant tout de même une langue malveillante sur sa lèvre, qu’il avait ourlée à l’intérieur de sa bouche.
- Il a insisté un peu, figure-toi, même s’il ne tâtait le terrain qu’à demi-mots, s’était vanté le mignon, sans même avoir l’air de ne pas y toucher.
- Eh bien il a de la chance, je ne lui taillerai qu’une demi-boutonnière la prochaine fois qu’on se croisera, avait ironisé T-bag d’un ton dégagé avant de rabaisser sa casquette.
- Je doute que le parrain te laisse faire. Tu vois, plus je considère la chose, plus je me dis que le second couteau du premier homme vaudrait bien un chef de clan qui s’en tape, si tu vois ce que je veux dire.
Le pédophile avait poussé un soupir las.
- Viens là, avait-il exigé en faisant papillonner son index et son majeur.

Il avait senti Maytag hésiter, mais il avait fini par s’approcher. Theodore l’avait alors saisi par la nuque pour le cogner violemment contre le montant de la couchette. C’était un barreau métallique et anguleux, propre à ouvrir une jolie plaie toute neuve au milieu des lésions de quelques jours. Le gosse devait bien s’y attendre un peu… Il n’avait pas voulu entrer dans son jeu et sortir de ses gonds, malgré l’envie de le réduire en pulpe qui le tenaillait et que Maytag s’employait à porter à ébullition, mais il ne pouvait décemment pas se laisser dire certaines choses sans réagir au moins de manière mesurée. Le garçon avait poussé un cri bref, bientôt prolongé par des étranglements douloureux tandis que Bagwell maintenait sa blessure tout contre la tranche du montant. Il avait balancé sa casquette une fois pour toutes et, sans élever la voix, mais sur un ton qui contrastait avec la veulerie détachée dont il avait fait preuve jusque là, il lui avait sifflé à la figure :
- Je te sens lâcher ma poche et je t’ouvre le ventre par simple mesure de précaution. La Guerre de Troie n’aura pas lieu, je te préviens. Si tu veux jouer à ça, l’histoire nous enseigne qu’il vaut mieux pour tout le monde que je t’occise de suite.
- Mais je ne joue à rien, moi ! avait protesté Maytag, s’emportant sous l’effet de la douleur aigüe qui devait pulser dans sa boîte crânienne. Je te demande la permission, je ferai rien sans ton aval ! C’est toi qui fais ton caprice et qui me rends dingue, bon sang ! Si c’est pas pour me faire sentir que t’as plus besoin de moi, pourquoi tu boudes comme un marmot mal mouché ?
Cela lui avait valu d’être tiré brutalement par le collet en travers de la couchette ; puis T-bag avait cherché sous la chemise et saisi durement les points de suture sur son flanc, arrachant un jappement au jeune garçon. Stricto sensu, l’attitude de Jason se justifiait. Ce n’était que son précédent coup de maître pour contrecarrer ses projets, involontaire ou non, qui retenait la bonne foi du chef aryen. A dire vrai, il tirait un plaisir pervers à voir son giton ainsi anxieux et désemparé face à ce qu’il ressentait comme une situation précaire. Il l’avait tourmenté un peu plus, collant cette fois son front sur le mur de béton.
- Tu oses me poser la question ? Je te signale que c’est à cause de toi que je suis dans une impasse, comme voilà. Je n’ai plus besoin de toi, c’est un fait, mais après le petit spectacle que tu as donné je ne peux pas non-plus me débarrasser de toi maintenant ! Ce serait mal interprété. Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même, fillette.
Maytag lui avait décoché un œil noir, l’iris ignescent au fond de son orbite encore tuméfiée, tandis qu’un trait de sang coulait sur l’aile de son nez.
- Lâche… avait-il craché péniblement entre ses dents serrées, une plainte sourde raclant le fond de sa gorge. Depuis quand tu revendiques l’impuissance comme ça ? Depuis quand T-bag a les poings liés ? Tu peux pas avoir le beurre, l’argent du beurre et les cuisses du crémier. Alors soit tu me bazardes, soit tu me butes, soit tu me baises, mais sois un homme, nom de Dieu ! Et c’est pas la peine de me dérouiller parce que ça ne réglera rien !
Bagwell avait approché de l’œil son visage émacié, dardant une langue fugitive sur sa lèvre. Seul le rebondissement tendu de sa diction avait trahi son courroux.
- Je pourrais peut-être te faire passer sous toute l’Alliance, ahn ? Comme ça j’aurais des troupes fraîchement barattées en sus. Ce serait Noël en plein mois d’Août, pour les gars, de se taper la crème de la crème, je te prie de le croire ; et avec un peu de chance ça calmerait le feu que tu as au cul tout à coup…
Etait-ce la menace ou la souffrance physique qui s’éternisait ? Des sanglots crispés avaient fini par émerger de la gorge de Maytag et il s’était débattu en grognant, agrippant son poignet pour tenter d’éloigner ses griffes de sa chair couturée. Theodore avait résisté et, de l’autre main, l’avait saisi par le mohawk, sempiternelle prise toujours aussi commode, pour bloquer le mouvement et le maintenir tout près du grincement traînant de sa voix.
- Méfie-toi, si c’est des mesures radicales que tu réclames, ça va te tomber dessus… et ça va t’y tomber comme y faut… et sûrement pas d’une manière qui te plaira.
Jason s’était arc-bouté vers l’arrière mais T-bag le tenait solidement. Ce dernier avait appuyé ses lèvres sur le début du crâne, comme on apaise un animal domestique.
- Maintenant on finit sa grosse colère. Foutre, je me demande bien ce que tu as, à faire ta chipie : pour l’instant tu te fais couvrir à l’œil, n’importe quel garçon s’estimerait verni jusqu’à la moelle à ta place !
- Ouais, ben si j’étais n’importe quel garçon, je serais surtout mort à l’heure qu’il est… avait maugréé Maytag en cessant de se débattre.
- C’est assez véridique, avait reconnu le sociopathe sur le ton de la conversation.
Encore une fois, en son for intérieur, il savait pertinemment que son comportement pouvait se réclamer de la logique, mais il avait également conscience que la logique ne le fondait que dans une certaine mesure. Quant à lui, il restait perplexe. Il y avait tant de stimuli incompatibles auxquels il voulait répondre, sans compter la souveraineté qu’il devait garder en bandoulière et réaffirmer au besoin à la tête de l’Alliance. Cette combinaison normalement harmonieuse venait de s’effondrer en un imbroglio insoluble, tout ça parce que Maytag avait rué au mauvais moment et qu’il n’avait pas su l’en empêcher. Il ne savait même pas par où commencer pour tenter de remettre tout le travail sur pied. S’il fallait être juste, d’ailleurs, c’était tout de même principalement Maël qui avait déboulé dans le jeu de quilles bien ordonné sans crier gare. Toute cette pagaille était avant tout de son fait, mais T-bag lui donnait au moins l’excuse de la parfaite ingénuité… ce qu’il n’accordait pas d’aussi bonne grâce à son favori. Le salopiot était devenu rusé sous sa tutelle… Bagwell avait fini par sentir la main qui repoussait son poignet lâcher prise, comme la pression sur les points de suture avait cessé, puis glisser le long de son bras pour rencontrer le tee-shirt familier, sur lequel elle avait longé les courbes de sa poitrine et de son ventre. Il avait baissé sur le manège un œil dubitatif, éloignant légèrement le front de Maytag. Il avait alors réalisé que le sang chaud qui coulait de la plaie nouvelle avait humecté son bouc. Il l’avait essuyé à la hâte du revers de la main, qu’il avait ensuite nettoyé en le lapant pensivement. Il avait pourtant préféré éloigner le mignon, dont la paume avait épousé sa taille, immobile, comme pour capter la tiédeur à travers le tissu.
- Sois sage, maintenant.

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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Lun 21 Déc - 13:42

T-bag perçut soudain un soupir lourd et excédé venant du conduit d’évacuation. Il s’en rapprocha sur les coudes.
- Tu as bien dormi, petit ? salua-t-il.
- Je n’ai pas dormi ! J’ai juste somnolé à moitié pendant des heures, je me sens atrocement mal… se plaignit la voix de l’autre côté.
- Aw, que ne l’as-tu dit plus tôt ? Je t’aurais raconté une histoire pour faire venir le marchand de sable…
- C’est ça, moque-toi. C’est ma première fois au mitard, je te rappelle, j’avais pas idée que ça puisse être aussi détestable. Tu sais, je pense pas être douillet, mais y a définitivement pas moyen que je m’endorme sur ce béton glacé.
- Mais je ne me moquais pas ! Je sais ce que c’est, et pour tout dire je suis loin d’avoir roupillé comme un môme de mon côté. Mais on s’y fait, tu verras. Le sommeil finira par te gagner, assura l’Alabamien en se grattant les poils du menton.
- Je ne vois pas comment, rétorqua Maël, grognon. J’ai tellement mal partout que je peux m’allonger dans toutes les positions possibles, ça finit par me rendre fou.
Theodore leva les yeux sur le plafond bas du cachot et suggéra :
- Que ça te plaise ou non, serrer la main au pape fait souvent des miracles, tu me suis ?
Après un court instant de silence perplexe, un rire bref mais spontané égaya l’humeur maussade du jeunot ; puis il finit par répliquer :
- Tu sais que je suis pas du genre papiste.
- Je sais. Mais ça aide considérablement à supporter les maux d’ici-bas.
Krone remua à nouveau en retenant des soupirs d’inconfort et répondit, désabusé :
- Je suis pas sûr que ça aurait beaucoup d’effet dans mon cas.
T-bag esquissa un sourire chatouillé et ploya l’échine pour rapprocher son visage de la bouche d’égout, faisant saillir les omoplates de son dos déjà osseux.
- C’est à moi que tu veux faire gober ça ? Si j’ai bonne souvenance, quand on t’avait baptisé, ça avait plutôt eu ce que j’appellerais un effet bœuf.
Il y eut un nouveau silence, estomaqué cette fois.
- Okaaay… finit par répondre Maël sur un ton circonspect. Si tu trouves opportun de remettre ça sur le tapis maintenant, tu sauras qu’il y a une différence entre le plaisir de la chair et le bien-être. Si tu crois que je me sentais mieux après, tu te fourres le doigt dans l’œil.
- Oh mais pourquoi faire autant de chichis…? Détends-toi, c’est la nature ! lança Bagwell, désinvolte, allongeant tout son bras gauche sur le béton jusqu’à ce que son épaule s’affaisse au sol et que sa tête y roule mollement.
- Justement, c’est la nature à son niveau le plus élémentaire. C’est ridicule d’en appeler à la nature pour se justifier de quelque chose. Tous ces pseudo-chrétiens qui ne se réfèrent qu’au naturel à tort et à travers, j’aimerais qu’ils s’entendent parler, parfois… S’ils suivaient leur logique ils iraient brûler leurs propres églises et ils arrêteraient d’aller chercher leur nourriture au supermarché… par contre le libertinage et le viol seraient tout à fait admissibles, enfin… pas que la perspective te rebute foncièrement, j’imagine…
Il avait retrouvé ce ton cabotin que le meneur blanc lui avait découvert la veille. Samuel n’avait jamais osé se montrer réprobateur jusqu’à présent. Forte-tête, oui, mais pas désapprobateur. Ce regain d’opinion, qui accompagnait paradoxalement sa nouvelle bonne conduite au sein du clan, ne lui plaisait pas beaucoup. Enfin, il l’avait probablement cherché, à l’asticoter ainsi pour l’embarrasser à dessein.
- Non, pas tellement, c’est un fait. Mais je fais aussi trop de choses contre-natures pour me ranger à cette logique-là… renchérit-il avec impudeur. Je pensais que ça te déculpabiliserait, c’est tout. Tu trouveras tellement de mauvaises gens pour te dire que t’es anormal, dans la vie…
Theodore savait de quoi il parlait. Maël répondit pourtant, proverbial :
- C’est pas dans la norme qu’on trouve la grandeur.
Le sociopathe le prit comme un campement sur ses positions, néanmoins accompagné d’une cessation des hostilités. Il acheva de se retourner sur le dos, une main derrière la nuque.
- Je peux définitivement être d’accord là-dessus.

Quelques instants plus tard, la grille du couloir s’ouvrait dans un cliquetis reconnaissable. Les deux détenus entendirent ensuite le bruit du chariot qui roulait jusqu’à leurs cachots ; un accent hispanique les salua, comme à l’accoutumée.
- Petit-déjeuner, les gars !
- Tiens, si c’est pas ce bon vieux Henrique ! s’exclama jovialement T-bag en se redressant pour s’approcher de la porte.
Le Latino glissa un plateau dans la trappe prévue à cet effet en précisant à voix basse :
- Un petit remontant de la part de Jesus, pour fêter votre arrangement.
Le chef de l’Alliance poussa une sourde exclamation appréciatrice en découvrant que l’innocente petite bouteille de jus habituelle fleurait bon la tequila.
- C’est bien aimable de sa part, dit-il avant d’en avaler une gorgée. Tiens, amène donc le reste à mon gars, là à-côté. Il le mérite et il en a plus besoin que moi. Tu devineras jamais avec qui j’ai le plaisir de partager le mitard…
- Avec qui ? demanda machinalement Henrique en sortant l’autre plateau de son chariot.
- Notre ami l’intrépide Maël ! proclama Bagwell du fond de son trou.
- Maël ? Oh je suis désolé de te savoir là, mec ! compatit sincèrement le cuistot en jetant un coup d’œil par la trappe avant de lui glisser sa nourriture, accompagnée du reste de tequila.
- Ouais oh, je vais survivre… marmonna le jeunot.
- J’essaierai de vous trouver des petits extras à droite à gauche pour tenir le coup, les gars, promit discrètement le Chicano.
- C’est bien urbain, mon brave Henrique, bien urbain… le remercia Theodore avec une condescendance trop légère pour qu’il la remarque.
- Allez, bon courage. Tiens bon, Maël ! lança-t-il avant de repartir, donnant deux petits coups dans la porte du second cachot.
- C’est ça… répondit l’intéressé en posant sa pitance devant lui, las.
- Tu peux être sûr qu’on va en avoir, des extras, maintenant… le taquina T-bag avant d’attaquer un sandwich chaud à belles dents.
- J’ai pas tellement faim, en fait, déclara pour sa part Krone en retournant près du trou central.
- C’est rien, c’est le manque de sommeil. Ca écœure, parfois. Bois un coup, ça ira mieux.
- Ca me fait pas beaucoup plus envie…
- On s’en fout, c’est pas pour la dégustation. Vas-y cul-sec. Ca te réchauffera et ça te fera dormir, lui assura le plus vieux.
Fort de cette promesse, Maël goba le liquide de la petite bouteille de plastique et grimaça, claquant désagréablement sa langue contre son palais pour faire disparaître le goût de ses papilles.
- C’est vraiment du tord-boyaux, affirma-t-il assez fort pour être entendu de son compère.
- Peut-être, mais ça devrait te mettre d’humeur plus torpide. Il fallait pas que les matons te trouvent avec ça, de toute façon. Allez, maintenant allonge-toi près de moi, mon bonhomme… lui conseilla gentiment la tête de la Famille.
Le jeune aryen se coucha avec un soupir de fatigue frustrée, juste à-côté du conduit. La voix était douce mais lui parvenait clairement.
- Chien de fusil, c’est la position la plus efficace ici, et crois-moi je te le dis d’expérience… Ne mets pas seulement tes mains sous ta joue, ça ne fait pas assez d’épaisseur et ça risque de glisser. Utilise tes avant-bras… mais prends garde à ce que ça ne te coupe pas la circulation ; évite de t’appuyer sur la veine.
Maël suivit attentivement les recommandations, essayant de chasser la tension musculaire des endroits déjà trop mis à contribution. Il ne pouvait cependant pas lutter contre les talures diverses accumulées pendant la nuit.
- Là où le bât blesse, c’est à l’os du bassin, précisa Theodore. Bloque ta hanche… Essaie de ne pas la présenter comme point d’appui principal, tu vois ce que je veux dire ? … On est tous les deux des corniauds maigrichons mais utilise un peu de la chair de tes fesses.
Samuel remua un peu, tentant de reproduire ce qu’il préconisait, étrangement embarrassé par la mention de cette partie de son anatomie autrement que sous la forme d’un ordre sec l’enjoignant à bouger à son cul.
- Là… T’es bien installé, mon garçon ? C’est presque douillet maintenant, non ? plaisanta Bagwell, quittant un instant sa voix de velours.
- Presque, sourit Maël de bon cœur.
- Laisse-toi aller et pense à un endroit bien chaud, comme les bonnes vieilles plaines d’Alabama, tiens. Je dois dire qu’elles me manquent, parfois… C’est fou ce qu’il fait froid chez vous autres, les Yankees… frissonna-t-il. C’est vraiment pas une vie de se traîner ici.
- On a l’habitude, je suppose…
- Mais cette fois figure-toi un vrai soleil, pas seulement celui qui éclaire vaguement vos petites métropoles en été… Des rayons qui chauffent vraiment et qui brûlent la nuque… sourit le sudiste en se faisant autant divaguer que son acolyte.
Le blondinet se concentra sur la sensation, complétant par l’esprit la tâche purement somatique de l’alcool.
- Laisse-toi gentiment aller… lui répéta T-bag. Je vais rester à ton chevet jusqu’à ce que tu glisses dans les bras de Morphée, entendu petit ? Alors ne te presse pas, laisse venir.
Maël gémit deux acquiescements que Bagwell perçut déjà un brin lénifiés à travers la bouche d’égout.
- Pour commencer, je vais te raconter l’histoire d’un garçon qui s’appelait Sue, annonça-t-il avec un sourire dans la voix.
Puis, sur un ton moins flamboyant que Johnny Cash, mais plutôt avec une langueur distraite et amusée, il entonna une chansonnette dans un parler-chanter un peu épais :
- My daddy left home when I was three
And he didn't leave much to ma and me…
Jus’ his ole guitar ‘nd an empty baddle o’ booze…
Naw, I don't blame him ‘cause he run and hid
But the meanest thang that he ever did
Was before he left… he went and named me "Sue."

Well he musta thought that it was quite a joke
And it got a lotta laughs… from a' lots o’ folk,
It seems I had to fight my whole life through…
Some gal would giggle ‘nd I'd get red
And some guy'd laugh ‘nd I'd bust his head,
I tell ya… life ain't easy for a boi named "Sue."

Well, I grew up quick and I grew up mean…
My fist got hard ‘nd my wits got keen…
I'd roam from town to town to hide my shame…
… But I made a vow to the moon and stars
That I'd search the honky-tonks and bars…
And kill tha’ man who gave me that awful name…

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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Mer 6 Fév - 20:46

En définitive, T-bag et Maël sortirent une dizaine de jours plus tard, un peu aidés par une paire d’autres fauteurs de trouble qu’il avait fallu refroidir à leur tour. Autant dire qu’ils n’affichaient pas bonne mine à la sortie du cachot, blêmes et mal rasés, les membres perclus de courbatures. La visite d’Enrique leur avait permis d’obtenir sous le manteau quelques douceurs : du moloko, qu’ils avaient préféré au café chaud inutilement excitant, ou encore les indispensables cacahuètes caramélisées que Theodore affectionnait. Le séjour n’avait pas pour autant été une sinécure. Néanmoins Maël n’avait pas vu l’Alabamien frissonner et grimacer misérablement dans la froideur du trou, et T-bag n’avait pas entendu le jeunot renifler d’épuisement la nuit qui aurait dû suivre la visite de sa famille, car ce dernier avait posé le seau sur la bouche d’égout et la paume sur la sienne, rencogné le plus loin possible. On leur rendit leurs vêtements et Bagwell prit le chemin du bloc A tandis que Krone, lui, faisait un détour par le bureau du directeur. Le chef du clan lui souhaita bonne chance et l’intéressé rétorqua aussitôt qu’il n’en aurait pas besoin, qu’il s’agissait de toute façon de légitime défense. Theodore ne s’en faisait pas trop pour lui.

Le gardien lui fit passer le grillage de la cour et il gagna ses gradins en essayant de réfréner la hâte anxieuse dans sa démarche nonchalante habituelle. Dès qu’il l’aperçurent, les membres de la Famille l’accueillirent chaleureusement par des braillements et des sifflets réjouis. Il eut bientôt le soulagement et la satisfaction de constater que Tweener était sain et sauf parmi eux, dûment calé entre les genoux de Drake. T-bag sourit. Ses sous-fifres se levèrent pour lui souhaiter bon retour parmi les siens et il les retrouva avec plaisir. Beaucoup de contacts furent échangés, comme à l’accoutumée, pour renouer les liens : des mains, des avant-bras, des épaules, des dos, des torses, qui ripent et cognent. A l’étonnement de David, les prohibitions tacites chez Bagwell étaient plus strictes au-dessus du col qu’en-dessous de la ceinture. Le fait qu’il laisse ses seconds lui abattre franchement la paume sur le derrière en guise de bienvenue le laissait plus perplexe encore que les bises sur les deux joues qu’échangeaient régulièrement les Siciliens. Au beau milieu de ce culte de la virilité, lui, le giton, avait l’impression d’être pourtant bien le seul à filer complètement droit. Cette claque de camaraderie rustaude n’avait pourtant rien à voir avec la démonstration d’affection dont il fut lui-même gratifié…
- Aw, allons, ne sois pas timide : viens dire bonjour à papa, lui lança T-bag une fois qu’il eut fait le tour de ses principaux acolytes.
Tweener se leva à contrecœur des gradins pour s’approcher et le meneur le saisit par l’arrière du crâne pour l’attirer à lui.
- Oh, comme tu m’as manqué, toi ! lui assura-t-il comme à un chiot qu’on retrouve.
Sans plus attendre, il referma une main gourmande sur l’une de ses fesses et, non content de retrouver la sensation potelée au creux de sa paume, se mit à la pétrir avidement pour sentir la résistance de la chair sous son emprise.
- J’ai pensé à toi jours… et nuits, lui glissa-t-il en faisant traîner les mots et de manière suffisamment audible pour toute l’assemblée.
Quelques uns des suprématistes firent montre d’un attendrissement sardonique.
- Mon pauvre, va falloir te dégorger la tuyauterie fissa, lui conseilla fraternellement Drake avec de petites tapes désinvoltes sur l’épaule.
- Ca tombe bien : paraît-il que notre Tweener s’y entend pour vider les gens de leur liquide, répondit Bagwell avec un éclatant sourire auto-indulgent.
Un rire gras se propagea parmi ses troupes et la tête du clan se mit à gravir les marches des gradins pour gagner sa place, le pas endolori. Apolskis suivit son maître, qui le serra près de lui sur le banc sous prétexte qu’il avait besoin de chaleur après ce long séjour au cachot. Il tapota la place disponible de l’autre côté et enjoignit à Drake :
- Tiens, viens voir là, tu vas me rancarder sur les derniers micmacs.

Son premier lieutenant l’entretint alors de la détente avec El Norte, de la neutralité stagnante qui perdurait entre eux et la Cosa Nostra et de l’habituel climat d’agressivité qui faisaient çà et là des étincelles entre noirs et blancs. Il lui apprit également qu’Avocado n’avait pas succombé à ses blessures mais, Dieu soit loué, se trouvait toujours au quartier des malades ; l’Alliance avait été assez prévenante pour infiltrer l’infirmerie afin de l’amocher juste assez pour laisser à T-bag le temps de rentrer au bercail avant sa remise en circulation. Le meneur les en félicita et les remercia chaleureusement de leur sollicitude. Tout le temps que dura le briefing, il laissa sa main gauche explorer les cuisses de Tweener à travers son pantalon de taulard. Le jeune homme gardait les dents serrées, mortifié d’être ainsi tripoté en public sans pouvoir protester. Au sortir de dix jours de mitard qu’il avait endossés pour lui, le sociopathe était forcément à cran. Cela se sentait moins dans son humeur, adoucie par retrouvailles claniques, que dans son allure hirsute et ses gestes appuyés. Sa poigne, à la fois sur les gros bras de ses sbires et, surtout, sur les cuisseaux de son mignon, avait quelque chose de légèrement fébrile, comme s’il avait besoin de regrouper tout le monde autour de lui. La hardiesse avec laquelle il plissait la toile pour malaxer la chair sans même focaliser sur lui toute son attention affirmait son intention de se réchauffer promptement au contact de sa peau encore tendre. Tweener s’y était attendu, pour être honnête. La tranquillité à l’œil ne pouvait pas durer éternellement. A sa surprise, cependant, Bagwell s’adressa à lui de manière presque enjouée quand il finit par se retourner vers lui.
- Comment tu te portes, toi ? lui demanda-t-il lui pinçant gentiment la joue. C’était pas trop dur sans moi ?
Le jeune pickpocket choisit l’euphémisme diplomate.
- Ca va…
- Les gars ont bien pris soin de toi, tu sais. Il faudra dire merci à Maël, le chapitra-t-il.
- J’imagine, répondit laconiquement le wigger.
Theodore le considéra encore quelques instants, le parcourant brièvement du regard, avant de lui ébouriffer vivement les cheveux avec un sourire satisfait à l’adresse de la cour.

Krone, lui, n’apparut qu’une demi-heure plus tard, lui aussi sous les salutations solidaires de ses camarades.
- Viens par là, mon pote, viens prendre le peu d’soleil qu’on a ! lui lança Alex.
- Alors, première visite au trou… T’as tenu le coup ? voulut savoir Lycan.
- Oh il a été très courageux, je vous assure, confirma un T-bag mielleux.
C’était vrai. Ils avaient passé de longues heures à se raconter des histoires, authentiques ou non. Le sociopathe s’était même laissé conter quelques épisodes bibliques, pour l’occasion, beaucoup ayant été choisis parce qu’ils abondaient dans le sens de la suprématie blanche, bien entendu… Lui ne manquait pas de légendes à la petite semaine avec son enfance passée dans le sud, à laisser consciemment son grand cousin le baratiner sans rien dire, juste pour le plaisir du délire commun qui faisait courir à toutes jambes ou de la fuite imaginaire qui gardait sa nuque contre le giron de Jimmy. Tout cela avait comblé le vide vertigineux du trou ; Maël n’avait pas piqué de crise de nerfs. Lorsqu’il s’était senti à bout, il avait surmonté son malaise et demandé à T-bag s’il pouvait se remettre à fredonner, ce qui l’avait toujours lénifié suffisamment pour lever la conscience trop lourde de l’enfermement.
- C’était pas le paradis, croyez-moi, répondit-il en serrant quelques mains et quelques avant-bras.
- En tout cas tu l’as bien niaqué, ce hérisson d’mes deux ! le félicita Georgie.
- Merci…
- Qu’est-ce qu’ils en ont dit, dans les hautes sphères ? s’enquit le chef de l’Alliance, la tête penchée sur le côté.
- Ils disent que j’aurai droit au procès interne… mais ils sentent bien qu’ils n’ont rien de suffisant contre moi. Le mec avait une baïonnette Gilette à la main, pour l’amour du ciel ! … Tweener, tu seras peut-être amené à témoigner, dit-il en désignant le wigger du menton.
Encore des embrouilles dont il n’avait pas besoin… mais, après tout, Maël lui avait bel et bien sauvé la vie, pas d’erreur de ce côté-là.
- Merci… pour ce coup-là, lâcha David.
Le jeune aryen parut surpris, glissa un bref coup d’œil à Theodore, puis répondit :
- Hé… que tu le veuilles ou non, on est de la Famille, non ?
T-bag était littéralement béat.
- Aaaaww, regardez-moi ça : tout le monde se retrouve et fait ami-ami, la concorde règne ! C’est-y pas fabuleux ?
Il se leva et lança cette fois à Krone :
- Tiens, avant que tu t’assoies, on va faire un tour au bloc. On a un compte à régler tous les deux. Mason, Georgie, vous venez avec nous.
Il considéra Tweener par-dessus son épaule et dégaina sa poche.
- Et toi aussi, bien sûr. Il est hors de question que je te laisse à nouveau tout seul, garnement… déclara-t-il paternellement.
Le mignon agrippa la poche tendue sans faire montre de mauvaise volonté et le détachement prit la direction du bâtiment A.


Maël se demandait à quel compte T-bag pouvait bien faire allusion. Ils étaient à présent rendus devant la cellule du meneur blanc et ce dernier en fit garder l’entrée par ses deux hommes de main en les chargeant de surveiller Tweener. Il fit signe à Krone de le suivre et alla fouiller dans le recoin logé entre l’angle de mur, la couchette et le lavabo en inox. Après avoir longuement passé sa main sous le sommier de son lit et démonté, semblait-il, quelques éléments du cadre métallique, il finit par en ressortir quelque chose qu’il fit disparaître subrepticement dans sa manche longue avant même que son complice en ait eu un aperçu. Il se redressa et jeta un coup d’œil vigilant vers la grille de la cellule, avant d’attraper Maël par le bras pour l’attirer avec lui dans l’angle mort. Le garçon tituba légèrement mais se retrouva bientôt face à Bagwell qui, dos à l’entrée, dégaina sa contrebande pour la lui présenter, à l’abri de sa poitrine.
- Ca te dit quelque chose ? demanda-t-il avant de se passer brièvement la langue sur les lèvres.
Le cœur de Samuel rata un battement lorsqu’il reconnut le couteau de son grand-père, celui qu’on avait introduit pour lui par le biais de Geary, toujours prompt à rendre service si cela pouvait lui rapporter une honnête commission sonnante et trébuchante. Un couteau de luxe, en ces lieux, s’il en était, avec un véritable manche, marqué de surcroit du seau du Klan. Le couteau qui avait failli coûter la vie à Maytag.
- C’est mon surin ! s’exclama Maël, ébahi, mais toujours à voix basse. Je savais pas que tu l’avais gardé !
- Eh bien on fait pas des confitures avec un outil comme celui-là, répliqua le pédophile en haussant un sourcil.
Krone attendit, tendu par une lueur d’espoir, qu’il poursuive.
- La dernière fois que tu l’as eu en main tu as fait bien du grabuge, pas vrai ?
Le jeunot acquiesça, repentant.
- Mais moi j’ai l’impression que tu as mûri ces derniers temps. Tu as finement joué ton jeu, tu as fait preuve de la bravoure nécessaire pour occire un nègre au grand jour et affronter le trou… et, surtout, tu as protégé ta famille sans y regarder à deux fois, comme on se doit de le faire. On dirait que tu as enfin intégré la nécessité de la cohésion. Qu’est-ce que t’en penses ?
Maël sentit des fourmillements d’excitation sous ce flot de louanges et à la perspective de récupérer ses armes et de confirmer par cela une crédibilité qui n’avait jamais eu le temps d’être validée à l’origine.
- Oui, j’ai assimilé la donne, je crois.
- Tu crois ?
- Je ne veux pas pêcher par orgueil…
T-bag continua à le scruter intensément.
- … Mais si tu estimes que c’est le cas, je me fie à toi sans l’ombre d’un doute ! ajouta le garçon avec une trace de malice.
Le chef du clan lui saisit à nouveau le bras pour le tendre près de son ventre et, avec la fluidité conférée par des années de détention, lui glissa le coutelas dans la manche sans que celui-ci ne se trouve jamais à découvert.
- Un prêté pour un rendu. Tu le mérites, susurra-t-il, le ton grave.
Croyant à peine à sa fortune, Maël referma ses doigts sur le manche, ne laissant apparaître que la goutte de sang gravée à l’extrémité dans son carré. Il allait replier le bras pour mieux contempler son bien restitué, quand son aîné le reprit, s’emparant cette fois directement du poignet par-dessus le plat de la lame et lui faisant lever les yeux sur son visage tout proche.
- C’est pas pour aller faire le mariole avec ! Il en a négocié, de la vermine, ce beau joujou. Je te fais confiance pour y faire honneur… insista Bagwell.
- Oui, c’est promis… s’empressa-t-il de lui assurer, à la fois gonflé de reconnaissance et un peu pris de court.
Le sudiste relâcha son poignet et Maël resta là, à chercher ses mots pour exprimer toute sa gratitude et son ardente bonne foi quant à ses perspectives. La proximité de T-bag le perturbait légèrement, non pas qu’elle fût réellement excessive, à présent qu’il avait fini de passer son sérieux au crible, mais il réalisait qu’ils se trouvaient tous deux dans un espace exigu exigé par la discrétion. Après tous ces jours passés à se parler à l’oreille tout en étant radicalement coupés l’un de l’autre, il était étrange de se retrouver soudain si près, alors que la conversation peinait à se clore.
- J’te remercie. Si tu savais ce que je suis content qu’on puisse… tu vois… passer outre tout ça, quoi, balbutia enfin le jeune aryen.
- « A tout péché miséricorde », pas vrai Maël ? répondit son vis-à-vis.
Son regard était à présent plus pénétrant que foncièrement inquisiteur, animé d’une étincelle de provocation amusée. Krone décida de répliquer :
- J’espère pour toi, en tout cas…
A cela, le pédophile répondit par l’un de ses sourires chatouillés, découvrant les dents, et le gratifia d’un ébouriffage de cheveux qui le fit tressaillir imperceptiblement en rompant la tension accumulée.
- Allez, on ferait mieux d’aller se raser la trogne ; regarde ça, on a l’air de deux évadés, dit Bagwell en désignant le miroir rectangulaire accroché au-dessus du lavabo.
- Si seulement ! répondit le jeunot avec un hoquet de rire sans joie.

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La Halfeline
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MessageSujet: Re: Entre, T-bag/Tweener (Prison Break)   Mer 6 Fév - 20:52

(Attention, scène pas facile... Je crois qu'on comprend assez bien où s'arrêter au besoin, et ça se calme au tout dernier paragraphe.)

Il sortit de la cellule après une dernière tape d’encouragement paresseuse de la part de T-bag. Il se sentait encore tout secoué. Une émotion fébrile indéfinissable l’agitait, inquiétante, par définition, tout autant qu’elle était grisante. Au lieu d’aller immédiatement vaquer à quelques ablutions, ce qu’il ferait pendant le temps de détention en cellule, il ressortit dans la cour. Il apprécia un moment la clarté du jour sans trop savoir où se diriger, puis aperçut Abruzzi et quelques autres Siciliens agglutinés contre des gradins neutres, sur le côté, visiblement en train de faire pression sur un pauvre diable. Poussé par le désir de s’occuper l’esprit pour se débarrasser de ce trouble insaisissable qui le tenaillait, il décida d’aller voir le spectacle d’un peu plus près. Hélas, ce dernier prit fin comme il arrivait et le parrain, après avoir chuchoté quelque chose à l’oreille d’un détenu café au lait à bandana, l’envoya sèchement bouler sur le côté. L’individu se carapata sans demander son reste et John se retourna ; en voyant Maël planté là, il lui lança vivement :
- Circule, gamin ! C’est pas tes affaires, ce qui se passe ici.
Le jeunot leva les mains en signe d’apaisement.
- Y a pas de problème, ça me faisait juste plaisir de voir qu’on était pas les seuls vilains bourreaux d’Afro-américains dans cette maison, c’est tout…
- Nous, nous ne faisons pas de discrimination, répliqua Abruzzi sur un ton pince-sans-rire. L’argent n’a pas d’odeur et les services en tout genre n’ont pas de couleur… même si c’est vrai qu’on évite de nuire aux nôtres, question de savoir-vivre.
- Pas toujours, quand même.
- Qu’est-ce que t’essayes de me dire, mon p’tit gars ? demanda le mafioso en s’approchant.
- Relsano, ça te dit quelque chose ?
Maël ignorait d’où lui venait ce soudain élan, sinon agressif, au moins offensif.
- Oui, si mes souvenirs sont bons, c’était ce gamin du clan des Ricci, ces chiens galeux qui ont cru pouvoir tourner autour de ma famille, cracha John. Eh bien, pourquoi viens-tu me les briser avec lui ? C’est justement celui auquel j’ai laissé la vie sauve, parce qu’il était jeunet et influençable…
- Eh bien t’aurais mieux fait de le liquider, vu comment il a fini…
Abruzzi leva le sourcil de celui qui ne comprend pas.
- Cadeau d’anniversaire pour T-bag, de la part de Trokey et de Maytag lui-même, c’est te dire, énonça Maël.
- Ca, c’est pas mon problème mais celui de ton patron. Et tu le sais très bien, conclut le mafieux avec désinvolture avant de tourner les talons.
- Toi aussi tu savais très bien qu’en le laissant esseulé il allait se faire bouffer. Tu as épargné l’agneau de Dieu pour pouvoir te sentir généreux et noble mais, au bout du compte, c’est pas un service que tu lui as rendu…
Abruzzi se retourna pour le menacer d’un regard froid qui le fit battre légèrement en retraite, par réflexe, et Fiorello acheva de le chasser comme un insecte.
- Bon, ça suffit, gamin ! Je te conseille de faire preuve d’un peu plus d’respect.
- Un cadeau, on s’en lasse vite et on le partage facilement… ajouta-t-il tout en étant repoussé par le sbire plantureux. Autant te dire qu’il est passé entre toutes les mains, t’étais pas là pour le voir mais moi si.

Et il n’était pas prêt d’oublier la petite fête qui avait eu lieu cet après-midi là, dans l’une des remises. Il avait d’abord été interloqué en constatant que la cible prise à partie était visiblement de la même race que la leur. Il était prudemment resté en retrait, près de la table sur laquelle s’était assis Maytag, en attendant d’en savoir plus. Pas de lynchage, pas de coup, pas même de haine ni de vindicte palpable dans l’atmosphère ; c’était l’amusement qui dominait, ainsi qu’une forme inhabituelle d’excitation qui empestait la gratuité, contrairement à la violence punitive. Le leader de la bande avait fini par abattre et neutraliser le jeune Italien sur une table installée à dessein. Toujours pas de coup mais, tout en assurant sèchement sa prise, il avait saisi le pantalon et le caleçon de sa victime pour en faire claquer l’élastique sur ses cuisses. Tout interdit, Maël avait retenu un juron à grand peine.
- Mais qu’est-ce qu’y fout ? Qu’est-ce qu’il a fait, ce mec ?
Maytag avait haussé les épaules en continuant à sucer benoîtement sa sucette à la fraise.
- Cha fait un bail que T n’await pas régalé l’équipe…
Le malheureux avait émis un soubresaut pour se dégager sans y croire vraiment mais avait vite été maîtrisé à nouveau, comme les griffes s’étaient refermées cette fois sur l’une de ses fesses, serrant profondément pour immobiliser.
- Et puis, de toi à moi, ch’est auchi une petite démonchtration de forche à bon entendeur, je le connais, avait grincé le mignon désabusé avec une trace de sarcasme.
Samuel était resté pétrifié devant ce qui se déroulait sous ses yeux avec tant de naturel. Des passages à tabac suprématistes, il en avait déjà quelques uns à son actif, mais il ne pouvait tout simplement pas concevoir qu’on chope son semblable pour le forcer en groupe, ce malgré tout ce qu’il avait dû être amené à comprendre sur certains fonctionnements de la prison. Les pulsions humaines, il en avait conscience, les avait étudiées dans l’optique de pouvoir les asservir, mais quel besoin naturel pouvait-on satisfaire avec ça ? Cela dépassait tout simplement son entendement. Le cerveau vide, il avait vu T-bag ouvrir sa braguette, agripper l’os de la hanche, et assaillir le pauvre garçon par quelques mouvements lents mais impitoyables. Tout d’abord, ce dernier n’avait pas crié, sans nul doute déjà habitué au traitement. Il avait retenu ses quelques plaintes dans sa gorge, tandis que celle de Theodore bouillonnait d’un soulagement qu’il avait du mal à contenir malgré ses dents serrées.
- Pff… avait dénigré Maytag en secouant la tête, les yeux au ciel.
Krone l’avait fixé un moment sans réagir, jusqu’à ce que le favori ne tourne vers lui un regard de biais.
- Ben qu’est-che que t’as ? avait-il demandé avec un mépris brusque dans la voix, le bâtonnet de travers. T’as pas l’air dans ton achiette.
Cela avait réveillé Maël et il avait pris appui sur la table.
- Je peux pas assister à ça. Pourquoi ils font ça à un blanc, bon sang ?
- T’es marrant, toi, y wont pas le faire à un noir ! avait gloussé Maytag comme s’il venait de faire une bonne blague.
- Mais attends ! Je croyais qu’on était censés être solidaires pour survivre et tout le bazar ! s’était récrié tout bas le jeune aryen.
- Ch’est qu’un rital. Ch’est au chein de la Famille qu’il faut être cholidaire, chinon cha cherwirait à rien qu’il y en ait une. Cha implique en particulier de ne pas echayer de dechendre des gens de cha propre confrérie… avait persifflé le mignon derrière sa sucette.
L’attention de Krone avait à nouveau été attirée malgré lui par une hausse des braillements d’encouragement qui exhortaient le meneur à achever le travail. Quelques obscénités fusaient au milieu des mugissements informes tandis qu’une certaine urgence s’était emparée de ses mouvements. Le chef de meute mettait un point d’honneur à monter le garçon lui-même et dans les règles de l’art, assuré par une poigne d’acier, la lascivité éhontée avec laquelle il besognait ses reins d’autant plus odieuse. Dès qu’il avait fini, ses ultimes crispations saluées par une ovation d’enthousiasme, ses lieutenants avaient pris le relais – Trokey appréciant le spectacle sans y participer. Drake avait agrippé les hanches de leur victime et l’avait gratifiée d’infâmes petits soubresauts frénétiques de lapin en rut, tandis que T-bag, après avoir tranquillement rangé ses affaires en s’étirant la nuque, avait pris position de l’autre côté de la table pour y maintenir les avant-bras du petit brun tout en cherchant son regard et en lui souriant vicieusement. Drake n’avait pas été long à la détente et Georgie lui avait succédé, s’enfonçant profondément et mécaniquement, avec une sorte de hargne générale qu’il devait déverser sur ce bouc émissaire inespéré. Les cris d’agonie avaient commencé et pris Maël aux tripes. Il avait senti une salive abondante et aigre lui contracter la bouche et n’avait eu que le temps de se retourner et de tomber à genoux avant qu’un flot de vomissures ne franchisse la barrière de ses lèvres pour venir éclabousser le sol poussiéreux.
- Oh, allons, fais pas ta chochotte ! avait lancé le giton derrière lui.
Les hurlements de désespoir avaient fini par s’estomper, au bout d’un moment. Alors qu’on arrivait au bas de la hiérarchie, ils n’étaient plus qu’un petit tas de sanglots qui coulait hors du corps malmené sans attirer l’attention. Lorsqu’ils l’avaient finalement abandonné, sans la moindre crainte apparente des conséquences, et que Bagwell s’était dirigé nonchalamment vers la sortie, épaulé par Trokey, il se souvenait des quelques regards qui s’étaient croisés. C’était d’abord Theodore qui avait lancé l’offensive en lorgnant au passage Maytag d’un regard qui semblait lourd d’avertissement. Son favori l’avait soutenu puis s’était approché pour reprendre sa poche, docilement, mais sans la moindre crainte. Puis il avait rencontré les yeux accusateurs et probablement pleins de dégoût incoercible de Maël, et avait à son tour longuement renvoyé le défi, teinté d’une sourde irritation.

Ses soudaines remontrances auprès du parrain mafieux ne lui valurent qu’un coup de poing dans la mâchoire de la part de Fiorello. Pas très fort, juste assez pour lui faire comprendre que c’en était assez. Il chancela et secoua la tête, réalisant ce qui venait de lui arriver, pour voir finalement les longs cheveux gominés d’Abruzzi s’éloigner sans lui prêter attention. Et finalement, c’était ce qu’il lui fallait pour se débarrasser de son malaise…

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